Critique : Dogora - Ouvrons les yeux

Stéphane Argentin | 9 novembre 2004
Stéphane Argentin | 9 novembre 2004

Dogora est né dans l'esprit de Patrice Leconte suite à deux chocs. Le premier, musical, lorsqu'il entendit pour la première fois les compositions d'un certain Étienne Perruchon. Le second, visuel, quelque temps après, lorsque le cinéaste rendit visite à son frère cadet au Cambodge. Bouleversé à la fois par les partitions puis par la découverte d'un pays, Patrice Leconte décida de fusionner les deux au sein d'un seul et même long métrage : Dogora, ouvrons les yeux.

Ni vraiment un film, ni vraiment un documentaire, le concept est assez simple : apposer durant 80min les compositions quasi discontinues du premier sur les images du second, sans qu'aucun dialogue, aucun commentaire, ni aucune explication sous quelque forme que ce soit (parlé, sous-titré…) ne viennent polluer ce tableau. Le résultat est alors aussi esthétisant que déroutant. D'un côté, la beauté visuelle sublimée par la musique confère à cette collection d'images, allant du brouhaha des villes jusqu'au calme des campagnes, une dimension onirique à la limite du surréalisme. Et de l'autre, on a souvent la sensation de feuilleter soit un guide touristique du Cambodge, soit une brochure de soutien pour Médecins du Monde ou Amnesty International.

De plus, le procédé ne date pas d'hier, puisqu'en 1983 Godfrey Reggio débutait l'une des plus impressionnantes trilogies consacrées à la place de l'homme sur Terre. Koyaanisqatsi nous présentait notre chère planète bleue dans toute sa splendeur, mais aussi dans toute sa dégradation (causée bien entendu par nul autre que l'homme), tandis que Powaqqatsi se focalisait davantage sur les différents peuples et leur interaction avec la Terre. Enfin, Naqoyqatsi retraçait l'évolution de l'homme au fil de l'histoire (celle du XXe siècle surtout) avec, pour chacun des trois films aux noms empruntés aux cultures amérindiennes, le talentueux compositeur Philip Glass à la baguette dans un registre toujours aussi subtil et nuancé.

En restreignant géographiquement la globalité d'une telle approche tout en amplifiant démesurément la place occupée par la musique, Dogora, ouvrons les yeux a vite fait le tour de son sujet. On a alors rapidement l'impression de revoir les mêmes polaroïds, tandis que la musique, bien trop mise en avant, finit par écraser de tout son poids celui des images.
En conclusion, il est donc préférable de voir le modèle grandeur nature (la trilogie de Godfrey Reggio) plutôt que le modèle réduit de Patrice Leconte.

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