Le Dernier Roi d'Écosse : Critique

Erwan Desbois | 29 janvier 2007
Erwan Desbois | 29 janvier 2007

De Lord of war à Blood diamond, l'Afrique est à la mode ces derniers mois chez les réalisateurs anglais et américains, et plus particulièrement ses sanglants dictateurs et conflits. Le dernier roi d'Ecosse s'inscrit dans cette tendance, mais se distingue par l'adoption d'un point de vue à contre-courant de la norme. Au lieu de suivre un personnage cherchant à s'extirper du bourbier moral et guerrier de l'Afrique, le film nous place dans les pas d'un jeune médecin écossais travaillant au service d'un dictateur et devenant de plus en plus fidèle à celui-ci.

 

 

Le dictateur en question est un personnage ayant réellement existé : le général Amin Dada, président auto-proclamé de l'Ouganda de 1971 à 1979. Tour à tour séducteur et irascible, visionnaire pour son pays et intraitable envers ceux qui ne partagent pas ses vues, Amin Dada est montré comme un homme complexe et fascinant. Forest Whitaker lui prête ses traits pour une performance qui lui a valu le Golden Globe et surtout l'Oscar du meilleur acteur. Whitaker parvient à rester constamment sur la corde raide, nous maintenant dans l'incertitude quant au jugement à porter sur son personnage : on ne parvient jamais à le détester entièrement, tout en ne pouvant bien sûr pas l'admirer sans réserves.

 

 

Le numéro d'acteur est remarquable, mais le film ne se résume pas à cette unique dimension. La mise en scène de Kevin Macdonald (jusqu'ici réalisateur de documentaires, dont l'oscarisé Un jour en septembre) se met au diapason des revirements permanents de Dada, comme si le charisme de ce dernier était si éclatant qu'il influait même sur la caméra. Celle-ci se fait mielleuse et fluide quand le dictateur joue de son charme et de son humour ; qu'il pique une crise de paranoïa et durcisse son régime, et il n'apparaît plus qu'au loin ou à travers des vitres ; quant au dernier acte dément et ultra-violent, il est l'objet d'une réalisation au bord de la rupture, faite de plans épileptiques et de couleurs désaturées.

 

Cette cohérence dans le traitement du récit rend le film captivant, et renforce son amoralité. Celle-ci culmine dans la scène où Amin Dada traite le détournement d'un avion par des terroristes palestiniens (un événement qui a réellement eu lieu). Le dictateur y est au sommet de son ambiguïté, et son image reste en nous bien au-delà d'un dénouement un peu faible mais qui était sûrement une concession nécessaire pour aller si loin dans l'approche de la folie auparavant. Avec en plus une belle reconstitution des années 70 et la présence de la trop rare Gillian Anderson dans un rôle loin des clichés, il n'y a vraiment aucune raison de bouder ce Dernier roi d'Ecosse.

 

Résumé

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