Critique : La Fenêtre d'en face

Vanessa Aubert | 7 décembre 2005
Vanessa Aubert | 7 décembre 2005

Avec deux millions d'entrées en Italie, La Fenêtre d'en face est un film phénomène qui ne peut qu'attirer l'attention. Meilleur film, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure musique aux David Di Donatello, Césars italiens. Rares sont les coups de projecteur donnés sur des films italiens et l'intérêt des transalpins ne peut que susciter le nôtre.

Plongée au cœur de Rome. Entre 1943 et aujourd'hui, deux histoires s'affrontent pour se mêler intimement au fil du film. Simone, vieil homme propre sur lui, erre dans les rues de la capitale pour retrouver son histoire. Filippo décide de l'aider malgré le regard menaçant de sa femme Giovanna. Alors que l'âge distinct des deux hommes laissait présager la naissance d'une relation paternelle, c'est vers Giovanna que Ferzan Ozpetek décide de braquer sa caméra pour centrer son film. Le réalisateur de Hammam, Le Dernier Harem et Tableau de Famille observe les liens se tissant entre Giovanna et Simone alors que la fenêtre d'en face dévoile peu à peu ses propres mystères.

Le charme du voisin Lorenzo ne laisse pas la jeune femme indifférente malgré la froideur constante du jeu de l'actrice. La direction toute en retenue que souhaitait Ozpetek est plus que perceptible et semble malheureusement nuire à l'attachement du spectateur pour l'héroïne. Sans virer dans la caricature facile comme le fit Marie-Anne Chazel dans le navrant Au secours j'ai 30 ans!, il exploite la beauté mystérieuse de Giovanna Mezzogiorno sans jamais chercher à la percer. Le Lorenzo d'en face souffre également de cette peinture peu parlante. La plastique mannequine de l'acteur, gageure de séduction pour le cinéaste, fige au contraire l'émotion comme du papier glacé.

Meilleur filmeur que directeur d'acteur, Ozpetek n'en est pas moins un scénariste hors pair en créant une histoire riche et envoûtante traversant les années. La Fenêtre d'en face ou le miroir dans lequel l'Italie regarde son passé et son futur. La seconde guerre mondiale, l'histoire de Rome, l'Italie d'aujourd'hui ravivent la mémoire de Simone, auquel la nonchalance de Massimo Girotti donne vie. En choisissant cet acteur aux cent films, Ozpetek réussit à faire de cette figure du cinéma italien le pilier d'un amour à l'italienne modernisé. Un tour de force à l'image du film. Les chansons d'amour, l'importance de la famiglia, la gargantuesque gastronomie sont autant de cartes postales avouées qui s'harmonisent parfaitement à cette histoire contemporaine. Hommage sans doute d'un cinéaste turque à sa terre d'accueil. Hommage avéré à Massimo Girotti décédé avant de voir son dernier film.

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