Critique : Ze film

La Rédaction | 11 février 2005
La Rédaction | 11 février 2005

Ze film apparaît comme un volume de plus à ce nouveau genre cinématographique qu'est la « comédie de cité ». On ne saurait regretter que la banlieue - et au-delà de ça, la culture banlieusarde - soit représentée au cinéma autrement que comme des zones de non-droit où règnent l'anarchie et l'insécurité. L'idée de départ aurait d'ailleurs pu donner un bon film : trois amis traînent dans la cité, réunis autour de la passion de l'un d'eux pour le cinéma (Clément Sibony, très peu à sa place). Lorsqu'ils se retrouvent en possession d'un vrai matériel de tournage, la passion de celui qu'on appelle « Kubrick » va se transformer en projet collectif et c'est toute la cité qui va revivre.

Mais pour que cette histoire soit efficace, il aurait fallu que quelques conditions soient remplies, au delà d'une bande originale très réussie. Tout d'abord, que les acteurs soient crédibles, ce qui n'est pas le cas d'une grande majorité d'entre eux, malgré quelques bonnes surprises (dont la jeune Karina Testa et Miki Manojlovic). Ensuite, que l'histoire soit servie par un scénario moins formaté et moins prévisible qu'un banal téléfilm d'après-midi. Et surtout, que l'univers qui y est dépeint soit un minimum réaliste. Or, Ze Film nous présente une banlieue de cinéma clés-en-main pour le prime-time télévisé.

Dans cette cité, tout le monde s'apprécie et s'écoute. Les enfants jouent gaiement sous les verts ombrages, les retraités ont de la compréhension pour ces jeunes qui s'ennuient, et les galères sont surtout une occasion de se serrer les coudes et de se montrer solidaires, sur le mode de « l'union fait la force » et « prouvons que nous pouvons faire aussi bien que les autres ». Rien de moins louable que d'insuffler de l'espoir et des bons sentiments dans un monde qui en manque. Le problème, c'est que dans un souci de véracité, certaines réalités incontournables se retrouvent transformées en éléments pittoresques. Parents ouvriers, misère sociale, filles soumises au traditionalisme ambiant, vols de voitures et incendies de camions sont ici réduits à des éléments de folklore local : passages obligés mais aussi vite oubliés. Par conséquent, dès que le réalisateur esquisse une ébauche de discours sur la banlieue, son film l'en empêche : peut-on parler de la cité sans la filmer vraiment ? Peut-on évoquer le statut des filles en leur demandant de montrer leurs seins ? S'il est facile de dénoncer un passage douloureux au commissariat, est-il plus compliqué de dénoncer la violence de certains jeunes des banlieues ? Sans doute quand c'est justement à eux que l'on s'adresse. Il serait dommage de se mettre à dos une clientèle acquise... Mais à ce moment-là, ça ne s'appelle plus du cinéma, ça s'appelle du marketing.

Johan Beyney

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