Little Miss Sunshine : Critique

Louisa Amara | 4 septembre 2006
Louisa Amara | 4 septembre 2006

Ecran Large et partagé.

Lauréat du festival de Sundance, ce premier long métrage de Jonathan Dayton et Valerie Faris est une véritable réussite, qui devrait également faire sensation à Deauville tant il est drôle, touchant et surtout complètement barré. Ce road movie vous embarque à travers les États-Unis en compagnie d'une famille de doux dingues comme vous en avez tous dans votre entourage. Refusant l'imagerie traditionnelle de la parfaite petite famille américaine, les réalisateurs font exploser tous les codes en développant des personnages hors normes aussi attachants que bizarres. Du grand-père érotomane, junkie, grincheux mais affectueux, au fils adolescent fan de Nietzsche ayant fait vœu de silence jusqu'à ses 18 ans, en passant par le père vrai-faux gourou, tout le monde fait corps autour de la petite Olive, 8 ans, qui rêve de participer à un concours de mini miss. En route pour la Californie donc, où d'autres freaks, les obsédés de l'apparence, bien plus flippants et sérieusement atteints, les attendent.

 


Les joies et les peines vont se succéder pendant leur périple, chaque personnage va se découvrir un peu plus pour révéler sa fragilité et ses failles. Si ces pieds nickelés attendrissent, ils permettent aussi de montrer enfin à quoi ressemble le quotidien d'une vraie famille, les disputes parfois violentes, l'amour mais aussi la haine que l'on peut éprouver pour un membre de sa famille, que l'on n'a pas choisi après tout. Ce réalisme allié à des dialogues enlevés et une tension constante, sans oublier les scènes de comique pur, font de Little Miss Sunshine une comédie familiale, sociale, délirante et brillante. Tous les acteurs y sont simplement génialissimes, à commencer par Steve Carrell, en oncle homosexuel suicidaire et spécialiste de Proust, la petite Abigail Breslin, Toni Colette, en mère et épouse au bord de la crise de nerfs renoue avec le cinéma indépendant qui l'a fait connaître, sans oublier Greg Kinear, qui transcende un rôle ingrat de gourou pathétique. Une réalisation énergique et maîtrisée parachève de donner à ce film toutes les chances de vous marquer à jamais, et de devenir un indie culte.

Louisa Amara, conquise. 9/10

 

 

La petite Olive, aux grandes lunettes, s'entraîne d'arrache-pied pour un concours de mini miss en Californie. L'idée a de quoi faire sourire, et les premières minutes du film donnent envie de s'embarquer dans l'aventure avec cette famille de dégénérés complètement banale de la middle-class américaine. Il y a la mère, d'abord, qui ramène chaque soir pour nourrir la maisonnée des cuisses de poulet dans des sauts en carton et du soda mais qui insiste pour que chacun prenne au moins une feuille de salade ; le père, self-made man névrotique, qui présente à des salles désertées son programme de coaching révolutionnaire ; le fils de quinze ans, consterné, qui a décidé de ne plus parler par défi ; le grand-père, un vieux pervers sans nul doute, qui s'accorde de temps à autre sa petite dose d'héroïne ; le tonton suicidaire homosexuel spécialiste de Proust ; et enfin la benjamine, qui n'a plus qu'à se trouver un modèle dans ce joyeux désordre. La première partie de Little Miss Sunshine est sans nul doute jouissive, mais il faut bien le dire les sourires se crispent de plus en plus fréquemment à mesure que la camionnette pleine à craquer s'approche de la Californie.

 

 

C'est sûr, dans cette famille chacun trace sa route. Mais pernicieusement, alors qu'onon croyait voir une incitation à sortir des sentiers battus, on assiste à une grande supercherie, puisque finalement, le film, sous couvert de clamer l'indépendance d'esprit, fait se rejoindre tout le monde en grande farandole sur l'autoroute de la pensée commune. Le duo de réalisateurs, qu'on a envie d'applaudir des deux mains quand il nous sert sur un plateau des instants de comédie pure, déçoit la seconde d'après par des dialogues trop sérieux et démonstratifs, qui minent le film par un excès de bons sentiments.

 

 

Au carrefour entre La Famille Tenenbaum et un épisode de Sept à la maison du mercredi après-midi, Little Miss Sunshine ne sait en effet pas vraiment dans quelle direction foncer, tantôt calmement installé dans un humour décapant qui fait s'écrouler de rire (le spectacle totalement inapproprié de Olive lors du concours de miss est un monument), tantôt faisant des embardées vers des leçons de morale insupportables de niaiserie. Ainsi, si on s'attache à ce rabat-joie d'ado, ce n'est pas pour qu'il devienne tout à coup le symbole de la réussite et du mimétisme social américain ! Mais, sans y croire vraiment, on a pourtant bel et bien droit à un repentir que seul un pasteur du Kentucky aurait osé délivrer. Le charme de Little Miss Sunshine ne fonctionne dès lors que par intermittence et on aurait aimé être un peu moins guidé sur le chemin vertueux de la rédemption et de l'unité familiale, pour profiter simplement de la personnalité initiale et pleine de promesses des personnages, laquelle n'est que peu exploitée en somme.

Coralie Bru, moyennement conquise. 6/10

 

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