I Love America : critique du Sex and the Pourri d'Amazon avec Sophie Marceau

Lino Cassinat | 14 mars 2022 - MAJ : 15/03/2022 14:22
Lino Cassinat | 14 mars 2022 - MAJ : 15/03/2022 14:22

"Quand on se regarde dans un miroir, on ne voit qu'une version de soi-même, mais quand on se regarde dans une boule à facettes, on voit des milliers de versions de soi-même", nous informe I Love America. Voici donc le premier film boule à facettes de l'histoire, dont l'objet est de nous renvoyer l'infinité des reflets qui composent une personne, en l'occurrence, celle de la réalisatrice Lisa Azuelos. Une jolie métaphore. Problème : tous ces reflets sont laids, et le périple de Sophie Marceau ne met pas plus de cinq minutes à se transformer en expérience infinie, et sans cesse renouvelée, de la médiocrité.

MAIS T'ÉTAIS OÙ ? PIALAT !

Lisa (Sophie Marceau) est une réalisatrice de films quinquagénaire qui décide de commencer une nouvelle vie aux États-Unis afin de tourner la page du décès de sa mère marâtre qui ne l'a jamais vraiment aimée, fuir un Paris qui l'étouffe et, peut-être, retrouver l'amour. I Love America est donc un film sur le deuil, l'absence d'amour filial, le désir et la sexualité féminine passée 50 ans. Mais surtout, c'est un film sur Lisa Azuelos, réalisatrice de films quinquagénaire ayant perdu sa mère récemment et ayant tourné un film en Amérique pour Amazon Prime Video dans la foulée.

On louait récemment Kenneth Branagh pour sa capacité à se mettre en retrait du récit de sa propre histoire dans Belfast, son dernier film d'inspiration autobiographique. Lisa Azuelos fait précisément l'inverse avec I Love America et se met systématiquement en travers de son sujet.

 

I Love America : photo, Sophie MarceauSophie Marceau

 

En résulte un film profondément égocentrique et vaniteux, incapable d'énoncer quoi que ce soit d'autre que des aphorismes mongoloïdes volés à un coach de vie défoncé au patchouli ("Les sites de rencontre nous font oublier notre solitude, mais la véritable rencontre n'est-elle pas avec soi-même ?") ou des blagues qui feraient passer Le professeur Foldingue pour du Kant ("Plus de 500 likes en une nuit je n’ai jamais vu ça, c'est un tsunabite").

Un humour si gênant qu'il confine à la torture au détour de quelques saillies sur le monde moderne, confirmant qu'en plus de ses allures d'oeuvre fantasmée par un khâgneux badigeonné de Biactol, I Love America est aussi le produit vieillot d'un esprit désespérément poussiéreux. Une espèce de fusion improbable entre du Sex and the City mal digéré et du Maurice Pialat compris de travers, entre comédies de moeurs pailletées à côté de la plaque et meta-récit de soi versant dans la passion doloriste faisant totalement abstraction du reste du monde, si fasciné par son nombril que son autrice se filme par procuration en train de se masturber. Tout un symbole.

 

I Love America : photo, Djanis Bouzyani, Colin Woodell, Sophie MarceauLes neuneus de l'amour

 

I HATE CINEMA

Mais au-delà de la moquerie que génère son onanisme aussi effréné que ridicule, I Love America se démarque par le vomitif sentiment d'abject que son univers bourgeois suscite par ailleurs. On reste souvent ahuris par la juxtaposition parfaitement dégoûtante des atermoiements de Sophie Marceau et ses aventures sexuelles multipliant les signes extérieurs de richesse. Qu'on soit bien clair : riche ou pauvre, perdre un parent est une épreuve difficile et grandir dans un foyer sans amour n'a rien d'une rigolade. Mais l'expérience empathique est sérieusement entravée par le monde d'I Love America, où la pire chose qui puisse arriver dans une journée soit que Nestor le voiturier casse un phare de la Ferrari. Ouin. Ouin. Ouin.

Cela aurait pu être un sujet, le point de départ d'une satire, mais non. I Love America est un film si nonchalamment bling-bling qu'il ne rend même pas compte que son imagerie parasite son récit. En témoigne cette scène flashback intime : Lisa, enfant, essaye une paire d'escarpins appartenant à sa mère. Des chaussures élégantes de grande dame, bien trop large pour que ses petits pieds ne les remplissent. Par-dessus ce symbole, simple mais efficace : un énorme logo YSL, filmé en plan serré. Pour certaines personnes, c'est plus fort que tout : même dans les moments d'émotions, il faut rappeler d'où l'on vient, surtout quand on a la chance de faire partie des gens pour qui l'argent ne fait pas le bonheur.

 

I Love America : photo, Sophie MarceauLa misère est moins pénible au soleil, surtout quand on est blindé

 

I Love America dégueule le luxe et le mépris de classe, hurle dans chaque photogramme "j'ai de l'argent et je baise". C'est plus fort que lui, presque un réflexe narcissique. C'est avec une morgue rare qu'on entend par exemple le personnage de Sophie Marceau se plaindre de Paris, des grèves, de la pluie, de la mauvaise humeur des gens et se satisfaire d'être parti dans une villa avec piscine à Los Angeles. Une solution si évidente et efficace quand on y pense ! Nous vient même une idée d'optimisation pour le prochain voyage : un aller simple droit vers le Soleil. Tout le monde sera content et il y fait plus chaud que l'Ouest parisien.

I Love America est disponible sur Amazon Prime Video en France depuis le 11 mars 2022

 

I Love America : Affiche officielle

Résumé

Ma vie, mon oeuvre dit la formule. L'oeuvre de Lisa Azuelos étant un caprice de vieil enfant qui s'enfonce la tête dans le sable de Malibu, ce n'est pas bon signe pour le reste...

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commentaires
àpfefggg
29/05/2022 à 22:06

j ai juste apercu la pub en vitesse
je vais pas depenser 10 euros pour ce film qui n a pas d histoire

kimfist
21/03/2022 à 13:51

Même pas envie de taper sur le film même si il est nul...

Comme toujours l'important c'est que le film trouve son publique, Liza Azuelos est considéré par beaucoup comme une très bonne réalisatrice, ses films font en moyenne plus de 400 000 entré ce qui est dans la moyenne des film français. A n'en pas douté elle à sa communauté de fan.

Elle à prouvé qu'elle maîtrisait les technique de réalisation avec la version américaine de LOL malgré l'échec critique et commercial.

Et puis on continue à filer de la thune au mec qui enchaîne échec sur échec alors c'est presque une question de parité qu'elle continue a faire des mauvais film.

Pat Rick
16/03/2022 à 20:21

C'est dommage que Sophie Marceau choisit mal ses films depuis plusieurs années.

LAURA
16/03/2022 à 15:36

Toujours le même cliché : quand on arrive à la cinquantaine, c'est difficile, si on est seule, de trouver quelqu'un car socialement on est "OUT" , et les hommes de notre âge préfèrent des femmes plus jeunes. Il faudrait arrêter peut être un jour de parler de l'âge des gens , et se concentrer sur autre chose .....

Bruce
16/03/2022 à 01:08

Film gênant, narcissique, nombriliste, bourré de clichés.
Sophie Marceau récolte un navet de plus dans son panier déjà bien rempli.
Elle a le chic pour tourner des scénarios pourris, ou pour en pondre aussi, de temps en temps. 40 ans de carrière ne lui ont donc pas appris à savoir lire un scénario ? C'est désespérant. Elle est belle pour ses 55 ans, ses seins sont bien refaits, elle a la frange juvénile.
Mais comme actrice, faudra repasser; Ses nombreuses grimaces ne suffisent pas.
Bref, c'est navrant et vulgaire.

fuck
15/03/2022 à 19:30

Le nombre de nullités réalisées par des meufs sur Amazon Prime est incroyable. La priorité du directeur d'Amazon France était de respecter la parité. Bah voilà le résultat.

Bern
15/03/2022 à 17:54

Nul à souhait, j’ai tenu 6 minutes

JR
15/03/2022 à 15:18

@robindesbois, clairement mon personnage préféré. Je ne compte pas les fou rires qu'il m'a procuré, et c'est également un personnage assez dramatique (il l'a renvoi aussi à ses propres interrogations). Ça vaut peut-être le coup de pousser un peu, après, c'est pas les bonnes séries qui manquent hein.

RobinDesBois
15/03/2022 à 14:48

@JR c'est surtout son père que j'aimais bien ^^ Mais si Mademoiselle Maisel n'évolue pas alors je vais pas insister.

Flash
15/03/2022 à 14:30

Antony Zimmer un grand film?
Certains se contentent de peu.

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