L'Antre de la folie ; critique

Sébastien de Sainte Croix | 14 août 2004 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Sébastien de Sainte Croix | 14 août 2004 - MAJ : 09/03/2021 15:58

1995 : le cinéma fantastique est mal en point. Alors qu'il s'apprête à vivre la période post-Scream et ses multiples avatars parodiques, qui allaient vider en quelques années les poignées de films de genre de leur essence, les références abondent, les grandes franchises (Freddy, Vendredi 13, Halloween) sont déclinées jusqu'à épuisement, et le fantastique peine à trouver un second souffle. C'était sans compter sur l'un des gardiens du temple : John Carpenter. Ce dernier, en retrait depuis quelques années, se voit proposer par Michael De Luca, grand ponte de New Line Cinema (qui a fait sa fortune sur la série des Freddy ), un scénario idéal pour remettre les pendules à l'heure : L'Antre de la folie. Carpenter déclare vouloir réaliser le 2001 du cinéma fantastique, et entend bien redonner au genre ses lettres de noblesse.

Véritable mise en abîme du genre, nouvelle incursion dans l'univers « lovecraftien » après Prince des ténèbres, Carpenter s'assimile et assimile le spectateur au personnage de John Trent, incarné par Sam Neill, qui s'aventure dans le monde imaginaire d'un écrivain, Suther Caine (identifié comme un nouveau Stephen King), fort de son expérience de détective en assurance frauduleuse. D'abord cynique et dubitatif face à l'apparition du surnaturel, Trent devra se rendre à l'évidence : la fin du monde est proche, et il va être son vecteur par le biais du manuscrit qu'il est chargé d'acheminer à bon port. Et si les gens ne lisent plus, il reste le film (qui en sera tiré) pour les autres. Reprenant la structure narrative en boucle de L'Invasion des profanateurs de sépultures, de Don Siegel, Carpenter nous livre avec ce film une œuvre définitive à tiroirs multiples, propre à satisfaire tout le monde, et s'adressant aussi bien au (futur) public de Scream et consorts qu'aux fans de la première heure : pour tous, le même sentiment, à la fin de la projection, que le monde en dehors de la salle n'existe plus, gangréné par le mal qui utilise le film projeté comme vecteur de propagation.

Carpenter utilise pour la première fois la structure narrative du flash-back et de la voix off (qu'il n'apprécie guère d'habitude), ainsi que des effets de montage rapides propres à dynamiser l'action et à proposer un spectacle plus aux normes de l'époque MTV : son style inimitable s'adapte au récit et aux attentes de l'époque, conférant à L'Antre de la folie un statut à part dans sa filmographie, une étape nécessaire avant de retourner à des projets plus « normatifs ». Il reviendra à son style classique dès son film suivant, Le Village des damnés, véritable ilôt de classicisme dans un paysage cinématographique dévasté par Michael Bay et autres réalisateurs-clippeurs.

Signe des temps, Wes Craven (pas encore totalement « scream ») entreprend au même moment la mise en chantier du dernier opus de la série des Freddy : Wes Craven's new nightmare (Freddy sort de la nuit, en France), sur un mode narratif similaire, à savoir le film dans le film, la mise en abîme, de manière à redonner vie à son personnage de croque-mitaine affaibli par de (trop) nombreuses suites. Les grands esprits se rencontrent !

 

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commentaires
pepe
22/11/2019 à 02:18

Je dirais quand même que l'exorciste représenterait le 2001 du film de genre mais putain qu'il est bon ce Mouth of Madness ! Quelle claque cette histoire, cette ambiance, cette mise en abîme, ces images qui marquent la mémoire ! Mon préféré de Carpenter avec The Thing et un des meilleurs du genre :)
Il m'a marqué.

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