8 Rue de l'Humanité : critique d’un Dany Boon vomitif sur Netflix

Simon Riaux | 20 octobre 2021 - MAJ : 21/10/2021 19:05
Simon Riaux | 20 octobre 2021 - MAJ : 21/10/2021 19:05

Il est entendu que le cinéma a pour objet de nous faire, avant tout, oublier, le temps d’un visionnage, que nous sommes voués à nous flétrir, mourir, pourrir, disparaître, avant d’être oubliés de notre descendance. On pouvait légitimement supposer que ce serait le cas de 8 Rue de l'Humanité, dernière comédie de Dany Boon, accueillie par la plateforme Netflix. Et pourtant, contre toute attente, le film nous permet d’y voir plus clair, sur une notion essentielle : où donc s’arrête l’espoir ? 

PAN DÉBILE

Nous découvrons Paris, nimbé dans une lumière hivernale, vidée de ses habitants, tandis que résonne dans nos oreilles la voix flûtée d’Emmanuel Macron. Notre président nous guide jusqu’à ce qui tiendra lieu de décor au film, une soi-disant cour intérieure au cœur de Paris, où vont se croiser les derniers habitants du secteur. Et roule ma poule. Moins d'une minute s'est écoulée, et déjà nous constatons la profondeur du marécage de laideur qui nous accueille.

 

photo, Dany BoonL'affaire est dans le sac

 

Tiède, sans fond et vaguement collant, le film réussit à en finir pour de bon avec toute forme d'espoir placé en lui sitôt le monologue écrit à la truelle du personnage de Basil entamé. Plus aucun atome de bienveillance ne pourra désormais être produit par cette entreprise unique en son genre. Commençons par les constats les plus simples. Le film est éclairé, en cela qu’on y distingue effectivement des objets inertes et des personnages. Ces derniers émettent à intervalles réguliers des sons, ce qui indique que des techniciens ont bien été chargés de travailler sur ces ondes sonores. Mais ce sont là pratiquement les seules preuves tangibles d'un effort technique .

On espère franchement que Laurence Arné et Dany Boon, tous deux crédités comme scénaristes, se sont livrés à un exercice d’écriture automatique sous l’influence de kétamine (beaucoup de kétamine), tant on ne parvient pas à établir une quelconque dramaturgie, un enjeu narratif clair, ou même une forme d'intrigue.

A la mise en scène, Dany Boon, dans un geste en forme d’allégorie du dénuement moral qui s’est abattu sur l'humanité durant la pandémie, nous confronte au néant. Saluons l’absolue placidité avec laquelle, durant 2h06, sa caméra nous rappelle que la vie peut être un grand rien.  

 

photo, Yvan AttalLe célèbre professeur Ragoult

 

COPIE COMME HIC 

Mais tout cela pourrait n’être qu’un énième naveton, à peu près aussi drôle qu’une hémorragie d’anniversaire, si ce film n’avait pas la prétention d’avoir quelque chose à nous dire de nous-mêmes, de la France, et de ceux qui tentent d’y vivre ensemble. Parce que non content de prolonger l’héritage critique du Splendid vis à vis des travers français (tragiquement incompris), 8 Rue de l’Humanité voudrait nous sermonner gentiment. 

En témoignent ces interminables séquences où l’intrigue voudrait décortiquer les veuleries de ses protagonistes, comme pour mieux nous agiter sous le nez nos supposées bassesses. Une attitude pas loin d’être obscène, de la part de quelqu’un qui se représente sérieusement Paris comme une ville abandonnée de ses habitants durant le confinement, et va jusqu’à rassembler ses personnages pour qu’un dernier, médecin cela va de soi, leur assène face caméra une leçon de morale, sous les yeux graves de deux flics. 

 

photo, François DamiensFrançois Damiens, célèbre thermomètre à navets

 

Voilà une oeuvre qui dresse le procès-verbal de notre corps social, tout en proposant une collection des motifs récurrents de Dany Boon, dont on ne sait trop s’ils sont là pour anesthésier le spectateur ou palier le manque d'inspiration du réalisateur. Il se contentera donc de portraiturer ses semblables en veaux, qui ont bien mérité qu'on leur explique la vie entre deux blagues aussi épaisses qu'un tronc de séquoia.

L'unique gag réussi (comprendre “moins douloureux qu’une énucléation”) est un jeu de mots autour du terme “pandémie”, qui évoque directement l’excellent Problemos. Et c'est un beau geste, de la part d'un métrage aussi résolument atroce, que de nous rappeler vaillamment que la comédie française ne se résume pas à ces encombrantes célébrités.

8 rue de l'humanité est disponible sur Netflix en France depuis le 20 octobre 2021

 

Affiche française

Résumé

L'objet que dépose devant nos yeux Dany Boon est dédié "à celles et ceux qui ont souffert". Gageons qu'ils seront encore un peu plus nombreux après son visionnage.

Autre avis Alexandre Janowiak
Si on enlevait les décors en carton pâte, les blagues vaseuses, les clichés abominables et le récit sans tenue de 8 Rue de l'Humanité, on distinguerait presque la poésie qu'il essaye de véhiculer.
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Lecteurs

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commentaires
RACVAL
28/11/2021 à 13:12

NUL NUL NUL§§§§§§§§§§§§

Soleil
15/11/2021 à 13:40

Bravo à Dany Boon j’ai passé 2 heures à rire et pleurer ce film est tout à fait le reflet de la société au moment du confinement une société égoïste inhumaine intolérante égocentrique et j’en passe… je trouve les propos des journalistes vraiment honteux ce film effectivement est très caricatural mais tellement vrai hélas sur le comportement des gens et porté par des acteurs formidables bravo à tous et une mention exceptionnelle pour Yvan Attal qui m’a bien fait rire !!!
Bravo à tous les acteurs !!!

Jacmi
12/11/2021 à 11:02

J’ai errer dans la rue en première partie et trouvé l’humanité dans la seconde...! A voir, sans plus.

BravoDany
12/11/2021 à 10:38

ce film est super, Bravo Dany, j'ai pleuré tout simplement. a tous
ceux qui n'ont pas perdu qq'un dans le covid allez vous faire voir, 10 millions de morts, et continue encore et encore. Merci Dany.

sypsy
02/11/2021 à 00:14

A travers un humour décalé, absurde, le film de Dany Boon évoque bien nos travers humains.
Il y a aussi de la tendresse dans ces descriptions
j'ai aimé les jeux d'acteurs et les clichés
vive la créativité et le délire!

Lorenzo
01/11/2021 à 09:16

Un film sympa qui se laisse regarder, et les clichés nous font toujours rire ... mais pour cela il faut comprendre le second degré. Ceux qui critiquent se sont probablement reconnus dans certains comportements, donc forcément ça déplait.

juste
31/10/2021 à 00:29

C'est le meilleur vaccin trouvé depuis deux ans et ce n'est pas la pandémie la plus meurtrière depuis le XXIème siècle, Une autre non dénoncée a atteint plus gravement le cerveau de certains critiques qui ont perdu le goût de l'humour depuis ces vingt dernières années.

Satan Lateube
30/10/2021 à 22:41

Si Dany Boon était un bon réalisateur / acteur, ça se saurait ...

Kubrick
30/10/2021 à 12:54

Une belle merde remplie de clichés

Fiston
29/10/2021 à 23:26

Nul un navet

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