Critique : Brothers

Louisa Amara | 8 février 2006
Louisa Amara | 8 février 2006

Neuvième film de la réalisatrice danoise Susanne Bier, Brothers, à la fois film de guerre et chronique familiale, montre bien l'ambivalence de la cinéaste. Depuis ses débuts, elle s'attache à toucher à tous les genres, tout en se concentrant sur la psychologie des personnages. Après une comédie familiale, un thriller, une comédie romantique The One and The Only, et une tragédie, Open Hearts, énorme succès au Danemark, remarquée par la critique internationale, Susanne Bier s'attaque à un tout autre genre, sans pour autant perdre ses repères. « Dans Brothers, j'ai voulu montrer que tous les conflits internationaux rapportés par la presse font une incursion dans notre vie quotidienne, provoquant par là une évolution des comportements ».

C'est bien la dimension tragique des événements et leurs conséquences qui intéressent la réalisatrice. À l'instar de Thomas Vinterberg, ou de Lars von Trier, elle a également réalisé un film respectant les règles du Dogme. Sa réalisation s'en ressent encore parfois, dans l'utilisation d'une lumière naturelle, voire sévère, de la caméra à l'épaule, parfaitement adaptés au sujet ici. Mais le goût particulier pour les chroniques familiales amères que semblent cultiver les cinéastes danois est parfois écrasé par l'aspect tragique et un manque de rythme général.

Brothers évite cet écueil par le montage alterné des séquences en Afghanistan en pleine horreur, et celles du foyer danois, où l'attente de nouvelles devient insupportable. L'un des grands mérites de ce film est de montrer l'envers du décor. Les « frappes chirurgicales » en Afghanistan par l'armée américaine ont été tellement médiatisées, qu'on en a perdu tout sens des réalités du terrain. À savoir la violence des fugitifs talibans envers les occidentaux, quelle que soit leur mission sur place. Les scènes de tortures mentales et physiques sont donc particulièrement réalistes et réussies. La tension est maintenue pendant tout le film grâce à des acteurs touchants et justes. Ulrich Thomsen en tête, interprète parfaitement les sentiments de cet homme gagné par la paranoïa, dûe à un traumatisme de guerre dont il n'arrive pas à guérir. Ces silences en font un homme apeuré et violent, alors qu'il était l'élément le plus solide de cette famille si banale et donc proche de nous.

Par quelques touches savamment distillées, Susanne Bier aborde également des thèmes qui lui sont chers, comme le rapport au père, la rivalité fraternelle, le doute dans le couple. Loin des histoires à l'eau de rose, ou du mélo dans lesquels certaines réalisatrices se complaisent, Susanne Bier évoque sans détour l'ambiguïté des rapports homme/femme, la perte du désir, le décalage grandissant entre une femme et son mari traumatisé.
« L'aspect politique du film, c'est la présence militaire danoise en Afghanistan, mais ce film parle avant tout d'une histoire d'amour et de la place de l'amour dans notre style de vie actuelle.» La cinéaste évite aussi les voies faciles grâce à un scénario riche en rebondissements sans être opportuniste. On lui en sait gré. L'intelligence de la réalisatrice et co-scénariste est de donner un point de départ fort et ne jamais faire retomber la tension dramatique. Servi par une distribution au jeu sobre et juste, une réalisation énergique, Brothers réussit sur tous les plans. Qui a dit que seuls les américains savaient filmer la guerre et les traumatismes qu'elle engendre ?

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