King Kong : critique

Stéphane Argentin | 8 décembre 2005 - MAJ : 25/03/2019 12:03
Stéphane Argentin | 8 décembre 2005 - MAJ : 25/03/2019 12:03

Après la consécration de la trilogie du Seigneur des anneaux (17 Oscars au total et près de 3 milliards de dollars de recette au box office mondial), Peter Jackson s'attaque donc à un autre monument, non plus littéraire mais cinématographique, un film désormais ancré à jamais dans l'histoire du septième art et qui, accessoirement, lança la vocation du futur cinéaste : King Kong (1933). Un rêve d'enfant que Jackson transforme une fois encore en nouvelle réussite.

Vs Godzilla
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Pour aussi grand qu'ait été le sacre du réalisateur avec son adaptation de la trilogie de Tolkien, celui-ci possède (comme toujours) ses détracteurs (à commencer par notre cher rédac chef, ndlr), et ces derniers de s'empresser illico de régurgiter les mêmes tares au sortir de ce nouveau long-métrage. Trop long (3h08 très précisément, soit à peu de chose près la même durée que la version courte du Retour du roi), trop inégal aussi bien d'un point de vue narratif (certains personnages moins bien brossés que d'autres) que technique (de nombreux effets n'ayant pas directement trait à Kong sont effectivement imparfaits) ou encore trop pesant (profusion d'effets spéciaux, scènes trop appuyées visuellement…). Inutile d'ajouter à cette liste ceux pour qui la reprise d'une des pierres philosophales du cinéma constitue une hérésie en soit (pourquoi s'intéresse-t-il à cette nouvelle version dans ce cas ?).

 

Photo Naomi Watts, Adrien Brody

 

Pour autant, tous ces (petits) défauts, justifiés ou non, paraissent une nouvelle fois bien dérisoires devant la réussite avérée du résultat final. Qui, en dehors de Peter Jackson, était en effet mieux placé pour se réapproprier un tel matériau alors même que ce dernier vénère l'original depuis son enfance, allant même jusqu'à refaire une scène à jamais perdue sur la nouvelle édition DVD Z1 du film de 1933 : la fameuse séquence de l'araignée. Un passage parmi tant d'autres que Jackson injecte à son tour dans son propre King Kong. Mais bien plus qu'une banale photocopie aux couleurs mates, la version 2005 prend le temps de développer les lieux, l'époque, les personnages et l'ambiance là où celle de 1933 était plus compact et surtout plus direct, se focalisant ainsi durant une bonne heure sur ce monde perdu qu'est Skull Island.

 

Photo


Si cette partie reste au cœur de l'intrigue et occupe à elle seule environ la moitié de cette nouvelle mouture (soit finalement guère plus en proportion que le King Kong de 1933), Peter Jackson a considérablement étoffé l'avant et l'après Skull Island. C'est ainsi qu'au cours de son premier quart, le film prend désormais le temps de nous montrer un New York au temps de la grande dépression plus vraie que nature (une réussite visuelle qui va en appeler d'autres), dans lequel l'héroïne, Ann Darlow (Naomi Watts), artiste de music-hall, se retrouve à la rue, contrainte et forcée de voler pour manger (là encore, la même scène de vol à l'étalage que dans l'original). La suite on l'a connait : le cinéaste Carl Denham (Jack Black) recherchant sa nouvelle égérie, va la sauver de ce mauvais pas et lui proposer de jouer dans son nouveau film et d'intégrer immédiatement le reste de l'équipage en partance pour la fameuse île.

 

Photo Naomi Watts

 

L'occasion également pour Jackson de ponctuer son nouveau long-métrage de ces petites réparties et autres situations comiques dont il raffole tant sans pour autant tomber dans le ridicule : l'autodérision du monde du cinéma (producteurs qui n'y connaissent rien, réalisateurs mégalos et ici prêt à tout avec un Jack Black beaucoup plus retenu que d'habitude, acteurs-stars avec une mention spéciale à Kyle Chandler, connu notamment pour son rôle dans la très sympathique série Demain à la Une) sans oublier les références au King Kong de 1933 (Carl qui veut engager l'actrice Fay Wray mais cette dernière est déjà retenue sur un film RKO réalisé par Merian Cooper) avant de nous offrir ensuite son « mini Titanic » (Ann filmée cheveux au vent à la proue du navire sur fond de ciel orangé, bateau pris dans la tourmente à l'entrée de l'île).

 

Photo Jamie Bell

 

Cette croisière en mer (soit le second quart du film, sans doute la partie la plus étoffée en comparaison de la version de 1933) permet également et avant tout de faire plus ample connaissance avec les principaux protagonistes : le cinéaste Carl Denham pour qui seul son film compte quelque soit les sacrifices (humains), mais aussi les membres d'équipage et notamment l'ancien militaire noir Hayes (Evan Parke), le mousse rebelle Jimmy (Jamie Bell) et l'aventureux capitaine Englehorn (Thomas Kretschmann), sans oublier bien entendu le scénariste Jack Driscoll (Adrien Brody) qui va instantanément s'éprendre de la belle avant que la bête ne fasse son apparition.

Une entrée en matière qui ne surviendra qu'au bout d'une heure dix (chrono montre en main). Soit suffisamment de temps pour que Peter Jackson nous présente également au préalable un Skull Island et son village d'indigènes bien plus effrayant que dans la version de 1933 (les faciès noirs / bleutés et grimés des autochtones ont d'ailleurs comme des relents de créatures de la Terre du Milieu) avant que ne surviennent ensuite la flore et surtout la faune hostile de l'île peuplée de créatures préhistoriques plus vraies que jamais et au milieu desquelles survit depuis bien longtemps le roi Kong, personnage central de l'histoire.

 

Photo


Dire que la réussite visuelle de ce primate de 10 mètres est à tomber à la renverse serait un doux euphémisme tant le résultat dépasse tout ce que l'on a pu voir jusqu'à présent via les différents matériaux promotionnels (photos, extraits vidéo). Une réussite au moins égale à celle de Gollum dans Le seigneur des anneaux et derrière laquelle se cache une fois de plus la performance « invisible » d'Andy Serkis (qui joue cette fois un autre rôle : celui d'un des membres de l'équipage). Mais cette nouvelle claque visuelle peut également être étendue à l'ensemble de la végétation de Skull Island et à ses « habitants ».

Se réappropriant là encore quelques unes des scènes cultes de l'original, le King Kong de 2005 nous offre ainsi une course poursuite hallucinante entre l'équipée partie à la rescousse d'Ann et tout un troupeau de dinosaures, la fameuse séquence du tronc d'arbre servant de pont au milieu d'un ravin, sans oublier l'affrontement mythique entre Kong et un T-Rex. Une scène revue et corrigée (Kong en affrontant désormais trois) que nous avions déjà découverte en avant-première (non finalisée) et dont un extrait est par ailleurs visible sur le DVD du journal du tournage du film, et amenée sans aucun doute à entrer elle aussi au panthéon des scènes mythiques du cinéaste kiwi.

 

Photo Naomi Watts

 

Outre la découverte d'un Kong balafré tout puissant, cette séquence mémorable est également l'occasion de resserrer les liens entre la belle et la bête. En effet, si le primate est la figure de proue du film, son véritable coeur se situe bel et bien au niveau de la relation, à priori impossible, entre ces deux êtres et des différentes « péripéties » qu'ils vont être amenés à traverser / partager. Certains (notre rédac chef le premier, bis repetita, ndlr) regretteront peut-être là encore la disparition lors de ces « scènes de couple » du « déshabillage » de 1933 (devenue séquence de douche sous une cascade en 1976) au profit de petits jeux certes plus « enfantins » entre Ann et Kong (dont on taira la nature pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte) mais tout aussi émouvants.

La beauté visuelle et formelle d'une majorité de ces scènes et des plans qui les composent touche d'ailleurs du doigt une certaine idée de la perfection poétique mise en images (que certains jugeront une nouvelle fois beaucoup trop appuyées) et promptes à faire fondre le plus puissant des colosses. La puissance dramatique du film s'en trouve alors décuplée (le travail de présentation approfondie, effectuée au préalable, prenant alors toute son ampleur) au même titre que le clou du spectacle : la scène mythique au sommet de l'Empire State Building.

 

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Résumé

Alors : le King Kong de 2005, meilleur ou moins bien que l'original de 1933 ? (Mieux s'hasarderait à lancer l'auteur de ces lignes). « Différent » serait le terme exact mais tout aussi réussi serait également parfaitement approprié. En reprenant les grandes lignes narratives du King Kong de 1933 ainsi que plusieurs de ses scènes clés tout en y ajoutant de nouvelles, Peter Jackson remporte haut la main son pari : se réapproprier l'un des monuments de ce noble art qu'est le cinéma et créer son propre King Kong, une nouvelle huitième merveille du monde.

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