Batman Begins : critique Batback

Damien Vinjgaard | 9 septembre 2018 - MAJ : 28/06/2020 21:21
Damien Vinjgaard | 9 septembre 2018 - MAJ : 28/06/2020 21:21

Après deux épisodes grandioses dirigés par Tim Burton, le super-héros avait été laissé pour mort après ses deux combats pour la maîtrise du dance floor gothamien chez Joel Schumacher. Huit ans plus tard, le voilà de retour plus jeune que jamais dans Batman Begins de Christopher Nolan.

BAT NIGHT MAN

Et dès les premières séquences du film, il semble évident que le justicier nocturne a bu à la même source de jouvence que ses comparses : l'Incassable de M. Night Shyamalan, auquel Batman Begins, plus que tout autre, doit sa raison d'être. Par son approche réaliste et pragmatique de la naissance d'un héros, aussi faux soit-il, le réalisateur du Village avait dessiné un nouveau périmètre dans lequel inscrire les aventures diverses des super-héros. Bien que leurs péripéties soient magnifiées par les effets spéciaux, Spider-Man ou Hulk devaient le renouveau de leurs mythologies à l'approche réaliste et psychologique que le petit maître a su exploiter favorablement avant eux.

 

Photo Christian BaleBruce Wayne, incassable ?

 

Pour son retour dans les salles obscures, Batman emprunte ce même sentier des origines et narre la transformation d'un homme en mythe. Sûrement parce qu'il racontait les premiers pas de Batman à Gotham, Batman Year One écrit par Frank Miller et David Mazzucchelli fut un temps envisagé pour être adapté, et, sans en être officiellement l'adaptation, Batman Begins dresse de nombreux ponts avec ce comics.

Moins dans la trame narrative ou dans les personnages utilisés que dans l'ambiance d'une cité rongée par le crime, similaire au New York des années 70, et dans lequel Bruce Wayne doit affronter ses démons et ses ennemis (on remarquera à ce propos, les multiples bagarres avec des petits voyous dans des ruelles humides ou près d'échelles incendies, très proche de la BD). Mais, exit la naissance du méchant Double Face et place à la folie mégalomaniaque de Ra's Al Guhl (Liam Neeson) et à la folie tout court de L'Épouvantail (Cillian Murphy).

 

PhotoQui a peur de l'Epouvantail ?

 

FROUSSE WAYNE

Habitué aux décors naturels froids (voir Insomnia), Christopher Nolan sublime les paysages froids et beaux, et le réalisateur surfe avec sa caméra fluide sur ce terrain magnifique aussi bien que sur les souffrances du jeune homme dont ils sont l'écho. Son style limpide, ses mouvements moelleux et son penchant pour le lyrisme illustre parfaitement l'état de Bruce Wayne. Christopher Nolan redonne une épaisseur inattendue à l'orphelin au détriment toutefois du héros.

Un héros magnifiquement campé par Christian Bale, le meilleur interprète, et de loin, du milliardaire à l'écranChristopher Nolan redonne une épaisseur inattendue à l'orphelin au détriment toutefois du héros. Christian Bale épouse chaque nuance de son personnage multiple, de l'éternel adolescent à la créature grotesque en passant par le mondain vaniteux. Après un Michael Keaton effacé, un Val Kilmer fadasse et un George Clooney ridicule, Batman a enfin trouvé son / ses vrais visages.

 

Photo Christian Bale, Liam NeesonTu veux voir un tour de magie ?


Et pourtant, malgré sa bonne prestation et la réussite de l'approche hyperréaliste de Christopher Nolan,  le film peine à organiser la rencontre avec le mythe, et s'appesantit plus que de raison sur Bruce Wayne, au détriment de Batman. Trop appliqué à rendre cristallin tous les recoins du héros, il en oublie de le sublimer comme il se doit. Même s'il est plaisant de voir un cinéaste disséquer un super-héros, on aurait préféré qu'il le maintienne en vie un peu plus.

En expliquant tout de A à Z, Batman perd ses zones d'ombre et devient aussi intéressant qu'un tour de magie dont on connaît le truc. Batman perd sa dimension mythique, et devient Christian Bale qui enfile un costume.

 

Photo Christian BaleJe suis la nuit

 

D'autant que Christopher Nolan laisse complètement de côté son style visuel lyrique développé dans les scènes intimistes alors même qu'il en aurait eu besoin pour magnifier le héros. Les combats dans une ambiance de Gotham gangstérisée par les mafieux et les criminels en col blanc, sont brutaux et secs mais finalement rarement épiques. Il n'y a presque pas de chorégraphies et on ressent comme une frustration à ne voir rien de plus qu'un riche milicien claquer des malfrats cradingues dans des ruelles jaunies.

 

Affiche

 

Résumé

Pris entre le plaisir de découvrir enfin un personnage avec une réelle épaisseur et la déception de voir que le super-héros sera présent plutôt dans les suites, Batman Begins a l'allure d'un rêve, d'une promesse d'un film meilleur à venir. D'ailleurs, le montage comprimé de Christopher Nolan donne finalement un peu l'impression d'avoir assisté à la plus onéreuse et la plus longue des bandes-annonces.

Autre avis Christophe Foltzer
Une bonne relecture du mythe, passionnante dans ses origines mais qui se prend les pieds dans le tapis dès que Batman apparait et que Nolan doit filmer une scène d'action. Mais une belle renaissance après Batman & Robin.
Autre avis Simon Riaux
Nolan filme l'action comme un lépreux se coupe les ongles (difficilement), mais il réussit à renouveler totalement l'image du personnage à l'écran, en propose une vision puissante, qui puise avec beaucoup d'intelligence dans la mythologie du film d'aventures et du polar hard boiled. Un divertissement de très haute gamme.
Autre avis Geoffrey Crété
Avec le recul, Batman Begins apparaît encore plus scolaire et mécanique, voire très bancal dès qu'il s'agit d'organiser l'action, les personnages, et l'humanité derrière le super-héros. Avec en plus une durée qui joue contre lui, le premier volet de la trilogie est de très loin le plus faible.
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Lecteurs

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commentaires

Flo
28/02/2020 à 10:07

– « Si vous dépassez votre condition d’être humain, si vous vous battez pour un idéal et si vous êtes insaisissable, là vous deviendrez quelque chose d’autre – Quel genre de chose ? – Une légende, monsieur Wayne. »

Un choc émotionnel à sa sortie, pourtant les gens n’ont que peu retenu "...Begins", au moins aussi fort et exceptionnel que "TDK". Enfin Batman pouvait sortir des rues de Gotham et voir le monde, enfin Bruce Wayne existait dans le présent et pas seulement dans le souvenirs de ses traumatismes.
Tout n’y est pas parfait dans la mise en scène mais le personnage reposant en grande partie sur le concept de son iconisation (comme tout les héros DC), ce qu’il dégage comme impression est suffisamment intense et « magnifique dans l’héroïsme » pour tout emporter avec lui.
– « Je ne vous ait jamais dit merci – Et vous n’aurez jamais à le faire. »

-Conseil cinéma pour mieux apprécier le film: Voir "Blade Runner", "French Connection", "Memento" et "Insomnia".
-conseil comics: "Batman Year One", "Legends of the Dark Knight".

Pat Rick
24/02/2020 à 11:15

Le problème de ce film c'est surtout des scènes d'action mal filmées.

Rudy Mako
10/09/2019 à 20:31

Les meilleurs grace à leurs méchants qui volent la vedette à Batman. Des scénarios solides, exception peut-être pour le 3, trop long. L'autre point négatif c'est Bale,

Alex
10/09/2019 à 00:36

Comme d’habitude Nolan est totalement handicapé des émotions, certains dialogues ou blagounettes tombent comme un cheveux sur la soupe, c’est parfois mal filmé mais le film porte en son essence une vision, un parti pris solide qui le rend consistant

Ken
09/09/2019 à 23:46

Le meilleur pour moi

Number6
09/09/2019 à 22:03

Pour moi le meilleur de la trilogie. Bonne origin story suivi d'un bon film batman. Un Gotham pas encore new yorkais mais assez crade, une ambiance sombre. J'adore ce film. 8/10

Baneath88
10/08/2018 à 18:06

Une très bonne introduction doublé d'une renaissance de premier ordre pour le patron des justiciers.
Le style plus froid et réaliste de Nolan fait des merveilles, l'écriture est assez solide pour offrir une genèse convaincante au Chevalier Noir. Et Christian Bale s'impose comme l'interprète le plus résolument crédible en B.Wayne/Batman.
L'influence du Blade Runner de R.Scott se fait sentir dans l'utilisation des décors (parfois bien poisseux, et ajoutons aussi la pluie fréquente).
Le casting est de très bonne facture. De Michael Caine à Liam Neeson, en passant par Morgan Freeman et Gary Oldman, tous sont excellents.
Christopher Nolan redonne de belles couleurs à Batman, qui en avait bien besoin après s'être fait littéralement défiguré par les deux précédents films. Malgré une certaine maladresse dans le montage (notamment des scènes d'action, brouillonnes), on retrouve enfin notre Batounnet chéri. Il sera noir, épais et rutilant.

Dirty Harry
06/09/2017 à 12:46

j'ai toujours passé un bon moment devant cette origin story bien que je ne supporte pas beaucoup les super héros (seul Batman requiert mon attention car comme James Bond ou Indiana Jones, car ce sont simplement des humains). La construction scénaristique est pointue (tout sert dans le film, rien n'est gratuit, bonne révélation finale) et bien que les scènes spectaculaires ou d'action manquent de finition, les personnages existent tous, ce qui est le plus important à mes yeux, ainsi que d'un ton épique et d'une belle élégance dans la direction artistique (le film risque de mieux vieillir que le premier Batman de Burton, qui d'ailleurs s'identifier plus aux vilains qui avaient la part belle qu'à Bruce Wayne lui-meme, ici nous connaissons et partageons la psyché tordue de l'orphelin).

LaTeub
06/09/2017 à 10:43

Quel film!! Mon préféré, depuis toujours, dans la trilogie de Nolan.

Kean
06/09/2017 à 00:53

@Flash
Absolument d'accord.
Le defi restera le plus bel,hommage et le plus beau poeme a Batman et son univers gothic, triste et funebre qui lui sied si bien.
La plupart des films de super-heros sont incapable de pondre un villain correct, ce film la en est truffé.
Catwoman, Le pinguoin et meme Walken etaient litteralement parfaits dc insurpassables.

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