Critique : Hard candy

Ilan Ferry | 25 août 2006
Ilan Ferry | 25 août 2006

Et si le Chaperon rouge montrait les crocs et se retournait contre le grand méchant loup ? C'est à peu de chose près l'intrigue de Hard Candy, huis clos étouffant entre une ado pas si innocente qu'elle en a l'air et un photographe énigmatique amateur de jeunes filles. À l'image de nombre de productions actuelles, le premier long métrage de David Slade risquait fort d'être victime du buzz créé autour de lui, et pourtant force est de reconnaître qu'il ne ressemble en rien aux habituelles bêtes de festivals made in Sundance. Le film repose principalement sur une ambiguïté constante où le fil tenu du bien et du mal s'estompe petit à petit au profit de questions (Hayley est elle folle, Jeff est il vraiment un pédophile ?) qui ne cesseront de tarauder le spectateur pendant plus d'une heure. Une ambivalence parfaitement assumée par le réalisateur qui en fait la pièce maitresse de son film.

Ainsi, à la question Hard Candy dérange-t-il, la réponse est forcément oui tant ce dernier distille un malaise en tout point retranscrit par une photo léchée (opposant très malignement couleurs vives et teintes ternes) conférant à l'ensemble une ambiance glaciale,presque clinique, des plus oppressante. Si on peut facilement faire l'impasse sur le personnage aussi impromptu qu'inutile interprété par Sandra Oh (Grey's Anatomy), c'est bien le jeu quasi viscéral d'Ellen Page, tout simplement époustouflante face à un Patrick Wilson tour à tour pathétique et dangereux, qui fait tout l'intérêt de ce bras de fer psychologique où les sévices corporels font avant tout écho à des blessures plus profondes. C'est ainsi que le film prend littéralement le spectateur à la gorge jusqu'au final aussi surprenant qu'inéluctable.

Toutefois, malgré ses qualités intrinsèques, force est de reconnaître que le film pêche par un maniérisme trop appuyé (caméra tremblante lors des moments de tension, transitions sur fond de murs rouges…) renvoyant aussi bien au cinéma de Soderbergh qu'à celui de Tony Scott période Man on fire, ou comment traduire inutilement une tension déjà palpable à l'écran. Perturbant de bout en bout, Hard Candy se révèle être un thriller proprement terrifiant questionnant habilement la notion d'innocence, et risque fort de faire couler beaucoup d'encre non pas en raison de son sujet ô combien tabou (la pédophilie) mais bien de sa thématique dérangeante pour certains, déconcertante pour d'autres. Révoltant ou fascinant, ce jeu du chat et de la souris ne laisse en aucun cas indifférent.

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