Blood Diamond : critique qui shine bright like a diamond

Jean-Noël Nicolau | 29 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Jean-Noël Nicolau | 29 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Edward Zwick est un faiseur de films « à messages » comme Hollywood les affectionne. Sur n'importe quel sujet, le monsieur peut emballer une œoeuvre plus ou moins épique, avec une qualité d'exécution propre, que certains qualifieront d'honnête. De la Guerre de Sécession, avec son opus le plus réussi qu'est Glory, au choc des cultures, avec le pavé indigeste du Dernier samouraï, Zwick bâtit des machines à Oscars et des véhicules luxueux pour accompagner ses stars vers les récompenses multiples.

DIAMANT MAIS SURTOUT CANAPE

Rebelote avec ce Blood Diamond dont le thème (le chaos africain et son exploitation par les occidentaux) fera immédiatement penser au Lord of war de Andrew Niccol. Si ce dernier possédait déjà quelques travers, en particulier concernant la « punition » du vilain vendeur d'armes incarné par Nicolas Cage, il apparaît d'autant plus audacieux et percutant à la vision du traitement paresseux choisi par Zwick. Certes, pendant les deux tiers de Blood Diamond, le spectateur est parfois séduit, le sujet étant forcément inattaquable et quelques scènes de fusillade demeurant impressionnantes (quoique bien minuscules face à celles du récent Les Fils de l'homme).

 

photo, Djimon Hounsou, Leonardo DiCaprioDjimon Hounsou, malheureusement trop en retrait

 

Mais déjà une certaine gêne nous envahit. Le réalisateur a beau forcer le trait de la sincérité, le paternalisme transparaît déjà. Le fond de l'oeuvre se lit alors dans le regard de la déplaisante journaliste incarnée sans éclat par une Jennifer Connelly qu'on a connu largement plus inspirée. Tout cela tient sur du papier glacé, en une exploitation de la misère qui se dissimule derrière les meilleures intentions. Zwick clame qu'on a le droit de faire du divertissement pour mieux faire passer les messages importants. Il n'empêche que lorsque Blood Diamond se transforme en un « buddy movie » à la sauce guimauve, on tique.

 

photo, Jennifer Connelly, Leonardo DiCaprioJenny et Léo au pays du mélo

 

HOLLYWOOD A LA RESCOUSSE

On s'attend presque à entendre Leonardo DiCaprio et Jennifer Connelly sortir certaines répliques condescendantes d'un OSS 117. Dans son dernier quart d'heure, le film s'égare totalement sur le chemin du mélodrame le plus prévisible, en particulier à cause du jeu appuyé de DiCaprio (finalement bien meilleur dans Les Infiltrés) et les images clinquantes de Zwick, à mi-chemin entre documentaire touristique et symbolique naïve.

 On oublie alors toute la misère des enfants soldats (thème que Zwick ne cesse d'édulcorer, sans jamais oser aller jusqu'au bout) pour s'attendrir sur la rédemption du gentil Léonardo. Tant de niaiserie et d'angélisme béat finissent par totalement balayer la puissance approchée dans les prémisses de Blood Diamond. On reconnaîtra la performance de Djimon Hounsou, véritable héros du film, malheureusement relégué à l'état de « sidekick » dès la fin de la première heure. Ce choix scénaristique représente l'échec de l'oeœuvre dans son ensemble, qui passe d'un point de vue africain à un regard purement occidental, alors que c'est bien la démarche inverse qu'il aurait sans doute fallu adopter.

 

affiche

Résumé

A force de vouloir faire passer un message tout en divertissant, Zwick oublie que la transimission est d'abord une affaire de regard. Le sien est désespérement trop sentimentaire pour ne pas échapper à un occidentalisme de bas-étage.

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Lecteurs

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commentaires
STEVE
30/05/2018 à 12:39

Assez bon film. Sauf à la limite la fin larmoyante où Dicaprio, repenti, meurt et discute au talkie-walkie.

Quand je pense qu'à celui-ci vous ne mettez que 2 étoiles et après vous en filez 4 parfois à des bouses numérisées sérieux!

Et Le Dernier Samouraï est un beau film épique avec de superbes scènes de combat avec de VRAIS figurants (pas des clones numérisés à l'infini). Nous ouvre sur la culture japonaise et, rare pour un blockbuster, ne se met pas du côté américain! Au contraire, il en fait une critique, s'y oppose et adopte le point de vue des samouraïs.

Quant à Lord Of War, je ne vois pas de quels "travers" vous parlez:
C'est un putain de chef d'œuvre. Sombre, cynique, intègre, divertissant, drôle, effroyable, intelligent et instructif.

#InventeDesMots
30/05/2018 à 10:48

Sentimentaire... mon dieu. dites moi que c'est une faute de frappe. SVP !
Car faire une faute de langage de ce niveau, pour un journaliste, c'est quand même moche.

Grrr
30/05/2018 à 07:51

Lol, "sentimentaire", qu'est ce que c'est moche !
Et sinon, comme (trop) souvent avec EL, pas du tout vu le même film...

Kukuma
30/05/2018 à 00:29

Je crois qu'on a pas vue le même film Ecran large ..

Benzek
29/05/2018 à 21:09

Sentimentaire vous êtes sur ?

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