Tous en scène 2 : critique sans applaudissements

Déborah Lechner | 22 décembre 2021
Déborah Lechner | 22 décembre 2021

Après le succès inattendu de Tous en scène, un film d'animation musical sans prétention d'Illumination (Moi, moche et méchant, Comme des bêtes), la troupe de Buster Moon revient sans surprise sous les projecteurs avec Tous en scène 2, mais elle aurait mieux fait de rester en loges. 

comédie musiC-râle

Cette critique ne va pas chanter les louanges de ce second volet, alors autant commencer directement par ses deux qualités difficilement contestables : sa plastique plus travaillée, notamment au niveau des couleurs et des textures, et son doublage original toujours juste et convaincant (Matthew McConaugheyScarlett Johansson, Reese WitherspoonTaron EgertonTori Kelly). Mais le fait que la réalisation et les musiques soient aussi plates et peu inspirées rend ces aspects plus frustrants que satisfaisants. 

Si Tous en scène assurait un show entrainant en dépit d'une histoire conventionnelle, le scénario de Tous en scène 2 avait tout pour offrir au public un grand spectacle musical digne de ce nom. Le film quitte en effet la scène miteuse du petit théâtre en faillite et abandonne le concours de chant amateur pour jouer une comédie musicale de science-fiction démesurée sur une scène professionnelle huppée de Las Vegas (ou tout comme). 

 

Tous en scène 2 : photoLe cirque du sommeil 

 

Mais après une reprise scénique un poil délurée d'Alice au pays des merveilles en ouverture, le long-métrage se transforme vite en banale playlist TikTok de presque deux heures. La bande-son du film, bien moins ambitieuse que Buster Moon, ne propose ainsi aucune musique originale, alors que l'intrigue s'y prêtait volontiers. Elle brasse simplement de nombreux genres et époques - de quoi s'assurer d'avoir l'attention d'un maximum de spectateurs le temps de 30 secondes - et fait défiler aléatoirement des dizaines d'extraits de tubes à succès dont l'intérêt narratif est souvent proche du néant.

La pièce Out of the World a beau impliquer des décors vertigineux et l'imagerie excentrique d'un space opera rétro, la composition des plans et les mouvements de caméra n'offrent aucune idée visuelle vraiment marquante et ne parviennent pas à exploiter pleinement l'extravagance de la comédie musicale qui se joue pour servir la mise en scène, beaucoup trop sage.

 

Tous en scène 2 : photoPlus d'idées pour les costumes que la réalisation

 

Pire, le montage saccadé tente de pallier le manque de dynamisme de l'ensemble, ce qui ne permet pas d'apprécier les différentes saynètes (en particulier les numéros de danse). Plus globalement, le film s'attarde trop peu sur la représentation de la pièce, pourtant au coeur du récit et présenté comme son point d'orgue.

Contrairement au final explosif de Tous en scène (dont une reprise de Taylor Swift par Rosita assez mémorable), les numéros sont beaucoup trop courts et décousus les uns des autres. Le plus décevant est certainement l'arrivée sur scène de Clay Calloway, doublé par Bono. Il n'a le droit qu'à un bref couplet et refrain en duo avec Scarlett Johansson, alors que la séquence - un des rares moments d'émotions - aurait mérité une prestation entière pour donner aux spectateurs (humains) ce qu'ils étaient principalement venus chercher en salles : un film musical.

  

Tous en scène 2 : photoJuste le temps de rappeler que Scarlett Johansson est une super chanteuse

 

zoophobie

Tous en scène 2 ! n'est donc pas la comédie musicale attendue, et n'est même pas un film satisfaisant, en premier lieu parce que le précédent volet n'appelait aucune suite. Mais le box-office mondial à plus de 634 millions de dollars laissait peu de doute quant au retour de la troupe au cinéma. Dans cette logique essentiellement mercantile, le plus surprenant est surement d'avoir "attendu" pendant cinq ans pour un résultat qui semble aussi inabouti et bâclé.

Avec une paresse évidente, l'histoire confronte plus ou moins les personnages aux mêmes problématiques que dans le premier volet (le manque de reconnaissance de Johnny, le manque de confiance de Rosita ; la timidité maladive de Meena) quand d'autres font carrément du surplace dans leur caractérisation, à l'instar d'Ash, Gunter ou Buster Moon qui ne sont là que pour dérouler mécaniquement le scénario et ses sous-intrigues encombrantes.

 

Tous en scène 2 : photoOui, c'est à peu près le genre de tête à faire 

 

Comme le premier film, le second opus souffre d'une distribution trop dense, mais décide quand même de se tirer une deuxième balle dans le pied en agrandissant un peu plus son casting. Si le scénario a déjà du mal à accorder de la place aux anciens, les nouveaux - Porsha, Nooshy, Darius et l'éléphant dont il est facile d'oublier le prénom alors qu'il est doublé par Pharrell Williams - n'ont aucune ampleur.

De la même façon qu'il ne chante presque pas, Clay Calloway n'apparaît qu'une vingtaine de minutes à l'écran, alors qu'il s'agit du personnage le plus intéressant, qui porte avec lui tous les enjeux émotionnels de l'histoire, en particulier avec le deuil de sa femme, son incapacité à remonter sur scène et sa solitude. Des enjeux émotionnels que l'intrigue effleure et balaye sans scrupule, à l'image de tout ce qui a un peu de fond.

 

Tous en scène 2 : photoM. Crystal

 

Que ce soient l'envers du décor et les aspects les moins reluisants du show-business, la déception personnelle ou les réalités cyniques du star-system,  le film ne parvient jamais à laisser ses gags de côté pour traiter ses thématiques avec un minimum de maturité et de sensibilité. Enfin, parce qu'il fallait aussi le souligner, l'intérêt de l'anthropomorphisme déjà peu évident dans le premier film est totalement inexistant dans le second, si ce n'est pour confirmer dès le premier coup d'oeil que M. Crystal sera bien le méchant de cette histoire rapiécée à temps pour Noël. 

Tous en scène 2 se confronte finalement aux mêmes enjeux que ses personnages principaux : faire mieux et aller plus loin pour enfin passer dans la cour des grands. Sauf que sur un malentendu, les personnages y arrivent, mais certainement pas le film.

 

Tous en scène 2 : affiche

Résumé

Tous en scène 2 aurait mieux fait de rester en coulisses. Le nouveau film d'animation d'Illumination n'apporte aucun développement à ses personnages trop nombreux, n'exploite jamais ses enjeux émotionnels et n'assure même pas le spectacle en tant que divertissement musical. 

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Lecteurs

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commentaires
Simon Riaux - Rédaction
02/05/2022 à 16:29

@Guilhem

Je ne me souviens pas bien, c'est quoi le trait qu'on prête volontiers aux habitants de Paris déjà.

La condescendance ?

Simon Riaux - Rédaction
02/05/2022 à 16:23

@Guilhem

Je crains que Paris ne vous déçoive grandement si vous pensez que ceux qui y vivent (ou en île de France en général) bénéficient uniformément d'un contexte globalement favorisé.

Tout comme je me demande donc qui sont mes amis et camarades utilisant le point médian hors de Paris. Des grands-remplacistes venus remplacer les habitants de nos régions ? Des parisiens incognito ? Des islamo-wokistes.

Le mystère est total.

Belle soirée !

Guilhem
02/05/2022 à 16:14

En fait, si, dernier petit message, pour que vous puissiez comprendre où je veux en venir. J'essaye de bien me relire à chaque fois, mais je suis dys, et je galère beaucoup parfois. En particulier avec les points médians (et je suis très pro-écriture inclusive, j'utilise au maximum les accords de proximités et les tournures épicènes).

Je pense que vous savez très bien que de nombreuses personnes dys comme moi galèrent avec les points médians. Pourtant, dans vos tweets, vous les utilisez.

C'est ça que je veux dire par regard parisien. La volonté de faire le bien (ce qui est très bien), de vouloir un monde meilleur (ce qui est très bien), mais ne le faire qu'avec un regard d'une personne privilégiée (car être parisien, en France, c'est être privilégié, niveau emploi, niveau culture). Ce qui est moins bien. Et pour moi, Tous en Scènes 2, c'est un film qui parle de petites gens qui font ce qu'ils peuvent pour essayer de briller dans un monde privilégié. Et c'est peut-être pour ça que ça a parlé à autant d'entre nous.

Allez, c'était vraiment mon dernier message, motivé par votre dernier tweet.

Une très bonne semaine ! ^^ Et merci pour vos retours que j'apprécie la plupart du temps ! :-p

Simon Riaux - Rédaction
02/05/2022 à 16:11

@Guilhem

Je dois vous avouer être un peu scié, dans le sens où vous appliquez précisément ce que vous me soupçonnez de faire (et qui n'était, encore une fois, qu'une réponse au vocable que vous avez le premier utilisé).

Je ne vous ferai donc pas l'affront de vous apprendre que le terme "parisien" est également idiot, tant il recoupe de réalités différentes, pour l'écrasante majorité aux antipodes de celle, privilégiée, que vous évoquez dans votre message.

Les concours que nous organisons ?
Nous n'en organisons pas.
Les évènements ?
Nous n'en avons pas encore organisé à ce jour.

Quant à Sens Critique, pour connaître quelques membres de l'équipe, je ne doute pas que s'il leur était économiquement possible de mener des actions hors de Paris, ils le feraient, tant ce serait dans leur intérêt.

Guilhem
02/05/2022 à 16:05

Ben vous êtes de Paris, et vous utilisez le terme provinciaux (qui est très dégradant pour nous autres, rappelons que certaines régions françaises sur le continent ou outre-mer sont défavorisées sur bien des points (économiques, scolaires, social...), d'où le fait que vous êtes parisiens, avec ce que ça implique (comme on dirait New-Yorkais, avec tout ce que ça implique aussi pour quelqu'un qui vient du Dakota du Nord). Par exemple, faites-vous régulièrement des concours à destination des habitants de Brest ou de Gap ? Vos évènements concernent toujours Paris (comme chez celles et ceux de Sens Critique), et donc implique une vision très parisienne (et privilégiée) du cinéma.

Une vision très jacobiniste du cinéma, si vous préférez (mais le jacobinisme est très associée à Paris, d'où mon raccourcis).

Allez, j'en reste vraiment là, et je vous laisse le dernier mot !

Simon Riaux - Rédaction
02/05/2022 à 15:45

@Guilhem

Non, pas spécialement. Comme vous employiez le terme "parisiens", lui aussi assez flou, je répondais en usant de son reflet. Pour en souligner les limites, quoi.

Guilhem
02/05/2022 à 15:42

Vous utilisez le terme "provinciaux", vous êtes donc totalement parisiens ! :-p

Et si, c'est parce que je vous lis régulièrement que je me permets de donner cet avis (qui n'est que le mien).

Après, si vous n'avez pas particulièrement besoin de vous justifier, merci pour ces réponses ! :) Bonne journée à vous !

Simon Riaux - Rédaction
02/05/2022 à 10:40

@Guilhem

Vous ne devez pas nous lire bien souvent pour imaginer qu'on "note" un film en fonction de son discours.
Des moyens de cinéma qu'il met en oeuvre pour discourir, éventuellement. Mais on n'est pas là pour dérouler un quelconque catéchisme et on se garde bien de le faire.

Quant à être "parisiens", vu qu'on est une belle brochette de provinciaux, pas sûr de comprendre ce que ça veut dire.

Trop intellectualiser le ciné ? Non seulement on reste très légers en la matière, mais dans l'absolu, c'est précisément notre métier.

Guilhem
02/05/2022 à 10:10

Je viens de revoir le film avec mes gamins, qui vient de sortir en BR, et du coup, je suis tombé sur votre avis.

Je pense que votre soucis, c'est que vous essayez d'intellectualiser trop le cinéma, avec un regard trop "parisien". Si un film ne propose pas une touche de modernisation dans la représentativité, vous le descendez. J'abuse un peu, mais je suis sûr que si Bilal Hassani avait chanté une des chansons de la VF, vous auriez ajouté une étoile au film.

Je me dis cela parce que vous avez encensé Matrix 4, alors qu'il fait exactement la même chose que Space Jam 2 : critiquer un concept dans un film et le reproduire dans ce même film. Bien sûr que Lana Wachowski a fait un meilleur film que Malcolm D. Lee, Mais si Malcolm D. Lee avait réalisé Matrix 4 en faisant exactement la même chose, auriez-vous encensé autant ce film qui reste bourré de défauts ?

Oui, Tous en scène 2 est un film qui reproduit sans guère d'imaginations la formule exacte de son prédécesseur (tel Maman j'ai raté l'avion 2) et moins subtil (tel Maman j'ai raté l'avion 2). Mais ça reste un chouette film que les petits et les grands apprécient (tel Maman j'ai raté l'avion 2).

N'essayez pas de regarder un film en fonction de ce qu'il apporte au cinéma ou à la société, regardez le en fonction de ce qu'il apporte au public, je pense que ça vous permettra de prendre un peu de recul, et de vous rapprocher de votre public (ce n'est que mon humble avis de paysan de la campagne pas si profonde, surtout depuis l'arrivée d'Internet).

Bonne journée à vous, bonne continuation ! ^^

Ozymandias
28/04/2022 à 23:52

Perso j'ai trouvé ça top, un bon moment avec ma fille ;)

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