Critique : Veer-Zaara

Patrick Antona | 25 avril 2006
Patrick Antona | 25 avril 2006

Pour apprécier d'emblée le drame sous-jacent de Veer-Zara, il faut avoir en mémoire quelques notions sommaires de géopolitique, à savoir les effets négatifs de la partition Inde / Pakistan survenue en 1947, après le départ des anglais, partition qui a cruellement séparé familles et populations que seule la pratique religieuse pouvait différencier et initié un antagonisme entre les deux pays, plus que jamais d'actualité aujourd'hui.

Les tenants et les aboutissants de ce drame profondément ancré dans l'inconscient collectif indien sont ici grandement exploités dans le destin de Veer (sa majesté Shah Rukh Khan) et de Zaara (la délicieuse Preity Zinta). Le premier, soldat indien de confession sikh, escorte la seconde, musulmane pakistanaise venue en Inde pour rendre un dernier hommage à sa nourrice. Tout au long de cette première partie, c'est à la fois la découverte d'un pays rural indien accueillant et de toute beauté qui nous est offert, avec en parallèle l'idylle naissante qui se noue entre Veer et Zaara, idylle soutenue par les parents de Veer, interprétés par les monstres sacrés Amitabh Bachchan (Sholay) et Hema Malini, qui apparaissent comme l'incarnation de cette force tranquille indienne. Racontée par Veer sous la forme de flash-back alors que celui-ci est enfermé dans un cachot pakistanais, barbu et sortant peu à peu de son mutisme grâce à l'opiniâtreté de l'avocate Saamiya (Rani Mukherjee, une autre grande « Bollywood Queen » de toute beauté), l'odyssée amoureuse entre les deux amants baigne dans le classicisme absolu propre au genre, avec décors aux couleurs chamarrées et bons sentiments affichés. Mais c'est surtout la présence de superbes scènes de danse, rythmées par des thèmes musicaux puissants (tirés du répertoire d'un grand de la musique indienne, Madan Mohan) et aux paroles empreints d'une poésie rare, et la grâce de Shah Rukh Khan et de Preity Zinta au mieux de leur forme qui sont les plus qui permettent d'apprécier cette longue introduction. Un rôle remarquable pour la jeune actrice qui aborde ici un registre plus sérieux et moins mièvre que ceux auxquels elles s'est trouvée jusqu'ici associés, à savoir celui de la fiancée éternellement énamourée.

Puis lorsque Zaara, rentrée au Pakistan, défie à la fois et l'autorité paternelle et la politique de son pays en affichant son amour pour Veer, ce dernier décide de passer la frontière pour venir l'aider, d'où son atterrissage dans les geôles pakistanaise. Et là Veer-Zara bascule dans le film de procès, avec le retour à la vie de Veer, qui affrontera la vindicte par son humanité et sa simplicité, épaulé en cela par une Rani Mukerjee qui prend cette fois-ci toute la dimension de véritable héroïne du film. Avec ce rôle d'une avocate pakistanaise de choc, pétrie d'idéaux de justice et de liberté dans un pays qui les bafoue bien souvent, elle devient le symbole d'une génération qui veut se débarrasser d'un passé bien trop lourd et qui va ainsi œuvrer pour la réconciliation des peuples, matérialisée par l'enjeu de la libération de Veer. Évitant les effets de manche à l'américaine, cette seconde partie se révèle passionnante tout en réussissant à ne pas être (trop) caricaturale sur les pakistanais, ni trop verbeuse, et qui amènera petit à petit le spectateur vers un final à la fois bouleversant, musical et cathartique, montrant qu'en Inde comme en France, tout peut finir sur une chanson.

Voulu comme une ode à la réconciliation des peuples au-delà des frontières par ses promoteurs, le réalisateur Yash Chopra (qui accomplit ici un come-back après une pause de sept ans), le scénariste Aditya Chopra (récompensé aux Filmfare Awards 2004), et son acteur Shah Rukh Khan, musulman originaire du Pakistan, Veer-Zara touche sa cible. Véritable mélodrame musical comme Bollywood n'en fait presque plus, avec des acteurs qui jouent plus en souplesse que d'accoutumée, bien qu'on y pleure et que l'on s'exalte de bien belle manière, le film se pare d'une réflexion sur l'histoire et la politique qui peuvent broyer des destins humains, mais sans pouvoir empêcher la survivance des sentiments les plus purs. Veer-Zara a été mainte fois récompensé aux Filmfare Awards de 2004, dont celui du meilleur film. Peut être que ces récompenses visaient à promouvoir un film positif qui œuvre dans le sens de la réconciliation entre l'Inde et le Pakistan, en évitant de jouer sur les peurs et autres sentiments nationalistes qui prévalent assez souvent dans le cinéma de Bollywood (voire Mission Kashmir à cet effet).

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(2.8)

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