Le Transporteur 2 : critique

Stéphane Argentin | 21 juillet 2005
Stéphane Argentin | 21 juillet 2005

Bonjour. Bienvenue à bord de la nouvelle voiture de Frank (une Audi flambant neuve en lieu et place de l'ancienne BMW). Destination : Miami. Temps de trajet estimé : 87 minutes. Coût total de la course : 32 millions de dollars. État du colis à l'arrivée : secoué mais non agité. Règle n°1 durant le trajet : respectez la voiture de Frank. Règle n°2 : respectez Frank. Si vous ne respectez pas l'une ou l'autre de ces deux règles, vous êtes susceptibles de vous prendre un méchant coup de latte en pleine gueule.

 

Et en matière de tatanes dans la tronche, Jason en connaît un rayon puisqu'une fois encore, il exécute lui-même ses propres cascades. Malheureusement, le soleil de Floride, et plus particulièrement la clinquante Miami, survolée de part en part en « speed ramping » (procédé consistant à accroître et décroître la vitesse de défilement des images au sein d'un même plan), lui réussit beaucoup moins que celui de la côte d'Azur, la faute aux organisateurs de ces bastons en tous genres qui, pour ce deuxième volet du Transporteur, ont opté pour la surenchère épileptique à tout va au détriment de toute vraisemblance. Certes, on ne vient pas voir un film comme Le transporteur pour assister à un spectacle plausible, mais il y a néanmoins un minimum à respecter si l'on souhaite que le spectateur s'implique un tant soit peu au cœur de l'action ! La liste des aberrations en comparaison du premier volet est si longue que le film rappelle bien vite le cas xXx 2 : plus vite, plus haut, plus fort. Et comme l'on assiste pas ici aux Jeux Olympiques, ce que le corps (ou les lois de la physique) ne peut accomplir, le numérique le pourra à sa place. Cet aspect du Transporteur 2 est hélas parfaitement symptomatique de l'ensemble du long-métrage : bâclé ! L'effet le plus réussi de tout le film se limite ainsi à peu de choses près aux crédits du générique d'ouverture avec un lettrage à même le décor dans le style de Panic room, le reste des trucages numériques étant proprement indignes d'une production d'une telle ampleur (40 millions de dollars, soit le double du premier film !).

 

 

Ce ratage est-il à mettre au crédit de la précipitation dans laquelle le film a été préparé ? Possible. Toujours est-il que là où le premier Transporteur offrait un minimum d'homogénéité, non pas tant au niveau du scénario que de la mise en scène, solide et relativement limpide, le deuxième se borne à aligner des séquences ultra découpées où les plans les plus longs n'excèdent jamais les une à deux secondes (on a d'ailleurs parfois l'impression de voir un Michael Bay !). Les deux premiers à pâtir d'un tel ramassis sont Michel Julienne et Corey Yuen, respectivement responsable des cascades automobiles et des combats, déjà à l'œuvre sur le premier film et dont le travail hautement réputé se retrouve ici purement et simplement charcuté. Ce véritable massacre (soutenu comme toujours par une bande son ad hoc à donf) qui va même jusqu'à piller sans la moindre imagination dans les trouvailles de son prédécesseur (une porte en guise de pare-balles, de la graisse pour « échapper » à son adversaire) associé aux facéties visuelles les plus abracadabrantesques qui soient (une indestructible Audi qui vole dans tous les sens, un Frank à peine égratigné à la fin qui évite les balles en esquissant un simple pas de côté…) finira inévitablement par produire chez le spectateur l'une des deux réactions suivantes (voire les deux) : le fou rire ou bien l'exaspération la plus profonde.

 

 

Y a-t-il alors quelque chose à sauver du Transporteur 2 ? Outre les chorégraphies de Corey Yuen que l'on aurait aimé découvrir sous un angle plus « digeste » et qui nous gratifie une nouvelle fois de quelques scènes plutôt sympathiques (le fight en ouverture dans un esprit très « B movie » et le combat final avec la lance à incendie plutôt bien ficelé), on pourra surtout retenir la « performance » des acteurs qui donnent tout ce qu'ils peuvent histoire que le spectateur en ait pour son argent. À commencer par Jason Statham, d'un stoïcisme hors pair du début à la fin dans son rôle du cogneur au grand cœur avec un impressionnant ratio lignes de dialogues / bourres bifs d'environ un pour mille. Viennent ensuite Alessandro Gassman et Amber Valletta, tous deux très convaincants dans les rôles respectifs de l'ordure et de la mère éplorée, Kate Nauta qui effectue ici ses premiers pas à l'écran et se révèle excellente en tueuse masochiste mais qui crèvera hélas comme une pauvre merde. Enfin, impossible de ne pas mentionner François Berléand qui remplit à merveille son rôle de « poulet cuisinier comique » made in France.

 

 

En dépit d'un milieu d'intrigue très mou, là où Danny the dog, premier long-métrage solo de Louis Leterrier, comportait des séquences d'action solidement mises en images, celles du Transporteur 2 partent dans tous les sens et donnent assez rapidement la nausée. Dans ces conditions, on ne saurait que trop conseiller à ce diplômé de la NYU (la célèbre université de cinéma de New York) de ne pas confondre vitesse et précipitation s'il ne veut pas finir comme un simple metteur en scène « yes-man » comme Hollywood en comporte déjà tant. Ou bien, autre suggestion, que l'instigateur de ces différents « transports » (Luc Besson) remette la réalisation du troisième volet, annoncé sans surprise dans l'épilogue, entre d'autres mains, comme par exemple celles de Corey Yuen qui avait initialement mis en boîte une bonne partie du premier Transporteur.

 

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