Malignant : critique très Con-juring

Geoffrey Crété | 1 septembre 2021 - MAJ : 17/09/2021 00:38
Geoffrey Crété | 1 septembre 2021 - MAJ : 17/09/2021 00:38

A côté de ses petites immersions dans les océans de dollars hollywoodiens, avec Fast & Furious 7 et Aquaman, James Wan reste surtout un monsieur de l'horreur. SawDead Silence, Insidious et Conjuring l'ont imposé comme un réalisateur incontournable du cinéma de genre, et c'est vers ses premières amours qu'il revient avec Malignant, sorti très discrètement ce 1er septembre.

ATTENTION, PETITS SPOILERS

RÉUNION DE FAMINE

Qu'est-ce qui peut encore motiver James Wan dans l'horreur ? Après avoir impulsé et quasi déserté trois franchises avec Saw, Conjuring et Insidious, qui ont toutes dérivés jusqu'à devenir de vastes plaisanteries, le réalisateur avait fait le tour complet des maisons hantées, enfants possédés, et autres exorcismes miteux dans toutes les pièces possibles et imaginables. Mais son appétit d'horreur est insatiable, comme l'a démontré sa petite et superbe parenthèse d'angoisse au milieu du blockbuster Aquaman.

 

 

Entre deux Aquaman, il a donc replongé dans le bain horrifique, toujours via sa boîte de production Atomic Monster. Sans son fidèle scénariste Leigh Whannell, mais avec quelques liens au Conjuring-verse : les co-scénaristes Akela Cooper (attachée à la suite de La Nonne) et Ingrid Bisu (actrice dans La Nonne et Conjuring : Sous l'emprise du Diable), le directeur de la photo Michael Burgess (Conjuring 3, Annabelle 3, La Malédiction de la Dame Blanche), et bien sûr l'actrice Annabelle Wallis, héroïne du premier Annabelle. Avec en plus ses collaborateurs habituels (le musicien Joseph Bashara, le monteur Kirk Morri), James Wan était en terrain conquis, et familier.

Pourtant, ce n'est pas le vrai problème de Malignant. Malgré les apparences, cette histoire de femme hantée par une force surnaturelle n'est pas un remix paresseux de Conjuring ou Insidious, mais un exercice de style nouveau et à double tranchant pour James Wan. Côté pile : un hommage tordu au giallo et à la belle époque de Brian De Palma. Côté face : une autoparodie de Saw et un bordel monstre qui vire à la comédie.

 

photo, Annabelle WallisLa Malédiction de l'Insidious Annabelle

 

É-CRIS À LA TRUELLE

Malignant affiche d'emblée et à tous les niveaux la couleur Z du cauchemar à venir. Séquence d'intro digne d'une parodie de Stranger Things, musique de générique qui donne envie de trouver des cotons-tiges imbibés d'acide sulfurique, présentation quasi comique des personnages (mention spéciale au petit copain bad boy, violent, alcoolique et vraiment pas gentil) : l'état des lieux est effrayant, surtout comparé à la simplicité de Conjuring ou Insidious. James Wan, le petit malin qui avait assemblé ses meilleurs films avec trois bouts de ficelles, dérape vite, et fort.

Malignant se transforme alors en étrange expérience des extrêmes. D'un côté, James Wan semble avoir conçu ce film en opposition aux Conjuring et compagnie, faisant un pas de côté pour enfin sortir de sa zone de confort. Le thriller et polar prennent vite le dessus sur la formule de maison ou personnage hanté, avec une envie claire de briser les murs habituels de l'horreur familiale.

 

photo, Annabelle Wallis"T'as pas joué dans La Momie toi ?"

 

De l'autre, le réalisateur refuse de lâcher ses vieux jouets, et remue les mêmes épouvantails - silhouette derrière la fenêtre, porte qui grince ou gamine louche au regard non moins louche. C'est presque un auto-hommage sous forme de parodie du côté des personnages de flics, tous plus ridicules les uns que les autres, et qui rappellent effroyablement le nanar Spirale – l'Héritage de Saw. Personne ne ressort indemne de ces dialogues surécrits jusqu'à l'asphyxie, avec quelques moments de révélations digne du Coeur a ses raisons.

Même la mise en scène traduit ce flottement tristounet. D"ordinaire si habile et malin pour joueur avec le hors-champ, les silences, les mouvements et la dilatation du temps, James Wan semble avoir totalement capitulé. A peu près aucune scène marquante, frisson saisissant ou idée malicieuse pour donner corps à ce cauchemar. Hormis quelques plans où le réalisateur de gave de CGI en travelling circulaire, avec un amusant effet en écho à Silent Hill, aucune trace d'identité dans Malignant.

 

photo, Annabelle WallisTournez manège CGI

 

DE PALMARRADE

Mais le pire est à venir, puisque Malignant finit par véritablement déraper avec le twist sur le double visage (littéralement) de l'héroïne. Twist qui rappelle un peu Malignant Man, comics qu'il a co-écrit. Et c'est finalement dans cette dernière ligne droite grotesque que le film devient brutalement plus étrange, étonnant, et donc intéressant. James Wan plonge tête la première dans un cauchemar type body horror, avec un hommage évident au Sœurs de sang de Brian De Palma, et cette sortie de route est presque belle ; comme un bâton de dynamite posé au milieu des mille scènes d'exorcisme qu'il a filmées, écrites ou produites jusque là. Chez James Wan (comme dans tous les classiques qu'il invoquait), l'horreur voulait toujours pénétrer les personnages, pour prendre possession de leurs esprits et leurs corps. Ici, elle est déjà là, intime, sournoise, et impossible à expulser. Comme une bataille déjà perdue.

C'est d'autant plus fort que le réalisateur n'a pas froid aux yeux. Du visage digne d'un petit Nemesis de Resident Evil aux chorégraphies en marche arrière forcée du corps, en passant par la violence de ce gentil frère jumeau oublié, James Wan sort l'artillerie lourde sans prendre de gants, et laisse le public observer ce cirque sans avoir de zone d'ombre pour l'imaginaire. Et il fallait bien ce coup de massue mi-génial mi-ridicule pour sauver, en partie, un film si fragile

 

photo, Maddie HassonPanic Room oui

 

Car Malignant aligne les erreurs du début à la toute fin, comme un best of du pire du genre, la faute à un scénario tellement bancal qu'il repose sur des tunnels d'explication et quelques vilains mensonges pour tenir debout (l'illusion spectrale de la première attaque). Du côté des personnages, à peu près rien ne va, ces pauvres gens prenant des décisions insensées, refusant d'allumer la lumière uniquement pour servir la mise en scène, ou se lançant dans des scènes d'action comme dans un mauvais Steven Seagal.

Le réalisateur et les scénaristes, visiblement kamikazes, ont poussé les curseurs au maximum à divers endroits. De l'allure mi-Matrix mi-yamakazi du Boogeyman à la Sainte-Trinité de la gêne humoristique (la soeur, la flic, la médecin légiste), c'est quelques beaux moments d'hallucination et de kitsch qui s'enchaînent. Et quand James Wan lance une scène d'action, James Wan ne s'arrête plus ; d'où une poursuite interminable et inutile dans les sous-sols, un massacre digne de Kingsman dans une cellule, ou une fusillade sans fin dans le commissariat.

Ainsi, Malignant se pose en grande énigme, à cheval entre l'audace sans filet et la blague stratosphérique. Ce qui est déjà largement moins insipide et vain qu'une énième Nonne, Dame blanche ou petite aventure des Warren avec leurs bibles de poche.

 

Affiche française

Résumé

Le réalisateur d'Insidious et Conjuring change (enfin) un peu de jouets pour s'amuser dans son nouveau cauchemar. Dommage que ce soit pour un film follement ridicule et mal fichu, qui ne doit son salut qu'à des idées tellement grotesques et assumées que le résultat en deviendrait presque fascinant.

Autre avis Simon Riaux
Libéré par une série de succès internationaux, James Wan abandonne ses pillages de classiques de l'horreur pour s'accomplir dans le nanar cosmique. Avec Malignant, il invente le giallo mongolo-ninja, improbable réunion entre Démons et The Raid. Une date dans l'histoire du Z.
Autre avis Mathieu Jaborska
Devant nos yeux ébahis, James Wan tente laborieusement d'hybrider Argento et Henenlotter, avec à la clé l'un des trucs les plus kamikazes, anachroniques et bancals jamais produits par le cinéma d'horreur contemporain. Il faut le voir pour le croire.
Autre avis Arnold Petit
En cherchant plus loin que les démons d'Insidious et autres Conjuring, James Wan a trouvé une entité difforme et malade dans les ténèbres, un film si bête et défaillant qu'il est impossible de le quitter du regard tant l'expérience est aussi folle qu'inoubliable.
Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.3)

Votre note ?

commentaires
Trac
04/10/2021 à 22:24

Le pire c'est que je ne suis pas sûr que James wan ai voulu réaliser une série Z bourrine mix de slasher et de comédie gore , je pense sincèrement qu'il a voulu faire un bon film effrayant et sérieux et qu'il c'est raté ... Il y a un côté violence second degré drôle a cause du ridicule non assumé dans l'atmosphère qu'on a pu voir dans death sentence avec Kevin Bacon . . Il a était dans la surenchère a l'image , dans le montage , dans la musique et dans la direction d'acteur , Annabelle Wallis est absolument catastrophique alors oui elle pleurs sur commande elle a un jolie minois mais elle n'a absolument aucun charisme et elle en fait des tonnes au point d'en devenir insupportable . Un ratage total du aussi au CGI qui boursouflent l'ensemble . A sauver quelques beau mouvement de caméra et une belle réalisations par endroits . 08/20

Meridian
17/09/2021 à 00:22

Surprise . Beaucoup de critiques négatives, mais le film à marché pour moi
Un film de james wan que j'ai plus qu'aprecié . Dans mon top du réal, avec dead silence , insidious ou même le premier conjuring.

Bravo

Neogeo
15/09/2021 à 10:46

Pour moi le film est clairement conçu pour être fun en flirtant avec le Z. C’est risqué , original, foufou mais je trouve le film complètement réussi ! Je me suis bien amusé :)
Je vais faire hurler certains mais je pense qu’une partie des spectateurs qui le saque n’ont pas compris la note d’intention faite par James Wan (pourtant claire) faite lors de la scène d’ouverture.
Ensuite que l’on aime ou que l’on aime pas les films d’horreurs grand guignolesques, chacun sa sensibilité.
Pour moi le film tient son contrat : c’est donc une réussite.
@ Simon : tu sembles t’être bien amusé pendant la séance (ta vidéo YouTube transpire l’enthousiasme ). C’est dommage d’avoir mis une 1/2 étoile :p

Loulou48
15/09/2021 à 08:56

Vu hier et j'ai beaucoup aimé!
Alors oui bien sûr c'est certainement le moins bon Wan, mais j'ai trouvé ça très fun et visuellement et au niveau de la mise en scène, le petit James est vraiment le patron !

Je comprends absolument pas les critiques le qualifiant de "nanar" à tout va...

Paganizer
05/09/2021 à 17:21

Une fois de plus, le cinéma d'horreur grand public nous offre une vaste blague foutraque et nonsensique..
Mr Wan, vous allez pouvoir féter dignement votre arrivée sur le site Nanarland !!
Félicitation !!

Chandler Jarell
05/09/2021 à 14:04

Personnellement, j'ai apprécié le ride, par contre, je ne vois vraiment pas le rapport avec le giallo. Du slasher paranormal à la limite, mais du Giallo, jamais.

ne jetez pas votre magnétoscope
05/09/2021 à 10:23

J'ai bien aimé, n'hésitez pas, c'est un film généreux, un bon défouloir, du "cinoche" populaire sans prise de tête. Le début très classique, voire lent, tranche en effet avec le délire final, qui peut décontenancer. Il manque un peu l'humour léger des Warren. La presse a grandement exagéré les défauts, à mon avis.

Marc
03/09/2021 à 23:55

c'est encore pire que Suicide squad 2 je pensais on est arrivé au pire film WHAT THE FIUCK ou Pourquoi cette Merde ? et oui c'est encore pire !

Le zoz
03/09/2021 à 21:59

Bhe frr flinguer le film

Euh
03/09/2021 à 21:00

Par rapport au nanar suicide squad 2 c'est comment ?

Plus
votre commentaire