Critique : Locataires

Stéphane Argentin | 1 avril 2005
Stéphane Argentin | 1 avril 2005

Quatrième film de Kim Ki-duk à sortir dans les salles françaises en seulement un an après Printemps, été, automne, hiver… et printemps, The coast guard et Samaria, Locataires est probablement le long-métrage le plus simple, le plus beau et le plus universel du réalisateur.

Le cinéaste coréen y fait le pari audacieux, mais remporté haut la main, de raconter l'histoire d'un amour entre deux êtres qu'à priori tout oppose, par la seule force de son art préféré, l'image (Ki-duk a étudié la peinture à Paris) sans qu'aucun échange verbal n'ait lieu entre les deux « squatteurs ». Mais au-delà de cette apparente opposition (lui, enfant de la balle sans attache, elle, femme d'une grande beauté maltraitée) se cache en réalité un même isolement : celui de deux individus, inadaptés, cherchant inlassablement leur place au sein du monde dans lequel ils se trouvent ; ou tout du moins, croient se trouver (cf. la prose finale). Et si l'isolement géographique était volontaire dans le cas de l'apprenti moine et de son maître dans Printemps, été…, il se retrouve transposé à présent en plein urbanisme.

Le titre anglais, 3-iron, en référence à la fois au mari, troisième larron de l'histoire et au club de golf, symbolise d'ailleurs parfaitement à lui seul toutes les thématiques chères à Ki-duk : l'amour (un triangle où l'une des personnes est forcément indésirable), la violence (le club et ses balles, sources de douleurs et de sévices gratuits ou justifiés à plusieurs reprises) ainsi que les cycles sans fin (Tae-suk frappe ses balles de golfs attachées au tronc des arbres qui font alors plusieurs 360° avant de revenir à leur point de départ). Plus encore que dans le déjà très épuré Printemps, été…, Kim Ki-duk parvient ici, en seulement 90 minutes, à cerner et combiner avec une justesse et une facilité déconcertante tous les thèmes les plus basiques qui définissent l'être humain : amour, jalousie, haine, vengeance…

Dans une succession de scènes entre réalité et onirisme (la dernière partie en vue subjective) mêlant à la fois beauté, dureté et drôlerie, Locataires amène jusqu'à sa toute dernière image à s'interroger sur la nature même de notre quotidien altéré par nos émotions grâce à la seule puissance des images, maîtrisées comme rarement au cinéma. Une œuvre insolite et prodigieuse.

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