Toxique : critique d'un ASMR à la Netflix

Mathieu Jaborska | 14 octobre 2021
Mathieu Jaborska | 14 octobre 2021

Très forte pour réaffirmer toutes les deux semaines sa domination à grands coups de "phénomènes" entretenus méticuleusement par une équipe marketing aux aguets, Netflix continue de distribuer du cinéma indépendant international plus ou moins discrètement, entre Squid Game et autres Bridgerton. Après Dans les angles morts, que nous étions presque les seuls à défendre, la plateforme sort Toxique, autre film fantastique intime cette fois-ci adapté du roman Distancia de rescate. Et comme le long-métrage de Robert Pulcini et Shari Springer Berman, il risque de laisser du monde sur la touche.

Mères parallèles

Bien que le Netflix français propose un titre un peu divulgâcheur sur les bords et le Netflix américain un titre évasif au possible (Fever Dream), tous deux hérités des traductions locales du roman, c'est bien le titre original, lui-même conforme au texte, qui fait office de clé de lecture pour ce récit bien mystérieux, dont le twist vite identifié par les lecteurs ne démystifiera pas les méandres. Distancia de rescate signifie littéralement "distance de sauvetage". C'est la distance à laquelle le personnage principal souhaite rester de sa fille Nina, pour assurer sa protection.

Lorsque Maria rencontre Carola et son étrange fils David, elle en vient à relativiser son instinct possessif. Et pour cause : sa nouvelle amie est bien moins entichée de son propre marmot, qu'elle pense mort. Volontiers nébuleux, grâce à un rythme étiolé, une narration assez déstructurée pour semer la confusion et une voix-off doucereuse, le film s'articule tout entier autour de la distance que mettent ces deux femmes entre elles et leur progéniture, distance qui ne cesse d'être éprouvée, particulièrement lors d'un dernier acte inéluctable.

D'où la sensation de huis clos à ciel ouvert, Toxique optant pour l'économie de moyens et de personnages, ne semant que peu d'indices sur la spatialité de son lieu et se répandant en gros plan sans jamais prendre de recul sur l'action. Le long-métrage nous place entre les protagonistes et leur engeance, quitte à éjecter les pères, bourreaux de travail peu soucieux de leurs responsabilités, de cette sphère intime. Littéralement périphériques, ils se tiennent à... distance, laissant à leurs pauvres compagnes (ou ex-compagnes) la charge de rester à portée des enfants, jusqu'à un dernier plan cruel les éjectant définitivement de l'équation.

 

photo, María ValverdeMaria Valverde, qui passe la moitié du film à s'enfuir

 

C'est donc un film de mères, mettant en scène leur isolement, leur psychologie et leur rapprochement. Le cadre intimiste instaure même une certaine sensualité entre les deux femmes, jouées par María Valverde et Dolores Fonzi, à la fois transies et dégoutées l'une de l'autre. La relation qu'elles entretiennent avec leurs gosses vient parasiter leur amitié, voire leur romance, au gré de remous narratifs causés par un élément fantastique profondément lié à leur genre.

Une vision de la maternité qui serait fascinante, presque touchante, si l'esthétique générale de la chose, si préoccupée d'étendre l'ambiguïté de leur liaison à la forme même du récit, n'annihilait pas toute forme d'empathie, ou même de compassion. Sur la fin, la musique tente de rattraper un spectateur tenu trop éloigné de leur histoire à grands coups de violons et ne parvient qu'à rajouter une couche de superficiel à un objet très froid. Car en faisant le choix d'envelopper son public dans une voix-off duveteuse, la cinéaste et auteure l'éloigne d'un récit pourtant intime, l'empêche de s'impliquer. Forcément, l'ennui pointe vite le bout de son nez.

 

photo, Dolores Fonzi, María ValverdeDrive my car

 

Don't you know that you're toxic ?

En effet, la substance du long-métrage réside dans l'environnement qu'il représente, un environnement qui voudrait teinter de sa putrescence latente les rapports filiaux jusqu'à les corrompre absolument. Un environnement qui révèlera bien assez tard sa véritable nature et achèvera d'ostraciser les femmes perdues en son sein. La toxicité qu'aime tant mettre en scène le cinéma contemporain finit par infuser chaque plan... ou du moins c'est ce qu'il revendique.

Dans les faits, les multiples partis-pris avec lesquels il entend pourrir l'ambiance naviguent entre la décision artistique timide et la fausse bonne idée. Comment ne pas s'attarder sur cette voix off chuchotée, qui semble vouloir rendre compte de l'agonie des protagonistes, mais qui ne donne à cette heure et demie que des airs d'ASMR feignant ? Évident reliquat d'une tentative de restituer la fièvre du roman, l'idée montre très vite ses limites, d'autant que le mystère censé être amené par les dialogues manque clairement de consistance.

 

photoTrouble région reculée ou paysage du Pas-de-Calais ?

 

En ça, l'appréciation du film dépendra des curseurs esthétiques. La critique américaine a par exemple été séduite par l'ambiance générale. Mais pour d'autres, la photographie volontairement terne supervisée par le pourtant capable Oscar Faura (collaborateur régulier de Juan Antonio Bayona et Jaume Balaguer, ayant travaillé avec Alejandro Amenábar et Alejandro González Iñárritu) ne salit pas assez un décor trop générique pour restituer la pourriture dans laquelle elle voudrait nous ensevelir.

Il ne reste donc plus qu'un scénario dont les premières minutes et les nombreux dérapages temporels nous ont appris à nous méfier. Peut-être l'ambition thématique indéniable de cette adaptation, nourrie de réflexions contemporaines très bien digérées, manque-t-elle d'une certaine radicalité, radicalité souvent absente des acquisitions de la plateforme. En l'état, faute d'un biais d'implication fort, nombre d'abonnés au service risquent de ne pas se laisser embarquer dans ce long essai trop timoré pour éviter de s'abîmer dans les tréfonds du catalogue. Et moins par défaut d'accessibilité que par conformité mal assumée.

Toxique est disponible sur Netflix depuis le 13 octobre 2021 en France

 

Affiche

Résumé

La relation entre ces deux mères serait passionnante si les partis-pris maladroits ne sabotaient pas une ambiance bien moins fiévreuse et toxique que prévu.

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commentaires
Bibifriquotin
18/10/2021 à 19:51

Rien compris non plus, histoire tirée par les cheveux

La Setifienne
15/10/2021 à 20:25

Quel ennui, je me suis endormie et donc rien compris.

Lili44
14/10/2021 à 22:04

Prétentieux et chiant à mourir.

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