Critique : Vipère au poing

Clara Féquant | 6 octobre 2004
Clara Féquant | 6 octobre 2004

L'adaptation cinématographique d'un roman est un exercice des plus délicats, surtout lorsqu'il s'agit de l'oeuvre subtile et personnelle qu'est Vipère au poing. Mais aux dires des scénaristes du film, l'intention est ici de « raconter la naissance d'un artiste » en « s'inspirant de la vie d'Hervé Bazin ». Et force est de constater que l'équipe a été bien inspirée, tant Vipère au poing le film est respectueux du roman et le retranscrit dans toute sa finesse. Point de caricature, point de fausses notes, l'essentiel du roman est transposé linéairement, reproche qu'on pourrait justement lui faire, mais qui nous épargne de fait la libre adaptation qui peut parfois être du plus mauvais effet.

La première très bonne idée est d'avoir choisi Catherine Frot pour interpréter Folcoche. On est bien loin de la « Yoyo » d'Un air de famille, et pourtant, entre bêtise et méchanceté il n'y a qu'un pas à franchir. La réussite de Vipère au poing tient avant tout de la performance évidente de l'actrice (nomination aux césars ?) : elle sait être détestable, violente, ridicule, risible, voire psychopathe (avec son récurrent pincement d'yeux meurtrier, pourtant à la limite du comique), mais aussi pathétique et touchante. Catherine Frot porte intelligemment le personnage dans toutes ses nuances, et le film à elle seule.

L'autre très bonne idée est l'incursion régulière de la voix off du narrateur, celle de Denis Podalydès, tout en force et en émotion, reprenant le texte original d'Hervé Bazin à des moments clé du film, et qui permet d'apprécier dans toute sa beauté l'écriture sobre et poétique de l'auteur.

Passé ces deux excellentes initiatives, Vipère au poing n'offre malheureusement plus rien de vraiment réjouissant : la mise en scène est très classique, les autres acteurs sont justes sans être transcendants, et le rythme est inégal. La musique, signée Brian Lock, relève heureusement la narration un peu trop plate, habillant habilement le film, tantôt ironiquement (tambours militaires au retour de Folcoche, mélodie de film d'horreur lorsque celle-ci est filmée en gros plan), tantôt dramatiquement.

Même si le choix des « épisodes » relatés ici peut parfois frustrer (la fameuse gifle de Folcoche à ses enfants lors de leurs retrouvailles au tout début de l'histoire n'est pas donnée, la « guerre alimentaire » n'a pas lieu...) ou surprendre (le séjour chez la soeur de M. Rézeau est bien long, malgré son importance), Vipère au poing est un honnête film familial (tant par son sujet que dans son traitement) réussi, drôle et révoltant, divertissant et intelligent, relatant avec finesse l'histoire de cette femme « qui a tant souffert pour faire souffrir son fils ».

Véritable hommage à Hervé Bazin et à son oeuvre, ce film aura le mérite de donner envie aux spectateurs de lire ou relire Vipère au poing.

Résumé

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