Bull : critique qui prend le taureau par les cornes sur Canal+

Mathieu Jaborska | 12 mai 2022
Mathieu Jaborska | 12 mai 2022

Après un passage remarqué sur Shadowz, le grand gagnant du PIFFF 2021 débarque sur Canal+. Réalisé par Paul Andrew Williams (la comédie d'horreur Bienvenue au Cottage) et interprété par l'excellent Neil Maskell (Kill List), Bull mérite sa réputation. Parce qu'on ne recule devant aucun défi, on vous propose une critique sans spoilers.

Noir c'est noir

Difficile de vanter l'intelligence de Bull sans en dévoiler la fin. Fort d'un twist assez étonnant, il n'en reste pas moins avant tout un pur thriller de vengeance. Bull (oui, c'est son nom) est un quarantenaire taciturne qui semble n'avoir qu'un seul but en tête : prendre sa revanche. Le voilà qui se met à la recherche de ses anciens collègues, et pas pour leur offrir des fleurs...

Lauréat de l'oeil d'or au dernier Paris International Fantastic Film Festival, le réalisateur Paul Andrew Williams a remercié le public dans son jacuzzi, bière à la main, ironisant sur les conditions difficiles de tournage et le peu d'argent à disposition. Pourtant, le dernier essai du co-scénariste de The Children et du réalisateur de l'amusant Bienvenue au cottage n'a rien d'une comédie écervelée. Dès le mystérieux plan introductif, le ton est donné : le film est aussi rêche et violent que la ruralité qu'il met en scène.

 

Bull : photo, I David HaymanLes loups-garous d'un tierce lieu

 

À contre-courant des représentations urbaines de la criminalité, Bull nous plonge sans préliminaires dans l'arrière-cour des petites bourgades britanniques, de leurs maisons de campagne, de leurs garages et de leurs fêtes foraines. Toutes hébergent un mal prétendu indéboulonnable, poison incestueux qui se donne des airs de valeurs familiales. Andrew Williams, qui parvient miraculeusement à faire oublier son maigre budget grâce à un scope intrusif, s'efforce d'enfoncer les portes de cette fausse tranquillité pour exhiber ses dessous peu reluisants et révéler ses secrets les plus inavouables.

Pour ce faire, il peut compter sur sa plus ingénieuse trouvaille : le bien nommé personnage éponyme, taureau enragé fonçant d'emblée tête baissée vers l'ordre établi, n'épargnant rien ni personne. Une sorte de cowboy indestructible, dérivé furibard du poncif narratif du "rookie" qui emmène le spectateur dans son entreprise de destruction. Un protagoniste qui ne serait rien sans ses excès de violence, mais surtout sans le charisme de Neil Maskell, comédien de génie à la présence physique impressionnante, absolument terrifiant dans ce rôle très particulier. 

 

Bull : photo, Neil Maskell"Quelqu'un d'autre veut négocier ?"

 

L'ange de la vengeance

Car l'originalité de Bull est bien la place de son anti-héros dans le récit, qui malmène à elle seule - et à son échelle bien sûr - la formule établie du film dit "de vengeance". Le genre avait déjà succombé au nihilisme austère dans le très bon La Colère d'un homme patient, d'ailleurs lui-même emmené par un acteur pas franchement rassurant, Luis Callejo, mais l'oeuvre de Andrew Williams passe à l'étape supérieure, au risque de nous perdre en cours de route.

Impossible en effet de faire plus antipathique que Bull, force brute quasi insensible depuis qu'elle a été dépossédée de ce qu'elle avait de plus cher (une scène en particulier explore cette facette de sa personnalité), presque un archétype pur de la revanche aveugle. Au début, il apparait comme un monstre de cruauté qu'on rechigne à suivre plus longtemps. Il s'agira moins de découvrir ses faiblesses (il n'en a presque pas) que de se convaincre bon an mal an de la légitimité de sa fureur. Au point de nous plonger nous-mêmes dans un terrible tunnel de colère dont personne ne ressort indemne.

 

Bull : photo, Neil MaskellUn usage exemplaire de la longue focale 

 

"On sent qu'il n'y a rien de vraiment prémédité, la violence vient de la fureur du moment, de façon instinctive. On n'est pas dans l'esthétisation, dans un beau ralenti, c'est putain de brutal et ça renforce le ressenti", analysait le réalisateur dans le Mad Movies 356. C'est un effet secondaire de ce jusqu'au-boutisme, rare dans le genre : bien que le long-métrage ne soit jamais particulièrement gore, il met en scène une brutalité bien moins opératique que de coutume, pour ne pas dire pulsionnelle.

Les sentiments disparaissent au profit de l'instinct pur, emportant avec eux les restes d'humanité qui subsistaient dans ce patelin pourri, jusqu'à ce qu'un final très inattendu vienne paradoxalement amener cette rage à son terme. Un parti pris qui en déconcertera certains, mais qui conclut parfaitement ce voyage au pays du mal.

Bull est disponible sur Canal+ depuis le 12 mai 2022

 

Bull : Affiche officielle

Résumé

Une descente aux enfers radicale qui doit tout à la brutalité de son personnage principal et à son final audacieux.

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Lecteurs

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commentaires
Louis314
15/05/2022 à 11:38

Froid, brut, cruel et très stylisé, ce polar ultra violent teinté de surnaturel est assez épatant, Neil maskell rappelle son personnage déjà incroyable dans Kill List Une petite pépite pour ma part, aux influences très «Refn » dans sa démarche et dans ses plans. A ne pas louper.

The insider38
14/05/2022 à 20:42

Phena studio : oui t’es en assena côté quoi

Ahtssé
14/05/2022 à 08:06

La rédaction !!
Ce film m'a emporté des les premières minutes. Le côté froid, minimaliste, brut, est d'une efficacité incroyable. Cela m'a rappelé dead man's shoes.
Mais Concernant le "duel" final et le twist, vous avez vraiment validé la démarche ? C'est quand même maladroit voir grossié ? Ces dernières minutes ont gâchées l'ensemble de mon point de vue.

grrr
13/05/2022 à 09:10

Ils ne se sont pas cassé la tête avec l'affiche...
> https://www.ecranlarge.com/films/critique/1038904-sur-le-chemin-la-redemption-critique-eblouie

Phena Studios
12/05/2022 à 20:34

Des personnages caricaturaux, des émotions binaires, de la violence gratuite, un chemin balisé. Des "méchants" un peu con qui n'anticipent rien et se jettent sans broncher dans la gueule du loup et dans les pièges grossiers tendus par Bull. Je n'y ai pas cru une minute... J'ai eu l'impression permanente que le film hésitait entre être ultra réaliste et être un bon défouloir à la Taken. Du coup il perd des deux côtés...

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