The Harder They Fall : critique à la Tarantino sur Netflix

Alexandre Janowiak | 3 novembre 2021 - MAJ : 04/11/2021 18:37
Alexandre Janowiak | 3 novembre 2021 - MAJ : 04/11/2021 18:37

Exception faite de son long-métrage à sketchs La Ballade de Buster Scruggs réalisé par les frères CoenNetflix s'est assez rarement immiscé dans le genre du western à grande échelle (même si on se souvient de l'excellente série Godless et qu'on préfère oublier The Ridiculous 6). Avec The Harder They Fall, premier long-métrage du jeune Jeymes Samuel, le N rouge corrige ce manque avec une plongée décomplexée dans un Far West sanglant, drôle et dynamitée au casting cinq étoiles : Jonathan MajorsIdris ElbaRegina KingZazie Beetz et Lakeith Stanfield.

WESTERN UNCHAINED

Ils sont peu nombreux à avoir réussi à vraiment transformer le western, genre sucé jusqu'à la moelle, ces dernières années. Presque seul Quentin Tarantino a réussi à en faire une nouvelle partie de plaisir avec ses excellents Django Unchained et Les Huit Salopards. Et dès les premières minutes de The Harder They Fall, on sent à quel point le cinéaste doublement oscarisé a influencé le jeune Jeymes Samuel.

Débutant calmement par un petit plan-séquence, la scène d'introduction bascule avec l'arrivée inattendue d'un antagoniste sans visage. La tension monte entre jeux de regards, de mains et hors-champ jusqu'à une déferlante de violence, plongeant les personnages dans un sommet de noirceur et de barbarie. Immédiatement, le long-métrage rappelle le prologue de Inglourious Basterds et la venue sanglante de Hans Landa dans la cabane de LaPadite.

 

 

Une référence parmi d'autres puisque The Harder They Fall évoquera régulièrement le cinéma de QT entre une amorce sanguinolente au titre, une bande-originale hip-hop ou simplement un amour du sang et de l'ironie. Toutefois, la plus évidente reste peut-être le panneau précédant l'introduction : "Si les faits relatés dans cette histoire sont fictifs. Ces. Personnages. Ont. Existé". Alors que Tarantino s'est fait maître au maniement de l'uchronie depuis 2008, Jeymes Samuel (co-scénariste de son film avec Boaz Yakin) semble vouloir suivre ses traces.

Incontestablement donc, The Harder They Fall transpire l'ambiance tarantinesque et le western spaghetti plus globalement. Jeymes Samuel cumule les séquences jonglant habilement entre les tonalités. Capable de passer d'un sérieux inquiétant à une atmosphère plus détendue,voire de mêler au coeur de mêmes scènes un plaisir sanglant jubilatoire à une violence exacerbée, le réalisateur impressionne.

 

Photo Regina King, Lakeith StanfieldRegina King en mode Watchmen version western ?

 

NO country for old white

Évidemment, en décidant de réaliser un western avec des protagonistes uniquement Afros-Américains, dans un Far West où les personnages blancs sont aux abonnés absents et les codes du genre largement émasculés, Jeymes Samuel donnera matière aux puristes conservateurs pour venir polémiquer sur un soi-disant saccage du western. Pourtant, c'est sans aucun doute grâce à son audace (il était temps que les Noirs aient le droit à la visibilité qu'il mérite) que le western renaît une nouvelle fois, tout comme l'horreur avait trouvé un nouveau souffle avec le Get Out de Jordan Peele.

En mettant en avant des figures historiques oubliées, mais bel et bien réelles (Nat Love, Mary Fields, Bass Reeves, James Beckwourth...), The Harder They Fall réinvente complètement le genre pour mieux se moquer de ses prérequis démodés. Et s'il pouvait tomber facilement dans l'oeuvre politique bas de gamme, le cinéaste évite, au contraire, de s'y enliser en marquant son propos d'idées... de cinéma.

 

Photo Regina King, Idris Elba, Lakeith StanfieldIdris Elba et son crew vont envoyer un sacré pâté

 

C'est ce qui fait le charme de The Harder They Fall : son envie et sa soif de cinéma. Rarement un premier long-métrage de western moderne aura essayé autant de choses. C'est bien simple, The Harder They Fall contient en permanence des expérimentations cinématographiques, qu'il s'agisse de jeux de cadres (split-screens surtout), duels sous tension et bagarres ultra-chorégraphiées (un climax sacrément fou), de jeux de dupes (la scène du train est un grand moment de cinéma) ou de simples idées visuelles (une photographie pimpante), le film est un plaisir de chaque instant.

On pense à un plan zénithal où ces personnages qui étaient de simples ombres ont désormais droit de prendre toute la lumière pour dévoiler leur véritable personnalité et visage. Et immanquablement, on pense surtout à cette géniale idée dans le dernier tiers du film : un braquage se déroulant à Maysville, une ville blanche, littéralement. En plus d'y offrir une séquence explosive où les punchlines affluent et les tirs s'enchaînent, Jeymes Samuel vient asséner un pied de nez jouissif au genre pour mieux exploser ses poncifs.

 

Photo Jonathan Majors, Delroy Lindo, RJ CylerMais Jonathan Majors a aussi de sacrées munitions

 

Et cette modernisation pop et électrique, il la fait aussi à travers sa galerie de personnages enflammés. D'abord avec son parterre masculin, bien sûr, entre le cow-boy revanchard et romanesque Jonathan Majors, le nonchalant Lakeith Stanfield ou le monstre de charisme Idris Elba, mais aussi à travers trois protagonistes féminines : la rapide Danielle Deadwyler, la nerveuse Zazie Beetz et la badass Regina King. Loin d'être de simples demoiselles en détresse (même si Zazie Beetz subit un peu ce tropisme en milieu de film), elles viennent exploser l'écran à plusieurs reprises.

Car si le western a souvent été une affaire d'hommes, celui de Jeymes Samuel est aussi pleinement une histoire de femmes, noires qui plus est. En résultera, au milieu du spectacle explosif du grand final, un véritable affrontement féminin brutal, sanglant et survitaminé, qui n'a rien à envier à quiconque. Et plus fort encore, une passation de pouvoir dans une joute mixte sèche, mais symboliquement puissante.

 

Photo Zazie Beetz, Regina KingUn duel innovant

 

2h16 pour NAT

Alors, sans surprise, le long-métrage est loin d'être parfait, car il est difficile de canaliser un tel appétit et de contenir l'avidité de Jeymes Samuel (d'autant plus qu'il est aussi producteur de son film). Cause majeure ? Un scénario pas toujours optimal, laissant trop de places à quelques intrigues secondaires.

Il faut dire que le récit n'a pas grand-chose d'original sur le papier avec son histoire de vengeance avec un grand V, de rédemption et sa love story. Et s'il conserve des rebondissements, tout son long (dont un splendide dans le climax final, venant chambouler les perspectives), son exécution est très imparfaite. La succession des séquences est régulièrement bâtarde, quand le retour de certains personnages est trop fabriqué tout comme les actions de certains d'entre eux (quid de Zazie Beetz, encore, livrée au camp Buck uniquement pour faire avancer l'histoire).

 

Photo Zazie BeetzZazie Beetz, meneuse malmenée

 

Et par-dessus tout, le film subit surtout la présence quasi-ininterrompue d'une musique déchainée. Si l'on sent cette faim de dépoussiérer un genre vieillot à travers des chansons au style contemporain, dont un morceau original de Jay-Z en personne, elles sont parfois bien trop envahissantes. Et comme le film est un peu long (2h16) et que le scénario s'étire un chouia, l'ultra-stylisation de l'ensemble frôle l'excès.

Toutefois, Jeymes Samuels se sauve lui-même tant l'amour du cinéma si sincère et rafraichissant qu'il transmet donne envie de presque tout lui pardonner. Alors, quand on sait en plus qu'il rêve de faire de The Harder They Fall, le premier opus d'une trilogie (le dernier plan laisse peu de doutes), on se dit que le meilleur reste à venir.

The Harder They Fall est disponible sur Netflix depuis le 3 novembre 2021 en France

 

Affiche US

Résumé

The Harder They Fall est un petit uppercut pop et décomplexé, explosif et tendre, audacieux et moderne. Une bouffée d'air frais pour le genre du western, et le cinéma tout court.

Autre avis Simon Riaux
Objet pop sympathique, manquant cruellement de substance comme de tenue narrative, malgré son plaisant casting et une poignée de coups de feux pétaradants.
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Lecteurs

(2.2)

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commentaires
X-or
21/12/2021 à 22:10

Fatigant, creux, artificiel du sous western acidulé et dans 1 emballage pop.
Faussement décontracté mais vraiment vain.

Regardez the power of the dog d'une autre tenue.

Nataraja04
27/11/2021 à 00:13

Pour les personnes qui font de la critique de film un passe-temps ou de l'exercice de style, il y a évidemment toujours quelque chose à dire..Pour celles qui aiment le cinéma, c'est beaucoup plus simple, on aime ou on aime pas, on regarde ou on coupe..Vieil adage, la critique est facile, l'art, puisqu'il s'agit d'un art, plus difficile...Perso, un bon film, bonne musique, bien joué-personne n'est parfait-, deux heures et plus pour tuer le temps avant que le Pistolero suprême ne nous efface du scénario principal, bien vu...A quand un autre..??

Slater-IV
14/11/2021 à 17:40

Critique un brin élogieuse, surtout si on prend en compte les défauts principaux qui ont été pointé du doigt, à savoir... un scénario quelconque, et cousu de fil blanc (donc, plutôt un gros défaut...).

Ensuite, concernant la photographie, je ne suis pas tt a fait d'accord. Il y'a sur ce point, certains plans d'une laideur absolue (ou carrément sous étalonnés). Sinon, globalement, c'est plutôt soigné, dans l'ensemble.

Mais : une quasi absence de tension (malgré la violence déversée) due à un final connu d'avance, des seconds couteaux peu intéressants voir accessoires...

On sent que ce film a été pitché autour d'une idée simple : "faites moi un django unchained x red dead redemption 2 les mecs !"

Reste un casting sympa et plutôt classe (mais un gros manque d'authenticité...), certaines scènes vraiment cools (l'intro / le train)...

Et puis c'est tout. C'est peut-être déjà pas mal !

Andarioch1
11/11/2021 à 16:20

Salut.

Bon début de film. ça envoi du paté, le casting est aux petits oignons (Idriss "the best" Elba, Regina King qui porte si bien son nom, Zazie Beetz qui explose l'écran et mon chouchou, le second couteau Edi Gathegi charismatique en diable), ça part sur un scénar sans intérêt mais souvent générateur de bons moments de cinéma.
Bref, tout baigne.
Et puis Regina King arrête un train, et là ça part en vrille. Le chauffeur, visiblement trop con pour se rendre compte que la dame est armée, commence un phrase et se prend une balle. Et Regina de déclarer que toute personne qui voudra prononcer le N word se prendra un pruneau dans le front. Le N word. Texto. Sans même parler de l'anachronisme de l'expression à l'époque (on en a vu d'autres), cette histoire de N word m'énerve. Sous prétexte de vouloir faire disparaitre un vilain mot, on lui donne au contraire de l'importance. Je rappellerais au passage cette phrase de Lenny Bruce qui disait : "je prononcerais le mot nègre autant de fois qu'il le faut pour le vider de sa substance et que plus jamais un enfant noir ne pleure en l'entendant". C'est le sens de l'histoire et c'est comme ça qu'évolue une langue. Non pas en censurant des mots (la censure ne marche jamais) mais en les faisant évoluer vers autre chose.
Bref, ça m'agace mais bon... je fais avec.
Suis alors la scène du train. Le train est attaqué et, dans le wagon où se trouve prisonnier le perso d'Elba, le militaire le plus gradé ne trouve rien de plus intelligent que de se barricader en laissant son fils derrière la porte. Forcement les bandits torturent le fils, forcement le gradé ouvre la porte, forcement tout le monde se braque, stupidement le gradé demande à ses hommes de baisser leurs armes. Regina (encore elle) sort de son chapeau une histoire débile (et pretexte) pour justifier ce qui va se passer ensuite à savoir le massacre de tous les soldats. Et boum, ça défouraille.
Déjà, c'est con.
Ensuite tous les militaires sont blancs, tous les bandits noirs.
Depuis White man avec Travolta et Harry Belafonte, je joue souvent au jeu qui consiste à inverser les rôles dans une scène pour en comprendre les messagess sous-jacents (blancs, noirs, hommes femmes, ...).
Et sur cette scène, si les bandits avaient été blancs et les militaires noirs, tout le monde aurait hurlé au KKK.
De fait cette scène est raciste et, ben, ça me pose quand même un peu un problème car il n'y a pas de bons ou de mauvais racistes.
Et même si je peux comprendre d'une certaine manière le désir de se défouler, je trouve quand même ça un petit peu glauque.
Du coup j'ai arrêté. Forcement. Dommage!

Jeanba
09/11/2021 à 23:56

Putain je laisse jamais de commentaire mais quand je lis ce que j'ai vu...
C'est juste un film. On a le droit d'aimer ou pas mais ecrire autant de conneries.
Detends toi, si tu aimes pas tu entends ton ecran et tu fais autre chose.
Pour ma part j'ai passé un bon moment, c'est pas le film de l'année mais ca se regarde tranquillement.

Geoffrey Crété - Rédaction
07/11/2021 à 13:06

@Alainsecte

Et encore une fois : modérer n'est pas une mission aisée, et modérer n'a rien à voir avec censurer. On gère le site comme bon nous semble, pour entretenir un espace de débat civilisé, appliquer la loi, et éviter les débordements qui arrivent toujours sur les mêmes sujets.
Vu le torrent d'horreurs, racisme et violence qu'on a géré sur cette critique, faudra nous pardonner si une blagounette a été emportée avec la chasse d'eau.

Zarbiland
06/11/2021 à 20:03

Il y a une descente des amis de Zemmour sur ce thread ou quoi ?
Pauvre gens

Alainsecte
06/11/2021 à 16:34

Encore une fois c'était une blaguounette pas bien méchante mais la censure est encore passé par la, décidément... vous êtes très premier degré sur EL (quand il ne s'agit pas de vous bien sur).

C'est moi
05/11/2021 à 21:20

Je ne saurais par où commencer... Si ce n'est que j'ai vécu une heure et demi de torture (j'ai déposé les armes avant la fin...) c'est lourd comme un cake au plâtre, que ce soit en réalisation où en scénario. Nanardesque...

Un indien dans la ville
05/11/2021 à 20:54

Moi aussi j'adore Idris Elba, quel merveilleux Pistolero... !

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