Critique : Something like happiness

Nicolas Thys | 11 avril 2006
Nicolas Thys | 11 avril 2006

Someting like happiness est un film Tchèque très dense mais qui peut se résumer à travers un plan central absolument magnifique dans lequel une jeune femme et un de ses amis qui ont recueilli provisoirement deux enfants naviguent avec eux dans une barque au milieu d'un étang. En passant à côté de quelques branches assez lugubres, les deux héros parlent d'ondins, de rêves et du merveilleux aux enfants qui les écoutent, amusés, sans se poser de question. À l'arrière plan, dans une lumière qui pourrait faire penser que le film est un documentaire (mais il n'en est rien) des usines de produits chimiques tournent à plein régime et crachent une fumée opaque et malsaine.

Le retour à la réalité se fait cruellement sentir pour ces deux jeunes en quête d'espoirs et de rêves à réaliser pour sortir de la seule vie qu'ils connaissent : morne et désenchantée. Something like happiness n'est pourtant pas tant un film sur le malheur d'une génération paumée que la mise en image d'un désir : celui du retour à une vie simple et heureuse, naturelle et pleine de ces contes et légendes qui peuplent l'imaginaire tchèque depuis des siècles et qui semblent si loin maintenant. Un retour à une vie enfantine où quelques mots et des éléments simples (un peu d'eau et un bout de bois) permettent de s'enfuir hors du temps et du sinistre du quotidien. Malgré tout le retour à la dureté et à la laideur de la réalité nous guette, nous empêche de vraiment pouvoir nous évader librement. Les classes populaires n'ont pas droit au rêve…

Tout commence d'ailleurs par un plan assez noir où une caméra se dirige vers une fenêtre : l'appel à la liberté est perturbé et rien ne va se passer comme prévu. Dans une banlieue de la République Tchèque où tous les immeubles se ressemblent, Monika, une post-ado d'une vingtaine d'années, attend d'aller rejoindre son petit ami parti accomplir le rêve américain. Seul rêve possible puisque dans son pays tout semble à l'abandon. Sa voisine sans le sou devient folle, lui laissant à elle et son meilleur ami ses deux enfants d'environ 3 et 5 ans. Lui n'a qu'une idée : aider sa tante à bâtir une maison. Mais même l'air et la nature sont intoxiqués par la politique industrielle du pays.

Bien que le sentimentalisme à outrance et le malheur qui se déchaîne l'empêche peut-être de se déployer complètement, Something like happiness reste malgré tout très beau, pessimiste et réellement émouvant. Constat amer sur la jeunesse démunie d'un pays en friche, il rejoint en cela une certaine catégorie de films européens qui se développe depuis quelques années, proche du documentaire sans tomber dedans, mêlant à un certain niveau des caractéristiques néoréalistes à celle du simple drame social et politique. On peut le rapprocher du très beau film de Per Fly, The bench, en ce qui concerne le côté radiographie de la classe populaire ou encore de Lilja 4-ever de Lukas Moodyson pour la jeunesse morte avant d'être née.

À voir pour découvrir un autre cinéma avec moins d'action, plus de sentiments et une véritable histoire, Something like happiness mérite amplement la douzaine de récompenses obtenues dans les divers festivals internationaux et fait de Bohdan Slama un réalisateur dont on peut espérer le meilleur pour la suite.

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