Critique : The Devil's rejects

Ilan Ferry | 6 juillet 2006
Ilan Ferry | 6 juillet 2006

Après La Maison des 1.000 morts, Otis, Baby et l'incontournable Capitaine Spaulding reviennent pour un second opus encore plus amoral et violent. Si le premier film de Rob Zombie faisait référence à tout un pan du cinéma d'horreur, The Devil's Rejects prend le contrepied de son prédécesseur et opte pour une approche résolument plus western et fortement influencée par les films de Sam Peckinpah. Du culot, il en fallait pour embarquer le spectateur dans ce road movie endiablé où une famille de serial killers se voit traquée par un shérif sadique. En opposant deux formes de bestialité, Rob Zombie cultive le malaise et nous oblige à suivre deux parcours à priori antagonistes d'où il est impossible de prendre décemment parti.

Autrefois figures référentielles ramenant aux heures de gloire du film de trouille, Otis, Baby et le Capitaine Spaulding gagnent ici en profondeur : leurs vies ressemblant au fond à celle de n'importe quelle famille type, leurs échanges ne manquent pas d'humour. Ainsi, tandis que frérot Otis et sœurette Baby se chamaillent, papa Spaulding essaye de tempérer ses bambins avec toute la patience qu'un père se doit d'avoir ! L'occasion pour Rob Zombie de déconstruire de manière très personnelle quelques valeurs bien américaines dont le shérif Wydell et la famille Firefly sont les miroirs à peine déformants. C'est là que réside la grande force de The Devil's Rejects puisque le film fait preuve d'un nihilisme réjouissant n'épargnant rien ni personne. Dès le prologue particulièrement couillu montrant nos chers Rejetons du Diable faire parler la poudre lors d'un impressionnant assaut, Rob Zombie fait preuve d'une rigueur étonnante dans son propos et l'amour au cinéma qu'il cite se sent de la première à la dernière image. Le réalisateur laisse ainsi tomber filtres et autres effets outranciers de La Maison des 1 000 morts au profit d'une mise en scène plus ample privilégiant plans larges et ambiances crépusculaires.

Pourtant malgré toutes ces qualités, The Devil's Rejects n'est pas exempt de défauts. Si le film est l'occasion de voir une belle galerie de « gueules » (de Danny Trejo à Ken Foree, immortalisé par le Zombie de Romero, en passant par cette bonne vieille trogne de Michael Berryman) force est de constater qu'ils sont malheureusement sous exploités. Ce qui aurait pu être un affrontement dantesque entre une famille de tarés et des flics au sang chaud ne dépasse malheureusement jamais le cadre de la traque infernal. Préférant se focaliser sur son trio diabolique, Rob Zombie délaisse au passage quelques personnages intéressants dont une Leslie Easterbrook (venue remplacer Karen Black dans le rôle de Mama), génialement hystérique. Malgré son lot de moments forts et éprouvants - dont une prise d'otages proprement traumatisante - et un final volontairement ironique (prouvant si besoin est que le réalisateur a un sens de l'humour bien particulier), le film ne tient malheureusement pas toutes ses promesses et l'excitation laisse peu à peu place à une certaine frustration.

Démarquage grossier du cinéma de Peckinpah ou vibrant hommage décomplexé à ne surtout pas prendre au premier degré, The Devil's Rejects ne peut que diviser. Cependant, il démontre assez brillamment qu'à l'heure où il est de bon ton de s'extasier devant les semi réussites que sont La Colline a des yeux et Wolf Creek, il existe encore un cinéma déviant et totalement assumé, revendiquant haut et fort ses multiples influences (De Massacre à la Tronçonneuse à La Horde Sauvage) et au dessus duquel plane une aura de film culte. Autre époque, autres mœurs, on en vient toutefois à se demander si le film de Rob Zombie n'arriverait pas trop tard.

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