Mourir peut attendre : critique du dernier James Bond de Daniel Craig

Geoffrey Crété | 6 octobre 2021 - MAJ : 12/10/2021 14:39
Geoffrey Crété | 6 octobre 2021 - MAJ : 12/10/2021 14:39

Après Casino Royale, Quantum of SolaceSkyfall et Spectre, Daniel Craig quitte le costume de James Bond dans Mourir peut attendre. Un 25ème épisode né dans la douleur, entre le départ du réalisateur Danny Boyle, puis la sortie repoussée d'un an et demi à cause de la pandémie. Attendu depuis avril 2020, No Time to Die, avec aussi Léa Seydoux, arrive enfin sur les écrans de cinéma le 6 octobre. L'heure du verdict est arrivée.

LE NOM NE SUFFIT PAS

Le chapitre Daniel Craig de la saga James Bond aura été aussi reposant que des montagnes russes. Le chaotique et bancal Quantum of Solace a abîmé l'héritage de Casino Royale, célébré comme une renaissance aussi flamboyante que GoldenEye en son temps, quand le succès monstrueux de Skyfall a rendu la déception de Spectre inévitable. Arrivé à bon port après une tempête qui semblait sans fin (du départ de Danny Boyle jusqu'à la pandémie qui l'a repoussé de 18 mois), Mourir peut attendre avait donc une mission : boucler dignement la boucle Craig en ravivant la plus belle des flammes.

 

 

Plus que jamais, le cycle de ce 007 moderne aura été un feuilleton, suivi en pointillé depuis le trauma Vesper Lynd (Eva Green), dont le spectre plane jusqu'ici. Mourir peut attendre en rajoute une couche avec le retour de Madeleine Swann (Léa Seydoux) et Blofeld (Christoph Waltz), après Spectre. James Bond n'est plus simplement là pour rire avec ses gadgets, ses potiches et ses décors en mousse : il est là pour saigner et souffrir, et pour ça, il faut du temps. A la suite des précédents volets, ce 25ème épisode le prend, et dans tous les sens du terme puisque Mourir peut attendre dure plus de 2h40, soit le plus long de toute la franchise.

 

 

En quasiment 60 ans et six interprètes différents, James Bond a traversé les âges, et pris le pouls de son époque. Mourir peut attendre est encore une fois un épisode tiraillé entre le passé et le futur, comme en attestent les scénaristes : Neal Purvis et Robert Wade (en service depuis Le Monde ne suffit pas) sont épaulés par le réalisateur Cary Fukunaga (True Detective) et Phoebe Waller-Bridge (Fleabag). Mais pour la première fois de son histoire, James Bond affronte sa propre réalité, son propre mythe. Et la saga ose enfin quelque chose.

 

photo, Daniel CraigJames bondit

 

LES AMANTS SONT ÉTERNELS

Plus que tout autre épisode, Mourir peut attendre mérite la totale discrétion sur son intrigue, qui tourne autour d'un mystérieux homme incarné par Rami Malek. Dès l'intro, où il est filmé comme un cousin de Michael Myers version Courchevel, cet énième sociopathe bondesque s'impose par ses yeux sans visage. Le symbole est plus fort que l'homme, et c'est à la fois la force et la faiblesse de cet antagoniste. Sans surprise, l'acteur de Mr. Robot apporte une inquiétante étrangeté à ce Lyutsifer Safin, dont la puissance ne se révèlera que dans la dernière ligne droite.

En toile de fond, il y a aussi la fameuse organisation SPECTRE, centrale dans la saga et remise sur le devant de la scène dans le précédent opus. Mais le vrai ennemi est bien le passé des personnages. Ce même passé qui est justement le grand croquemitaine de l'ère Daniel Craig, comme l'avaient montrés Silva dans Skyfall et Blofeld dans Spectre, faux frères et vrais ennemis intimement liés à James Bond. Mourir peut attendre ne déroge pas à la règle, et creuse encore plus le sillon de la filiation, réelle et symbolique. De quoi achever l'édifice de cette époque Craig.

 

photo, Rami MalekHalloween : 60 ans après

 

Mais comme Casino Royale, c'est aussi voire surtout une histoire d'amour et de mort. Lorsque le générique (l'un des plus sobres et beaux de l'histoire récente) est lancé sur la mélodie de Billie Eilish et Finneas O'Connell, ce James Bond est indubitalement placé sous le signe de l'émotion, et c'est elle qui portera le film jusqu'à la toute dernière minute.

A ce jeu, Mourir peut attendre réussit ce que Spectre avait royalement raté avec le personnage de Léa Seydoux. Ecrite comme une godiche de luxe dans le précédent épisode, où elle tombait éperdument amoureuse du héros en 25 minutes chrono, Madeleine Swann existe ici comme un vrai amour de James Bond. L'ellipse rend leur histoire mille fois plus intéressante et solide, et Léa Seydoux a de vraies scènes à défendre. Souvent filmée comme un fantôme impossible à saisir, l'actrice porte sur ses épaules quelques unes des scènes les plus importantes du film. Et dans l'ombre de la Vesper Lynd d'Eva Green, elle incarne une autre facette jusque là inédite des dénommées James Bond girls.

 

photo, Léa Seydoux"What's in the box ?"

 

dors un autre jour

Mais pendant que James Bond aime, James Bond ronfle. Mourir peut attendre souffre d'un problème de rythme déjà vu dans Spectre, avec un ventre mou où les héros se réunissent à Londres pour les habituelles étapes de l'enquête. C'est d'autant plus flagrant que le film démarre sur les chapeaux de roue, avec une double introduction particulièrement sensationnelle, entre les glaces de la Norvège et le soleil de l'Italie.

Là, Cary Fukunaga semble en pleine maîtrise du cahier des charges d'un tel blockbuster, et joue aussi bien des silences et du suspense, que des explosions et des cascades attendues. Le réalisateur retrouve un peu de cette énergie dans le grand final, aidé par un décor renvoyant aux grandes heures de la saga, et quelques savoureux effets de mise en scène - d'un long plan d'ascension-baston, à un clin d'œil malin à la mythique séquence de gun barrel de la franchise.

 

photo, Daniel CraigLe Pont des espions

 

Mais entre les deux, pas grand chose à se mettre sous la dent, avec des fusillades et affrontements très mécaniques et fonctionnels. Ce n'est d'ailleurs pas anodin si l'autre grand moment du film est moins une scène d'action qu'une parenthèse où tout se joue sur l'atmosphère presque cauchemardesque d'une forêt embrumée. Cary Fukunaga semble plus intéressé par ces moments hors du temps, quand un monstre masqué poursuit sa victime sur une lac gelé perdu dans un désert blanc, quand un vieil ennemi réapparaît au bout d'un couloir comme un Hannibal Lecter de l'extrême, ou quand James Bond se réfugie dans les sous-bois tandis que grondent au loin les rugissements d'ennemis invisibles.

La photographie de Linus Sandgren (La La Land, First Man) et la musique de Hans Zimmer (première incursion de ce géant dans la saga James Bond) jouent pour beaucoup dans cette réussite. Mais dès que le spectacle recommence à cocher des cases (les apparitions de Q, Ana de Armas en James Bond girl de passage, Lashana Lynch en co-équipière féroce), Mourir peut attendre revient dans les clous. Jamais au point de sombrer dans la médiocrité, mais régulièrement en laissant un arrière-goût de facilité.

 

photo, Ana de ArmasAna de Armas s'arma

 

MOURIR ET LAISSER VIVRE

Mourir peut attendre, peut-être, mais le business James Bond, non. Même sans Daniel Craig. Avec son titre en reflet direct de Meurs un autre jour, dernier tour de piste de Pierce Brosnan, ce 25ème épisode devait négocier un nouveau virage ; une étape d'autant plus importante que le géant Amazon a récupéré la franchise en rachetant le studio MGM, et que l'identité unique de cette increvable saga semble de plus en plus folle face aux méga-franchises qui dominent le marché moderne.

Mourir peut attendre affronte cette situation dans un mélange de folie furieuse et d'extrême simplicité. Les quinze dernières minutes ne ressemblent à aucun autre film James Bond, délaissant la pyrotechnie pour mettre en avant de pures émotions, qu'elles soient noires ou lumineuses. L'occasion pour Daniel Craig d'aller jusqu'au bout de cette version super-humaine de James Bond, qu'il aura portée avec force et férocité depuis Casino Royale. En l'espace d'une quinzaine d'années, les films ont raconté le passage du temps sur le corps et l'esprit du personnage, mais également son interprète, qui semble avoir cramé tout son carburant bondesque jusqu'à cette cinquième et dernière aventure.

 

photo, Rami MalekBohemian rabougri

 

Ce bouquet final emporte tout comme une vague, avec une déflagration qui écrase les défauts du film. Et il y en a, notamment dans l'écriture parfois très grossière, et une sensation d'avoir vu défiler un épisode trop long et pas toujours harmonieux.

Nul doute que Mourir peut attendre fera jaser comme jamais, avec quelques questions croustillantes lorsque le générique de fin arrive (et se termine). Mais après 59 ans, 25 films, 6 interprètes, plus de 2 milliards au box-office et bien plus encore dans son business global, c'est certainement la meilleure preuve que le héros de Ian Fleming a encore un peu de sens dans ce monde.

 

Affiche fr, Mourir peut attendre

Résumé

Mourir peut attendre traîne des défauts classiques (seconds rôles insipides, méchant fonctionnel, rythme décousu), mais brûle une page de la saga avec une ambition et une émotions inédites. Après quasiment 60 ans et 25 films, James Bond ose enfin, et rien que pour ça, c'est beau.

Autre avis Simon Riaux
Mourir peut attendre restera comme l'épisode des expérimentations, des audaces, celui d'une explosion élégiaque et quasi-méta. Mais également comme un des 007 les plus mal écrits et construits, d'une longueur absurde, en dépit de laquelle il ne parvient jamais à développer ses plaisants seconds rôles.
Autre avis Mathieu Jaborska
Un film d'action assez timoré, embarrassé de ses gimmicks, malgré quelques fulgurances et une Ana de Armas honteusement sous-exploitée, mais sauvé de l'oubli par un dernier acte qui ose enfin faire sauter le canevas de la saga pour offrir une très belle conclusion à l'ère Craig.
Autre avis Alexandre Janowiak
Derrière la mise en scène percutante de Fukunaga et ses scènes d'action spectaculaires, Mourir peut attendre vient graver dans le marbre le nouvel héritage de James Bond, et tout le poids de sa propre malédiction. Intime, émouvant et tragique à un niveau jamais atteint dans la franchise.
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Lecteurs

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commentaires
Raoul
23/10/2021 à 00:53

Le plus nul de tous les james bond que j'ai pus voir et c'est long...

Aucun
22/10/2021 à 20:31

Je sors de voir le dernier james bond 007,je suis une femme, pour moi james bond 007 est un homme sexy et très viril tiré des livres de ian flemming, de plus toujours entouré de très jolies femmes que toutes nous rêvons d’être, je n’ai jamais raté une sortie de 007, le dernier volet est splendide,cascade ,amour , »réalité »,paysages de toute beauté tout est là, seul bémol, LA FIN. Vous ne ferez plus aucun james bond 007???
je ne comprends pas la fin,james est fiction et éternel,que vous le remplaciez par une femme ou un homme , à voir,recevoir et donner des coups de poings, je ne trouve pas cela très « féminin «  quoi que pour ma part, j’aimerais en bien boxer certains,je présume que vous produisiez d’autres james bond ,donc pourquoi ne pas laisser » Mr Daniel Craig « finir sa vie en famille tranquillement et remplacer cet acteur par un autre, femme ou homme, pour ma part, un homme ,je ne vois pas une femme s’appeler James,autrement , je pense avoir vu mon dernier james bond 007 au cinéma, je vais désormais préférer les livres.... .merci

BoyfromLa
17/10/2021 à 11:35

L'ére Craig se termine . aprés une ouverture et une première heure brillante, le scénario se perd un peu en allant dans plusieurs directions. Quelques belles scènes d'action mais il me semble que la saga nous en avait offert de plus audacieuses.
La dernière scène vient clore cet opus mais Léa Seydoux gâche par son manque de talent et de charisme ce personnage qui aurait dû être génial et qu'elle rend grotesque.Dommage...néanmoins il restera de beaux souvenirs des précédents.

Francis Bacon
17/10/2021 à 03:58

Mouais ben pour moi c'est le moins bon de l'ère Craig. Très long pour peu d'action, peu de péripéties. Faire revenir Lighter ok, j'avais aimé la réécriture de cet ancien perso dans Casino Royale et Quantum, mais pour en faire ça...
Je trouve aussi que c'est particulièrement mal écrit, c'est bête je me rappelle surtout des répliques mauvaises ("je voudrais rentrer et dire à ma famille que j'ai encore sauvé le monde" "il va avoir quel matricule ? - elle insiste - ce sera lui ou moi 007 ?- alors que le monde est près à exploser bien sûr).
La mise en scène n'a plus cette beauté qu'avait les films de Mendes, ça aurait été mieux qu'il fasse ce film. Peut-être ça m'aurait permis de sentir cette fameuse émotion dont certains parlent, quand c'est trop facile et mal écrit ça marche pas.
Le méchant est complètement naze, je me rappelle que sur Quantum on reprochait à Amalric de pas faire le poids contre Craig en combat, mais là c'est pareil et réglé en 2 secondes.
Question action je trouve aussi que ce n'est pas assez spectaculaire. Pas d'accord avec certains, je trouve que les bond de Craig proposaient de l'action ultra spectaculaire au moins au niveau des autres gros blockbuster (la poursuite sur les grues dans Casino Royale, la poursuite sur les toits italiens dans Quantum). Là pas grand-chose en dehors d'une cascade en moto et d'un saut depuis un pont (mais qu'on a déjà vu dans la bande annonce).

Flo
11/10/2021 à 14:49

@Eddie Felson Mais à cause de Craig, un autre Bond serait obligé difficilement de créer de l'attachement, alors qu'il serait un remplaçant.
Autant jouer là dessus explicitement, sur le principe de remplacement. Et faire moins gros et lourd, avec un style différent à chaque fois (un polar, puis un film d'aventure etc). La star ne serait plus l'acteur, même s'il est très bon... Ça redeviendrait le personnage, ce qu'il représente, et rien d'autre - se gardant des références scénaristiques sous le coude pour plus tard, faisant revenir des anciens pour des coups de main, remplacer M, devenir des traîtres etc. Sans compter la possibilité de montrer un jour un Craig survivant- au poil grillé - attendant de guérir pour retrouver sa famille.
Dans un monde de franchises à suites, ça serait bien que Bond (qui n'a plus rien à prouver) offre un temps quelque chose de moins commun, ce que l'ère Craig a déjà pu proposer, avec succès. Mais il faut un peu de courage pour oser ça, commercialement parlant.
Car sinon, ce vers quoi on se dirigerait, surtout avec le côté feuilletonnant chez Craig, et après le rachat de la MGM par Amazon... Ça serait une série tv (et ses spin-offs), à gros budgets.
Intérêt premier : avoir (00)7 heures de mini-série pour mieux raconter ce que 2h40 peine à fluidifier.
Inconvénient principal : revenir au rythme de production soutenu d'avant (souvent un Bond par an, quand c'est pas tous les deux ans), ça enlèverait de la rareté à cause d'un temps de présence qui s'alignerait ainsi sur les autres franchises existantes. Même Star Wars n'est pas allé jusque là et a réduit un peu la voilure, prenant une pose pour faire le tri entre les dérivés sur petit écran, et les opus exclusifs au grand.
Et Bond, c'est du grand écran, mais c'est aussi difficile d'imaginer raconter l'histoire d'autres doubles 0 (par exemple) sans que ça ne soit inintéressant.

Eddie Felson
10/10/2021 à 01:55

@Flo
Oui mais non, vraiment. L’intérêt, je pense, de cette franchise est de pouvoir laisser un interprète s’accaparer le rôle sur plusieurs films et sur une bonne dizaine d’année. Cette franchise marche aussi à l’affect’ et le public se détacherait du personnage de bond s’il devait être joué à chaque fois par un acteur différent. À force d’être incarné il en deviendrait…désincarné et perdrait son public au passage.

Flo
09/10/2021 à 19:14

Ah pardon, c'était plutôt "si seulement Newman avait été anglais (ou du Commonwealth)..."

Flo
09/10/2021 à 19:08

Merci Paul Newman, euh Eddie Felson (si seulement Newman avait été américain, il aurait été un bon Bond). ;-)
Et @Clint, … c’est pourquoi ce serait pas mal maintenant d'alterner divers acteurs pour jouer Bond... une seule fois à chaque fois.. Tout donner d’un coup puis partir et laisser le rôle très vite à un autre, et ainsi de suite…
Reformater la Saga en en faisant une suite d’unitaires stricts, aller à l’extrême inverse de l’intrigue fil rouge de ces 15 dernières années, sans suites programmées, juste pour voir untel ou autre une fois dans le costard (et en faire quelque chose de Bon)… Ça serait une bonne solution radicale, sans directement annuler l'apport de Craig, laissant des non-dits pendant quelques temps.
Solution frustrante bien sûr ("oh il était bien lui, pourquoi il revient pas ?"), mais excitante si le travail est bien fait et va jusqu’au bout.
C’est ça un unitaire, et ça n’a jamais été fait jusque là chez Bond – même Lazenby devait en faire
normalement plus d’un, avant de finalement se faire éjecter.

Ethan
09/10/2021 à 18:01

Lea Seydoux était plus convaincante en sabine Moreau dans mi4

william c
09/10/2021 à 13:39

Un mot (enfin plusieurs) "déception" !! tristesse (15 ans de film pour cela ?) !!! Leiter qui coule...la CIA....Nomi , Walz....musique fade....méchant terne...le "doudou" de sa majesté...aurait dû être le titre du film !!! ce film est une purge !!! .

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