Critique : À la recherche du bonheur

Jean-Noël Nicolau | 30 janvier 2007
Jean-Noël Nicolau | 30 janvier 2007

Will Smith et son vrai fiston de la vraie vie s'amusent beaucoup à jouer aux pauvres, quand vient 18h, ils rentrent en rigolant dans leur villa à 10 millions de dollars et piquent une tête dans leur piscine olympique. Adapté d'une histoire vraie, A la Recherche du Bonheur fait pourtant plus ou moins illusion pendant presque une heure, Smith est un bon acteur et on parvient à croire à ce père courageux luttant pour se sortir de la crise du début de l'ère Reagan. Mais, au lieu d'affronter le sujet sans détour, l'acteur et son réalisateur servile, ne cessent d'enchaîner des choix, au mieux douteux, au pire détestables.

Passe encore que Smith traîne ses scanners portables durant la moitié du métrage, passe aussi la symbolique lourdingue qui consiste à le faire courir à la moindre occasion (le titre original est The Pursuit of happyness, la faute d'orthographe étant volontaire). Mais lorsqu'il s'agit d'évoquer la réalité des SDF, tout part à la dérive. La masse des clochards est anonyme et les seuls portraits esquissés consistent en quelques hippies voleurs et/ou gentiment dingues. Tout est centré sur le bon père et son môme, dont le sommet du calvaire consistera à passer une seule nuit dans les toilettes d'une gare. Jamais déchirant ou douloureux (sauf quand la figurine de Captain America est abandonnée au milieu de la route, c'est tout dire...), le parcours de Will Smith semble tracé d'avance, car si l'on veut s'en sortir, on y arrive toujours. Surtout si l'on accepte de bosser dans le domaine de la bourse et de se plier aux exigences des gentils blancs, sévères mais justes.

SDF en costume, Will Smith met du coeœur à l'ouvrage mais ne sauve pas un seul instant le film de son propos très déplaisant, et il serait par ailleurs fort injuste que l'Oscar revienne à celui qui l'avait autrement plus mérité pour le Ali de Michael Mann. Les pauvres le sont parce qu'ils le veulent bien, vive M. Reagan et le CAC 40, la couverture sociale c'est vraiment pour les feignants. On se sent ainsi prêt à entonner l'hymne américain lorsque le générique de fin débute. Ou plus sagement de fuir la salle, le cœoeur au bord des lèvres.

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