The Weather Man : Critique

Matthieu Perrin | 29 novembre 2005
Matthieu Perrin | 29 novembre 2005

Depuis ses débuts, le cinéma s'est peu intéressé à la figure de « l'homme tronc ». Certes, il y a eu des films aussi importants que Freaks ou plus récemment Boxing Helena… Cependant la figure de « l'homme tronc virtuel », comprenez par là bien sûr les présentateurs télévisés, a rarement été mise à l'honneur sur grand écran. Peut-être parce que nous les voyons déjà assez à la télé et qu'ils passent souvent pour des personnes trop normales et quotidiennes, juste capables de s'adresser à la ménagère de plus de 50 ans ? 

Harold Ramis avait été l'un des premiers avec l'excellent Un jour sans fin à nous montrer les états d'âmes (répétitifs) du génial Bill Murray, présentateur météo venant faire un scoop sur le jour des marmottes. Et Gus Van Sant avait montré une Nicole Kidman « prête à tout » pour devenir une star de la météo. Cette année, c'est au tour de Nicolas Cage d'endosser le rôle d'un présentateur météo en pleine remise en question sous la direction de Gore Verbinski. Phénomène de marketing assez inattendu (et aussi imprévisible que le temps…), le dernier film du réalisateur des Pirates des Caraïbes bénéficie pour sa sortie française de ce que l'on est en droit aujourd'hui d'appeler « L'affaire Pernault ». En faisant la une de toute la presse people, les français ont découvert que le toujours aimable et toujours souriant présentateur télé a aussi une vie privée, qui parfois n'est pas toute rose et que quelque chose de profondément tragique pouvait aussi se tramer derrière l'écran. Derrière les formules toutes faîtes et la cravate, il y avait donc un homme…

 

 

Qui de mieux que Nicolas Cage était en mesure de camper un tel personnage ? De Leaving Las Vegas à Windtalkers en passant par La Cité des anges ou encore 8mm, Nicolas Coppola a su mieux que quiconque porter le malaise du monde sur ses épaules. Il est devenu même une figure christique incontournable à Hollywood dans laquelle d'ailleurs Martin Scorsese a vu son sauveur pour À tombeau ouvert. Dans chacun de ses films, le comédien semble entamer un véritable chemin de croix : il arrive à porter la guerre, la misère ou l'injustice sur ses épaules souvent voûtées. Il faut quand même saluer le statut marginal du bonhomme. Là où d'autres se seraient casser les dents, parce qu'ils n'ont pas le sourire carnassier du stéréotype hollywoodien, il a su utiliser son physique de chien battu assez étrange et marqué.

 

 

Pour le rôle du présentateur météo, David Spritz, Cage accentue encore plus le trait et ose personnifier le cliché du présentateur télé dans toute son Horreur : brushing et balayage californien (que n'aurait pas désavouer le Patrick Sabatier des années 1980), sourire « ultrabrite », costume et cravates à l'avenant. Rares sont les acteurs qui osent interpréter une telle « tête à claque ». D'autant plus ici que la rédemption ne semble pas de mise. Spritz est un « gros con », détesté par sa femme, ignoré par ses enfants et son père (admirable Michael Caine plus glacial que jamais en père « prix pullitzer ») et dont la seule ambition est de décrocher le poste de présentateur d'un talk show très populaire nommé Hello America.

 

 

Weather man est un film tout à fait symptomatique de la récupération des clichés du cinéma indépendant par les gros studios hollywoodiens. Jusqu'à présent, ce malaise post 11 septembre et cette remise en question ne se faisaient qu'en marge d'Hollywood par quelques cinéastes indépendants. Weather man est un « gros » film de studio et pourtant tous les « clichés » inhérents au film indépendant y passent : l'obésité, l'adultère, le divorce, la maladie, et même la pédophilie. Entre comédie et drame, le film de Gore Verbinski, œuvre dépressive par excellence, se situe quelque part entre Punch drunk love et About Schmidt. Il peut être étonnant de retrouver derrière la caméra d'un film au scénario plutôt original, Gore Verbinski, l' « auteur » de La Souris ou du Cercle. Réalisateur n'ayant pas de réelles préoccupations ou de thèmes récurrents, Verbinski possède une indéniable qualité : une certaine efficacité. Il n'a sans doute rien à dire, mais il sait faire des films, raconter des histoires et diriger ses acteurs. Il le fait ici avec un réel brio en s'offrant même le luxe lors de quelques séquences, d'une réelle audace de mise en scène.

 

Résumé

Si Gore Verbinski ne risque sans doute jamais de faire la pluie et le beau temps à Hollywood, reconnaissons que son Weather man est tout simplement l'un des meilleurs films américains de cette fin d'année.

Lecteurs

(4.5)

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