Critique : Shanghai dreams

Louisa Amara | 13 mars 2006
Louisa Amara | 13 mars 2006

Il faut souvent se méfier des films primés à Cannes. Sans remettre en cause totalement les choix du jury, ce dernier étant chaque année complètement différent, les palmarès se suivent et ne se ressemblent pas. Pour certains, c'est ce qui fait la richesse de Cannes, pour d'autres, ce fait démontre encore une fois, si besoin en était, que les récompenses en général sont complètement subjectives, et donc toutes relatives. Cette précision faite, Shanghaï dreams n'a pas volé son titre : prix du Jury à Cannes 2005. Un jury hétéroclite présidé par Emir Kusturica.

À première vue, dans l'histoire, triste, tragique, et dans la forme, austère, étouffante, on voit mal ce qui a pu toucher le jury cannois. Il faut aller plus loin pour le comprendre, dépasser la forme pour se concentrer sur les personnages, leur vécu, et sur ce que ce film dit de la politique chinoise des années 1960 aux années 1980. Une richesse qui n'apparaît que progressivement. Shanghai dreams n'est certes pas un film facile. Il n'essaie pas de plaire à tout prix, de séduire son audience par des images léchées et des personnages auxquels on pourrait s'identifier. Malgré tout, la sévérité du père, la fille adolescente obéissante et marquée par un drame, l'ignorance des adolescents, le fossé entre générations restent des thèmes universels qui touchent chacun d'entre nous.

L'intelligence du cinéaste chinois est de ne pas donner toutes les clés de son film. Le mutisme de l'héroïne et de personnages importants peut agacer, mais il correspond à une mentalité et une culture particulières. En replaçant cette histoire tragique dans son contexte, on comprend peu à peu tous les enjeux de ce film très personnel. Wang Xiaoshuai : « Ce film est ancré dans mes souvenirs. J'ai passé toute ma jeunesse dans une région rurale […]. Les adultes dans mon film traversent les mêmes dilemmes que leurs enfants. Cela faisait longtemps que je désirais réaliser ce film. Il est dédié à mes parents et à tous ceux, innombrables, qui ont connu le même destin qu'eux. »

La lenteur de certaines séquences pourra perturber les habitués du montage saccadé, mais cette langueur fait partie de la vie rurale chinoise et est nécessaire à la compréhension du film. Elle permet aux personnages d'évoluer ou, précisément de stagner. Les plans contemplatifs sont finalement peu nombreux, c'est la répétition des scènes de la vie quotidienne qui déstabilise vraiment. Mais ces répétitions donnent toute sa crédibilité à ce film réaliste. Une apparente froideur, dans la lumière, le montage, semble parfois superflue, mais le jeu des acteurs (tous très justes) fait oublier ces quelques maladresses. Un film très émouvant, qui s'installe progressivement pour vous surprendre avec une fin tragique et touchante.

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