Critique : Seven swords

Patrick Antona | 30 novembre 2005
Patrick Antona | 30 novembre 2005

Dire qu'on attendait le dernier film épique de Tsui Hark avec impatience est un faible mot, car depuis la sortie (trop) discrète de Time & tide et les sorties direct-to-DVD de Legend of Zu et Black mask 2, cela faisait pas moins de quatre ans que l'on n'avait plus de nouvelles du génial réalisateur, chantre du renouveau du cinéma asiatique et ce, depuis plus de vingt ans. Autant le dire de suite, Tsui Hark n'a pas accouché d'un chef d'œuvre (voilà c'est dit !) à la hauteur de The Blade ou d'un film-creuset comme Zu : Warriors from the magic mountain, qui restent comme les sommets du « Spielberg » de Hong Kong. Mais, tout étant relatif, si le film de Tsui Hark n'atteint pas les cimes espérées, il nous réserve tout un lot de séquences excellemment jubilatoires, dont une scène d'introduction percutante et un final anthologique qui à elles seules méritent amplement le prix du ticket d'entrée dans une (bonne) salle de cinéma.

Si la surabondance est parfois un des défauts majeurs du style de Tsui Hark (ah la bonne idée de mixer le monde du catch à celui des super héros dans Black mask 2…), il n'en demeure pas moins qu'ici cette volonté permet au film de se déguster à plusieurs niveaux. Proposant une relecture des Sept samouraïs (bien qu'adapté d'un roman original, Seven swordsmen from mountain Tian de Liang Yusheng), Tsui Hark réussit à rejoindre son modèle sans le copier en y juxtaposant au thème forcément épique du « wu xia pian » une bonne dose de mélodrame, avec triangle amoureux et liaisons passionnelles, ainsi qu'un sous-entendu politique qui résonne comme une critique de la Chine actuelle. Un peu à l'image de son Syndicat du crime 3, Tsui Hark a volontairement appuyé le côté mélodramatique de son récit, avec son trio aux liens sentimentaux contrariés interprétés avec talent par Donnie Yen (Hero, Blade 2) en état de grâce, la revenante Charlie Young (révélée par Tsui Hark dans The Lovers en 1994 et revenu au cinéma depuis avec New police story) et Leon Lai (un des Anges déchus de Wong Kar Wai), le tout complété par la beauté de la coréenne Kim So-Yeon dans le rôle de la concubine « Perle de Jade ».

Si au niveau visuel et de l'interprétation, Seven swords exploite ce qu'il y a de mieux en Asie, c'est au niveau de son scénario que le film de Tsui Hark pêche lors de nombreux moments. Il accuse ainsi des manques flagrants au niveau narratif tout en donnant le sentiment que certaines scories auraient pu être expurgées. Se reposant parfois un peu trop sur des personnages au charisme évident mais que l'on aurait aimé être plus fouillés et malgré des scènes d'introduction un peu longuettes, le film de Tsui Hark prend parfois le spectateur de vitesse avec des péripéties auxquelles il manque un certain liant. Il devient alors évident pour les plus attentifs que de nombreuses séquences sont manquantes, surtout dans son dernier tiers. Ainsi sont trop prestement évacués les destins des redoutables généraux de Ravage (impressionnant Sun Hong-Lei), ou alors trop abruptement amené le passage entre le siège des villageois, réfugiés dans les grottes, et l'assaut final des héros contre le repaire des assaillants. Sachant que la durée du film qui était à l'origine de plus de trois heures (certaines sources parlent de quatre heures !) a été ramenée à deux heures vingt-cinq pour son exploitation internationale, on peut aisément deviner que ceci augure d'une sortie du DVD Director's Cut (à l'instar du Kingdom of Heaven de Ridley Scott) qui tentera de recoller les morceaux au regard d'une narration par trop morcelée.

Passées les réserves sur un montage qui aurait mérité plus de fluidité, et sur une musique un peu trop aérienne de Kenji Kawaii (compositeur attitré de Mamoru Oshii sur les Ghost in the shell ou la saga des Ring), il est bon de déguster Seven swords dans un genre (le wiu xia pan) que le génie de Hong Kong n'avait pas abordé de manière aussi frontale depuis son mythique The Blade, laissant depuis certains metteurs en scène chinois (Zhang Yimou en particulier) en récupérer la dynamique. Sans réussir à réinventer le genre, Tsui Hark réussit à faire un savant mélange entre réalisme et heroïc-fantasy : réalisme par une direction artistique irréprochable et une photographie quasi-monochrome, donnant à son œuvre un côté de film de guerre moderne, heroïc-fantasy par ses scènes au relent mythologique se déroulant sur le mont Paradis et les scènes de combat épiques où l'acier s'entrechoque avec fureur. Car en ce qui concerne l'action, le film dispense de beaux moments anthologiques et en particulier dans son premier tiers (le meilleur du film), où l'on redécouvre avec plaisir Liu Chia Liang dans un rôle des plus bondissants (il est d'ailleurs un des chorégraphes du film avec Stephen Tung). On jubile également à la première confrontation des « Sept épées » avec les sbires de Ravage où l'on retrouve ces armes blanches délirantes qui nous rappellent la bonne époque de la Shaw Brothers. L'enthousiasme étant à son comble lors du duel final acrobatique et saignant entre les deux leaders antagonistes. Et que ceux qui craignent une overdose d'effets numériques à la Legend of Zu soient rassurés, Tsui Hark a opté pour une approche plus classique des combats, certes moins lyrique mais qui n'entame en rien la puissance de son style. Quant au sous-entendu politique évoqué plus haut, il devient manifeste dans son plan final, qui tout en renvoyant à une imagerie classique rappelant nombre de westerns, ouvre la porte à une séquelle que l'on attend de pied ferme.

À la fois œuvre désuète par son point de départ et manquant parfois du souffle nécessaire pour en faire un choc, à l'instar du premier Histoire de fantômes chinois ou de Il était une fois en Chine, Seven swords marque tout de même le retour sur le devant de la scène d'un auteur qui peut encore nous surprendre, nous offrant ici un très bon film d'action, denrée rare en cette fin d'année cinématographique. Et ne vous trompez pas, en allant voir Seven swords, ce sont les vrais Chevaliers du Ciel que vous découvrirez.

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