Critique : A perfect day

Hoda Kerbage | 28 février 2006
Hoda Kerbage | 28 février 2006

Pour leur deuxième long-métrage A perfect day, le couple de réalisateurs libanais Hadjithomas/Joreige (Joana et Khalil) ont choisi de s'éloigner de l'habituel décor de guerre qui a caractérisé la plupart des films libanais de l'après-guerre. Pour leur « jour parfait » ils ont décidé de placer leur intrigue en plein dans le Beyrouth d'aujourd'hui, ville moderne et qui se veut moderne, dont le cœur bat au rythme des soirées endiablées de la jeunesse libanaise, mais aussi un Beyrouth encore meurtri par des événements passés et pas si vieux que ça, des séquelles de la guerre (1975-1991) que tout le monde tente de jeter dans l'oubli. Et l'oubli c'est précisément un des thèmes clés du film. Malek (Ziad Saad, un jeune acteur amateur par ailleurs assez talentueux) veut oublier que son père, porté disparu n'est jamais revenu. Claudia, sa mère (une Julia Kassar toujours aussi éclatante), veut oublier que Malek a décidé de déclarer ce père officiellement mort, Zeina veut oublier que sa relation avec Malek ne mène à rien, et pour tout bien oublier, la jeunesse sort et les parents s'isolent.

S'inspirant d'un fait réel, (la propre disparition d'un parent de Joreige durant la guerre), le couple de cinéastes nous présente une histoire en apparence simple et sans fioritures. Elle suit les déambulations identitaires des personnages dans un espace qui se limite au seul Beyrouth, pendant 24 heures au cours desquelles tout un monde peut basculer. Le film pose les bonnes questions quant à une certaine jeunesse libanaise, sa précarité, sa confrontation avec la génération d'avant, et le gouffre que la guerre a pu creuser entre elles. Hadjithomas et Joreige se penchent sur des thèmes du moment, variant de l'amour à la musique, du culte de l'image à la passion dévorante que vouent les Libanais à leur portable.

Bien armé de ses (déjà) multiples prix (prix Fipresci, prix Don Quichotte au Festival de Locarno ; montgolfière d'argent, meilleur acteur, meilleure création musicale pour le Festival des 3 Continents ; mention spéciale, meilleur acteur pour le Festival de Namur), A perfect day, avec son très petit budget, présente de nombreux atouts. Au-delà des thèmes évoqués et traités avec une infinie justesse, le film propose une esthétique dénuée de prétention, tout en multipliant les beaux plans. Il n'oublie pas d'offrir une bande-son marquante composée majoritairement par deux groupes libanais, les Scrambled Eggs et les Soaps Kills, dignes réprésentants de la scène musicale libanaise contemporaine.

Bien que les réalisateurs considèrent leur film comme « politique », il reste surtout dans le registre du cinéma d'auteur, très social et poétique. Un cinéma venu d'ailleurs. Et si certaines images, par moments, peuvent sembler des clichés, A perfect day reste une œuvre belle et sincère qui vaut assurément le détour.

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