Boîte noire : critique parano activity

Geoffrey Crété | 8 septembre 2021 - MAJ : 09/09/2021 11:44
Geoffrey Crété | 8 septembre 2021 - MAJ : 09/09/2021 11:44

Après Un homme idéal en 2015, Pierre Niney retrouve le réalisateur et scénariste Yann Gozlan pour un nouveau thriller : Boîte noire. Place cette fois à l'univers de l'aviation, avec un expert à l'oreille très fine qui enquête sur le crash d'un appareil et commence à démêler un potentiel complot. Assurément une petite réussite, à ne pas rater dès le 8 septembre.

L'OUïE FILM

La dernière fois qu'une jeune et belle gueule française tendait l'oreille pour affronter l'angoisse, c'était François Civil dans Le Chant du loup en 2019. Pierre Niney lui emboîte le pas dans Boîte noire, avec lui aussi une ouïe extrêmement fine, mais pas que. Entre les deux films, ce même fil invisible d'ambition cinématographique, d'appétit de genre, et d'amour des rouages d'un suspense trop souvent (et bêtement) associé à Hollywood.

Dans Boîte noire, il est question d'un crash dans les Alpes. Il ne reste rien de l'avion, sinon une boîte noire évidemment intacte, et le mystère des raisons de cette catastrophe. Au sein du Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA), Mathieu Vasseur met l'oreille dans l'affaire et tire peu à peu le fil de l'enquête, qui se transforme en énigme, voire en complot.

Le refrain est bien connu, et sans surprise, le réalisateur Yann Gozlan cite Conversation secrète de Coppola et Blow Out de De Palma parmi ses références. Boîte noire rappelle à l'ordre le bon souvenir d'un certain cinéma parano des années 70, avec son héros solitaire et justicier, qui ouvre la boîte de Pandore avant d'être lentement avalé par une machinerie qui le dépasse. Et sous ses airs d'exercice de style (trop) appliqué, Boîte noire est une petite leçon de savoir-faire, qui impose pour de bon Yann Gozlan comme un réalisateur de premier ordre.

 

photo, Pierre NineyBlu-tous sur écoute

 

VOL AU-DESSUS D'UN NID DE COULEUVRES

Première démonstration : la force douce qui impose le héros pour que le public s'y accroche comme à une bouée dans la tempête. Le talent de Pierre Niney pèse bien sûr dans la balance, mais parce que l'acteur est un rouage dans la machinerie de Boîte noire. Du design sonore qui se raccroche constamment aux sens du héros, aux lents mouvements de caméra pour se réaligner sur le regard affûté du garçon, le film se traverse comme en apnée.

Entre le BEA, le milieu de la finance et celui de la presse avec Mediapart, le héros plonge de plus en plus profond dans les eaux troubles, rassemblant les pièces d'un puzzle qui semble inexorablement l'engloutir. La copine, le chef, le collègue, l'ami, l'inconnu : tout le monde devient suspect à mesure que son ouïe fine décode le monde et le transforme en océan de doutes. Jusqu'au point de rupture où son propre reflet devient l'ennemi. La mécanique des scénaristes Yann Gozlan, Simon Moutaïrou, Nicolas Bouvet et Jérémie Guez est simple, mais terriblement efficace, même dans ses moments les plus explicatifs - quasiment des pièges obligatoires dans un tel exercice, notamment dans la résolution.

Hormis Lou de Laâge en porte-à-faux, avec son allure presque artificielle qui dénote, le film impressionne ainsi par sa discrète maîtrise. Le plaisir de chercher la solution à cette énigme est énorme, et sert de carburant jusqu'à la dernière scène. Preuve qu'il n'y a pas d'espace perdu dans cette Boîte noire, avec deux bonnes heures rondement menées et palpitantes. 

 

photo, Pierre NineyDes phares dans la nuit

 

FAIRE GENRE

Zoe Felix kidnappée dans les Balkans par des fous furieux dans Captifs, Pierre Niney pris dans une spirale cauchemardesque de mensonges dans Un homme idéal, François Civil qui carbure en moto pour affronter des gangsters dans Burn Out : le réalisateur Yann Gozlan est mené par un évident appétit de cinéma dit de genre. Et si Boîte noire se présente comme son meilleur film, c'est parce qu'il semble avoir totalement digéré ses modèles. Non pas pour s'en affranchir, mais pour sérieusement s'amuser avec sa caméra et sa mise en scène.

Le plan-séquence de l'intro, qui manie les outils numériques et le hors-champ avec adresse, est le top départ d'un grand mouvement d'une efficacité et d'une fluidité redoutables. D'une reconstitution imaginaire des événements à un simple plan qui bascule pour accompagner le héros, Boîte noire témoigne à chaque scène d'un désir de cinéma. Un cinéma qui cherche à reproduire une recette certes familière, mais qui s'impose immédiatement comme un pur plaisir ; particulièrement en France, où trop peu de producteurs et distributeurs, et donc de réalisateurs et scénaristes, s'aventurent.

 

photo, Pierre NineyInterro(gatoire) surprise

 

Alors même qu'il filme les lieux communs du thriller urbain et contemporain (des bureaux éclairés par quelques néons et écrans, une forêt en pleine nuit, un sous-sol inquiétant), Yann Gozlan ne semble jamais s'y perdre. Par un mouvement de caméra ou un effet dans la photo de Pierre Cottereau (celui-là même qui éclairait les abysses du Chant du loup), il donne une dimension ludique à toute cette Boîte noire. Et ne se prive pas d'emballer quelques scènes de suspense et tension impeccables, jouant avec intelligence des silences et d'une peur invisible.

Impossible enfin de ne pas saluer le superbe travail du compositeur Philippe Rombi. Principalement connu pour sa collaboration avec François Ozon, il signe ici des mélodies entêtantes, qui rappellent les thèmes magiques de Michael Small dans les années 70 chez Alan J. Pakula (A cause d'un assassinat, Marathon Man, Klute). Associée au travail sur le son, sa musique est la dernière touche qui donne un éclat de cinéma à cette modeste, mais réjouissante Boîte noire.

 

affiche

Résumé

Boîte noire convoque le souvenir d'un certain cinéma parano des années 70 pour emballer un thriller d'une efficacité redoutable. La mécanique est simple, mais l'exécution tellement maîtrisée, que le plaisir est immédiat.

Autre avis Alexandre Janowiak
Même si l'ensemble flanche dans une deuxième partie trop classique, Boite Noire est une enquête passionnante se muant en véritable thriller paranoïaque dans les pas de Blow Out et The Ghost Writer.
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Lecteurs

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commentaires
Airélie
07/10/2021 à 09:58

Très bien, merci.

Geoffrey Crété - Rédaction
06/10/2021 à 16:29

@Aurélie

Et le tournage a eu lieu en sept-octobre 2019 en même temps.

Aurélie
06/10/2021 à 16:25

L'histoire se passe en octobre 2020 mais personne ne porte de masque... Enfin, c'est un film français...

ElGeeko93
13/09/2021 à 03:35

Critique à chaud : ce film tient en haleine durant toute sa durée. Pour un film français (soyons honnête) la qualité cinématographique dans son ensemble est sublime.
Pour faire court, ce thriller paranoïaque m’a conquis !

holiday
11/09/2021 à 23:35

Excellent.
Fan de Pierre Niney qui nous emporte dans un thriller bien ficelé de bout en bout, haletant, précis et redoutable. Je recommande.

Guéguette
09/09/2021 à 13:47

J'espère que Gozlan s'est sorti les doigts...parce que Burn out c'était bien de la merde.

Ray Peterson
08/09/2021 à 21:58

Un excellent thriller qui lorgne vers le cinoche des 70's bien parano. Mention à Olivier Rabourdin qui par son peu de temps de présence hante tout le film. La BO m'a un peu fait penser entre autre au thème The Conspirators de John Williams dans JKF. Un peu longuet et assez ressemblant au Chant du Loup par son personnage principal mais vraiment très recommandable

Sanchez
08/09/2021 à 21:53

Un thriller super efficace mais peu mémorable , si ce n’est la présence de la divine Lou de laage

Kyle Reese
08/09/2021 à 18:38

Cette BA m'a particulièrement tapé dans l’œil au ciné avant la séance de l'excellent Bac Nord. Je me laisserai bien tenté, pourtant je ne suis pas fan de Pierre Niney loin de là, mais j'aimerai bien surfer sur la vague de bons films de genre français tant qu'elle est encore là.

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