Critique : Kié la petite peste

Erwan Desbois | 17 février 2005
Erwan Desbois | 17 février 2005

Attention, bijou ! Sorti un peu en catimini mercredi dernier dans les salles, le dessin animé Kié la petite peste mérite que vous repoussiez votre séance de Constantine ou d'Iznogoud. Il s'agit d'un long-métrage de Isao Takahata, réalisateur du Tombeau des lucioles et de Mes voisins les Yamada, que l'on avait pu découvrir au cinéma en 2001. Kié la petite peste traite du même thème que Mes voisins les Yamada : la vie quotidienne d'une famille typique de la classe moyenne japonaise. Ca n'a l'air de rien comme ça, mais le talent de Takahata fait de Kié la petite peste une sorte de cousin du Fabuleux destin d'Amélie Poulain : comme Jeunet, Takahata traite sur le ton de la fantaisie d'un univers et de personnages réalistes, pour un résultat enchanteur et fédérateur.

Kié... est un film beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, et qui nous emmène de surprise en surprise. L'histoire démarre en effet simplement, en nous présentant le coeur de la famille de la petite Kié, à savoir son père et ses grands-parents. Or par la suite, cette galerie de personnages ne cessera de s'enrichir, relançant intelligemment le film à chaque fois que l'on craint - à tort - que celui-ci va commencer à tourner en rond. La mère de Kié qui a quitté le domicile conjugal, les camarades d'école, les yakusas du quartier, le tenant d'une maison de jeux, le professeur de Kié sont autant de personnages qui vont intégrer le film et lui donner une unité. Les retrouver d'une histoire à l'autre, même dans un rôle subalterne, donne le sentiment que ces saynètes ne sont pas simplement juxtaposées les unes à côté des autres mais qu'elles nous ouvrent une fênetre sur un univers cohérent et vivant.

Au fil de ces histoires, Kié... traite entre autres de la difficulté d'être l'enfant de parents divorcés, de l'obsession ridicule des hommes pour la virilité, de l'importance de l'éducation... Des thèmes on ne peut plus sérieux, mais traités avec légereté par Takahata, qui préfère de toute évidence la complicité malicieuse à un paternalisme pesant. En effet, c'est la petite Kié qui parvient à chaque fois à rêgler seule les problèmes des adultes de son entourage, en se servant de sa malice, de sa force de caractère et de sa débrouillardise. La légereté euphorisante du film se prolonge grâce à la folie douce qui parcourt le scénario, tant au niveau des caractères des personnages que des péripéties qu'ils traversent.

La réalisation, véritable mine de trouvailles inattendues, de références amusées et de décrochages hautement inventifs, participe également à faire de Kié... un petit chef-d'oeuvre joyeux et rieur. Isao Takahata transforme ainsi le minimalisme de l'animation (le film date de 1981, ce qui en fait une antiquité à l'échelle du dessin animé) en un style à part entière, en s'en servant pour donner des mimiques tordantes aux personnages (chacun a les siennes qui lui sont propres, ce qui leur donne une réelle identité), ou encore pour opérer des ruptures inattendues de ton et de rythme. Qu'il s'agisse des cadrages ou du montage, à aucun moment Takahata ne bride son imagination, ce qui donne naissance à des passages délirants au cours desquels tout devient possible. Comme par exemple le duel final situé dans un cimetière, sorte de chaînon manquant entre Le bon, la brute et le truand et Kill Bill... avec des chats !

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