Critique : Massacre à la tronçonneuse - Le commencement

Jean-Noël Nicolau | 14 décembre 2006
Jean-Noël Nicolau | 14 décembre 2006

La déception fut grande en découvrant le soi-disant remake du chef-d'œuvre de Tobe Hooper mis en scène par Marcus Nispel en 2003. Ni très fidèle à l'original, ni suffisamment démarqué, le film hésitait entre esthétisme trop poli et petites outrances sporadiques. Trois ans plus tard, le seul souvenir vraiment marquant demeure Jessica Biel et son pantalon taille basse, c'est-à-dire le strict minimum pour un film d'horreur, mais bien peu lorsque l'on se rêvait digne des exactions de Leatherface. C'est donc avec un a priori pas forcément très positif que l'on découvre cette préquelle, réalisé par Jonathan Liebesman dont le premier effort, Nuits de terreur, brillait par sa médiocrité malgré une excellente scène d'ouverture.

Dès les premières minutes de ce Commencement, on se surprend à reprendre espoir : Liebesman filme bien, avec beaucoup d'effets mais sans trop verser dans le clip à la Saw & co. Il installe une ambiance extrêmement gore, où la barbaque est partout et où le sang semble suinter de chaque mur. En ce sens, ce Massacre à la tronçonneuse montre ce que l'original n'avait jamais fait : la chair dans ses aspects les plus glauques. Il suffit de voir la naissance sordide du futur « Gueule de cuir » pour comprendre que le réalisateur ne fera que peu de concession et n'hésitera pas à tout expliciter.

On pourra regretter que le générique verse dans la facilité du montage à la Seven pour résumer la jeunesse de Leatherface, mais il en dit beaucoup avec juste quelques plans évocateurs. Iconisé avec amour, notre dépeceur favori retrouve ici son panache et surtout son pouvoir d'imprévisibilité et de menace. Son 1er meurtre, très fondateur, avec un marteau d'abattoir, rappelle non seulement sa première apparition dans le film de Hooper, mais frappe (littéralement) par son impact brutal et réaliste.

Réalisme, c'est le maître mot de ce qui se révèle au fur et à mesure de l'histoire comme le véritable remake que les fans (et les autres) pouvaient désirer. Même lorsque la tronçonneuse sera enfin de sortie, Liebesman refuse la surenchère, ne verse pas dans un concours d'originalité avec Hostel ou Saw 3. Crédible, extrêmement douloureuse, la violence de Massacre à la tronçonneuse - le commencement n'en gagne que plus de puissance à l'écran et s'affirme ainsi comme la digne héritière de celle du film de Hooper. Comme s'il gagnait en confiance au fil du métrage, le réalisateur ose même se confronter brièvement avec les moments clefs du repas et de la poursuite dans la forêt. Pas à la hauteur, mais humbles et jamais ridicules, ces relectures gardent de leur beauté très malsaine, entre humour noir et folie furieuse.

Pour ce qui est de la démence, Leatherface est grandement éclipsé par le « père », toujours incarné par R. Lee Ermey, dont le cabotinage frénétique se trouve enfin parfaitement exploité. Omniprésent, véritable héros du film, Ermey déploie un sadisme qui le décrit comme le seul véritable psychopathe de l'histoire. Sa cruauté hésite entre un aspect assez jouissif (il faut voir comment il « soigne » son frère) et une terreur continuelle (on ne sait jamais ce dont il est capable). Si Gueule de cuir ne vole la vedette que dans la dernière partie de l'œuvre, c'est pour mieux s'imposer en tant que mythe cinématographique. Il faut voir pour s'en convaincre la première création du « masque » en chair humaine, ainsi que sa pose, magnifiée par un plan jubilatoire en écho de la naissance de Dark Vador dans l'épisode III.

Malheureusement, The Beginning n'est pas exempt de défauts, en particulier lorsque l'on évoque les braves post-ados utopistes qui vont servir de chair à saucisses. Si leur présentation est agréablement brève et leur calvaire d'autant plus long, ils n'ont absolument aucune envergure et plusieurs scènes semblent un décalque sans brillance particulière des innombrables « survivals » que nous connaissons par cœur. De plus, l'héroïne, incarnée par la mignonne Jordana Brewster, reste en marge pendant les trois quarts du récit, avant de se retrouver dans les mêmes positions que la Jessica Biel du film de Nispel (et dans les mêmes accoutrements très moulants, pour le plus grand bonheur des amateurs).

Mais peu importe les futurs quartiers de viande, ce qui compte ce sont les méchants, dont on aurait finalement aimé creuser encore davantage les origines. Massacre à la tronçonneuse - le commencement s'avère une très bonne surprise, prenant son sujet au sérieux, se confrontant très directement aux aspects les plus atroces de cet univers. La mise en scène solide de Liebesman et sa volonté de séduire les fans tout en offrant un vrai film d'horreur à l'ancienne, confèrent à l'œuvre une personnalité indéniable. Et l'image de Leatherface traînant le poids de sa tronçonneuse comme celui d'un fardeau inéluctable demeure étrangement sublime.

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