Critique : L'Illusionniste

Flore Geffroy | 1 septembre 2006
Flore Geffroy | 1 septembre 2006

Voilà une critique comme on rêve de les écrire. Voilà aussi une critique qu'on se passerait bien d'écrire, par peur de gâcher et briser tout ce qui fait la magnificence de The Illusionist. On pourrait donc se limiter à dire qu'il s'agit d'un film narrant la énième romance impossible entre un homme de condition modeste et une femme de la haute. Ou bien la biographie imaginaire d'un prestidigitateur aux pouvoirs si extraordinaires qu'ils défient l'entendement. Ou encore l'affrontement de deux hommes, l'un tout puissant, l'autre très intelligent. Un tel résumé serait forcément réducteur, sans rendre une justice que mérite amplement ce film inhabituel dans la production hollywoodienne.

Neil Burger est l'habile metteur en scène de ce prestidigitateur envoûtant. Neil Burger ? Ce quasi inconnu a écrit, en 2002, Interview with the assassin, qui revisitait la thèse du second tueur de John Kennedy à Dallas. The illusionist est sa première réalisation, sur un scénario tiré d'une nouvelle de Steven Millhauser. Film d'époque, d'abord, The Illusionist plonge dans le Vienne du début du XXe siècle. Les décors et les costumes enchantent, sur une belle lumière jaune sépia, qui ne fait que mieux ressortir cette atmosphère parfois lourde et toujours énigmatique, à l'image de l'imperturbable Eisenheim (Edward Norton, qui sort la grande classe avec sa prunelle sombre de chien battu). Comme pour mieux rester au plus près de son histoire, Neil Burger cadre toujours serré, lieux comme personnages – à l'exception de deux plans larges éclaboussés d'une lumière safran, au tout début du film, qui embrasse et embrase un paysage irréel. L'effet est saisissant puisqu'on se prend parfois à se croire dans le public hébété devant les tours de passe-passe du maître-ès illusions. Curieux personnage, que cet Eisenheim. Génie classieux ou charlatan à deux balles ? On ne donnera point d'indices dans ces lignes, pour ne rien ôter au suspense.

Le film tout entier joue constamment sur des ambiguïtés : celles du prince héritier, celles du magicien, celles du chef de la police, Uhl (Paul Giamatti, raide du devoir à accomplir). Surtout, il pose des questions récurrentes : « Qu'est-ce que la réalité ? Peut-on se fier à ce que l'on voit ? » L'histoire avance au rythme d'une narration bousculée dans son déroulement, permettant aux pièces d'un puzzle en apparence simple de s'emboîter peu à peu. Mais là encore, quelle est la part de vérité et la part d'illusion ? N'oublions pas de mentionner la musique de Philip Glass, en digne accompagnement de cette histoire tricotée au millimètre, à mi-chemin entre le mystère et la romance. Parfois, on ne peut que rire aux éclats en découvrant qu'on a été manipulé. Si subtilement et si habilement que c'en est un véritable bonheur.

Résumé

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