Critique : Les Aventures d'un homme invisible

Sébastien de Sainte Croix | 13 août 2004
Sébastien de Sainte Croix | 13 août 2004

Film peu aimé du public et de Carpenter, Les Mémoires d'un homme invisible n'a pourtant (presque) rien à envier aux autres films du maître. Ce long métrage marque le retour du réalisateur au sein des grands studios – qu'il a désertés depuis le bide des Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin. Dôté d'un budget confortable et d'un cahier des charges monstrueux (remettre numériquement au goût du jour le thème de l'invisibilité), John Carpenter rentre vite en conflit avec son acteur principal, Chevy Chase. Obligé de plier sous les caprices de la star d'avoir recours à une voix off (procédé qu'il n'affectionne guère), le réalisateur assure le minimum de promotion et, pour l'une des rares fois de sa carrière, s'abstient de signer la musique de son film (Shirley Walker, qu'il recroisera sur Los Angeles 2013, s'en chargera pour lui). Seul point positif selon le réalisateur, sa rencontre avec Sam Neil : le futur John Trent de L'Antre de la folie.

Pourtant, bien que certainement moins personnelles que ses précédents films, ces aventures n'en reste pas moins un grand challenge de mise en scène. Carpenter n'use pas des effets spéciaux (splendides au demeurant) et préfère travailler sur les différences de point de vue des protagonistes pour faire apparaître et disparaître à loisir son homme invisible, rivalisant ainsi d'élégance avec le Joseph Mankiewickz de L'Aventure de Mme Muir (sublime histoire d'amour entre un fantôme et la non moins sublime Gene Tierney, seule personne capable de voir le fantôme). Carpenter s'amuse également à mettre en avant les désagréments que cause l'invisibilité plutôt que ses avantages (les douches, et après…), émaillant son film de références à La Mort aux trousses (un certain Kaplan est appelé à plusieurs reprises dans le film), la plus flagrante étant la structure même du récit : un homme poursuivi par les membres d'une organisation gouvernementale obscure. À travers sa course, le personnage, invisible avant même de le devenir, va évoluer, acquérir une nouvelle identité et renaître.

Au final, Les Mémoires d'un homme invisible est une œuvre d'une grande élégance formelle, résolument optimiste (peut-être trop, à en juger par la fin), qui détonne quand on connaît le cinéaste, mais qui procure à chaque vision une joie et un plaisr communicatifs et le souvenir de scènes superbes. À l'image de l'apparition sous la pluie de Chevy Chase à Daryl Hannah, qui reste un summum de poésie, tout comme son réveil après avoir été « invisibilisé », évoquant furieusement les toiles de Magritte.

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