Critique : Mémoire d'un saccage : Argentine, le hold-up du siècle

Julien Welter | 29 septembre 2004
Julien Welter | 29 septembre 2004

Sortie de la dictature, l'Argentine ne pensait jamais connaître une nouvelle fois le cauchemar d'un désastre social. Ce pays, naguère le plus riche d'Amérique du Sud, a en effet tout tenté pour s'éloigner des régimes autoritaires conduisant à l'asservissement du peuple. Tout tenté, même l'extrême opposé, l'ultralibéralisme. En revenant sur ces années d'une politique en apparence ouverte et équitable, Fernando Solanas tente de tourner les pages comptant parmi les plus sombres de l'histoire de sa terre natale. Son retour à une forme documentaire, plus de trente ans après L'Heure des brasiers (1967) qui fustigeait la dictature, en dit d'ailleurs long sur la comparable misère à laquelle cette mafiocratie a mené ses habitants. Dans un autre registre, ce nouveau système politique affiche une même répression puisque, si son premier film lui avait valu des menaces de mort et un exil en France, son combat contre Carlos Menem fera de lui la victime d'un attentat par balles.

Implacable réquisitoire, Mémoire d'un saccage s'inscrit dans la veine documentaire du trop célèbre Michael Moore. Pour certains aussi démagogique, le film impose sa rigoureuse démonstration point par point. Découpé en chapitres, il démonte un à un les rouages d'un système qui a conduit non seulement une économie à la ruine mais également des personnes à la mort. Sans cynisme (au contraire d'un Moore) mais avec une grande ironie, Fernando Solanas signe une œuvre témoin, repère pour tous les altermondialistes qui frissonnent au nom de Fonds monétaire international. Inventif sur le plan formel mais sans céder à son devoir d'informations, il réalise plus qu'une charge domestique qui ne dépasserait pas les frontières de son pays. Solanas cite et rappelle l'implication d'organismes internationaux, et par ce geste tend à tous un miroir révélateur de notre indifférence.

Engagé, dur et salvateur, le cinéma de Solanas se révèle plus constructif que la sempiternelle rengaine che guevaresque (voir le dernier Walter Salles, très beau mais trop christique). Il renverse même cette tendance et met en garde son peuple, qui a été abusé trop de fois sur la simple réminiscence du combattant barbu. Car ce film de mémoire est, quelque part, bien là pour enterrer cette attente sempiternelle d'un sauveur. Solanas grave donc sur la pellicule les erreurs, et appelle à la vigilance de tous.

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