Kaamelott : Premier volet - critique qui en a gros

Arnold Petit | 25 mars 2022
Arnold Petit | 25 mars 2022

Kaamelott est diffusé ce soir à 21h09 sur Canal+.

Attendue depuis des années par une armée entière de fans, repoussée un an de plus en raison de la crise sanitaire, la suite de la série Kaamelott sur grand écran était enfin disponible en salles le 21 juillet 2021 (et avec un record de ventes de tickets pour les avant-premières). Écrit, produit, monté, joué et réalisé par Alexandre Astier en sa qualité de créateur et souverain, Kaamelott : Premier volet réussit-il à combler toutes les attentes ? Presque.

Retrouvez notre classement des 15 meilleurs épisodes de Kaamelot.

Notre portrait d'Alexandre Astier, étonnant génie, est par ici.

LE RETOUR DU ROI

Douze ans. Il aura fallu attendre 12 ans pour enfin voir Kaamelott : Premier Volet. Ce qui avait démarré en 2005 comme une petite pastille comique et anachronique a rapidement marqué la télévision pour son phrasé unique alliant argot et langage soutenu, son humour absurde et ses personnages (extravagants, fantasques), puis a ensuite pris une tournure plus dramatique, voire tragique concernant le personnage d'Arthur, son statut de souverain, de héros et de père. Jusqu'à ce qu'il disparaisse à Rome avec l'aide de Venec (Loïc Varraut) après sa tentative de suicide à la fin du Livre VI, diffusée en 2009.

 

 

Et lorsque les trois notes de cor résonnent face à l'écran noir dans la salle obscure, la nostalgie et le plaisir ressenti font aussitôt oublier toutes ces années et ramène immédiatement le spectateur dans l'univers de Kaamelott, comme s'il ne l'avait jamais quitté. Ce premier volet reprend dix ans après qu'Arthur (Alexandre Astier) ait laissé le pouvoir à Lancelot (Thomas Cousseau).

Devenu un tyran ivre de pouvoir, le nouveau roi s'est entouré de traîtres à sa cour et recrute des mercenaires saxons (Sting et Jehnny Beth) pour traquer les chevaliers de la Table ronde, dispersés au sein du royaume. Certains, comme Perceval (Franck Pitiot), Karadoc (Jean-Christophe Hembert) ou Bohort (Nicolas Gabion) tentent d'organiser la résistance tandis que d'autres ont troqué la noblesse de la chevalerie pour une condition plus modeste et une vie ennuyeuse, à bêcher leur jardin.

 

photo, Antoine de Caunes, Christian Clavier, Jean-Robert LombardPère Blaise, Dagonet, le Jurisconsulte et le roi Loth réunis entre pourris

 

Après une exposition nécessaire pour les néophytes, le film poursuit ses retrouvailles sur un rythme lancinant, presque mélancolique, à l'image de son personnage principal. À son rythme, le film prend le temps de poser les enjeux et d'introduire les nouveaux personnages, qui se fondent parfaitement dans le décor (en particulier celui de Sting, qui cristallise l'attention et la tension dès que la caméra se pose sur lui). De retour sur l'île de Bretagne, l'ancien roi refuse toujours d'embrasser sa destinée, mais se laisse quand même assez vite convaincre au gré de ses rencontres dans une intrigue cousue de fil blanc.

Chacun leur tour, les personnages de la série font leur retour de façon iconique, encore plus avec les superbes costumes de Marylin Fitoussi (hormis pour l'armure grotesque de Lancelot entre Blanc chevalier et Dark Vador). Pour cette réunion sur grand écran, quasiment tous ont répondu présents, du roi Loth (François Rollin) à Dame Mevanwi (Caroline Ferrus) au Duc d'Aquitaine (Alain Chabat) et sa femme (Géraldine Nakache) jusqu'au roi burgonde (Guillaume Briat). Dommage quand même qu'aucun n'ait un tant soit peu évolué en dix ans et qu'ils soient tous fidèles au souvenir qu'on avait d'eux.

 

Photo Franck Pitiot, Jean-Christophe HembertUn duo toujours aussi drôle que dysfonctionnel


CITIUS, ALTIUS, FORTIUS

Pour ce premier volet de Kaamelott au cinéma, Alexandre Astier a assurément mis les petits plats dans les grands. De nouveaux personnages, des environnements variés, des effets spéciaux... l'auteur exploite généreusement le potentiel qu'il avait caché dans sa série faute de moyens, que ce soit avec les paysages des différentes provinces du Royaume de Logres (auxquels la photographie de Jean-Marie Dreujou savent rendent grâce) ou encore la découverte pour la première fois du château de Camelot ou de la fameuse armée burgonde dans un ballet d'armes de jet aussi bête que majestueux.

À mesure qu'Arthur poursuit son périple, le récit prend de l'ampleur et démontre cette volonté de proposer un grand film d'aventure. Une immense fresque à laquelle la superbe partition musicale inspirée de John Williams (et composée par Alexandre Astier, évidemment) donne une certaine dimension épique.

 

photo, Alain ChabatAlain Chabat absolument parfait dans un rôle dans lequel il s'éclate

 

Comme dans la série, les références pleuvent entre deux phrases et le film convoque tantôt Star Wars, tantôt Indiana Jones autant par sa structure narrative que par son ambition. Par bien des aspects, ce premier volet pourrait presque être vu comme la version kaamelottienne de l'épisode IV, Un nouvel espoir.

Cette musicalité dans les dialogues devenue le principal ingrédient du succès de la série et la marque de fabrique de son créateur sonne à nouveau dans les voix des acteurs et encore une fois, le charme de l'écriture au cordeau d'Alexandre Astier opère, même dans la bouche de Christian Clavier, qui prouve qu'il peut encore faire rire aux éclats quand il est bien dirigé et qu'il a un texte de qualité. Certaines répliques ont d'ailleurs probablement déjà atteint un statut culte auprès des initiés, récompensés de leur fidélité par tout un tas de clins d'oeil et d'auto-citations disséminés au sein du scénario.

 

photoAge of Empire

 

ON PREND LES MÊMES ET ON RECOMMENCE

Néanmoins, bien qu'une amélioration puisse être constatée à tous les niveaux, Alexandre Astier ne parvient pas à apporter une dimension cinématographique à son film. Même s'il tente clairement de se différencier de la série par sa direction artistique avec une esthétique stylisée, des décors naturels et des costumes excentriques et colorés plus travaillés qu'à l'accoutumée, le manque de dynamisme dans la réalisation et le découpage hasardeux donnent l'impression de regarder un épisode de Kaamelott plus long et plus soigné que les autres.

En restant rattaché à la série et à ses codes, les aspirations de grandeur se retrouvent écrasées par l'héritage télévisuel que le film porte avec lui, consciemment ou inconsciemment. Le ton oscille alors entre l'humour burlesque des débuts (avec par exemple une longue séquence de comique de répétition entre Arthur, Perceval et Karadoc inspirée du Sacré Graal des Monty Python) et la tragédie des derniers Livres, dans lesquels Alexandre Astier laissait déjà poindre une envie de cinéma.

 

Photo Alexandre AstierLa Bretagne, ça vous gagne

 

En dehors de quelques travellings et de certains plans larges intéressants, la caméra reste désespérément coincée dans cette mise en scène simpliste, qui sert d'abord les performances des acteurs et les dialogues. Et comme une grande partie de l'humour et de la tension reposent sur des références et des éléments antérieurs au récit, celui ou celle qui découvre l'univers de Kaamelott pour la première fois sera très probablement égaré en chemin, malgré tous les efforts du film pour essayer de le prendre par la main.

L'histoire se déroule de manière très attendue, avec ce qu'il faut de rebondissements, mais passé un certain temps, la narration se perd, s'emballe, comme s'il fallait absolument faire apparaître tout le monde et amener les séquences que les fans attendaient (et espéraient un peu aussi). Certains personnages comme Dame Séli (Joëlle Sevilla), la Dame du Lac (Audrey Fleurot) ou ce pauvre Merlin (Jacques Chambon) sont donc relayés au second plan par rapport au fils de Ghetenoc ou aux filles de Karadoc (brillamment interprétées par Ariane Astier et Jeanne Astier au demeurant) tandis que d'autres sont même carrément oubliés ou réduits à de la figuration.

 

photo, Caroline Ferrus, Caroline FerrusDame Mevanwi et les Stormtroopers de Lancelot

 

Alors qu'il occupe pourtant une place essentielle dans l'intrigue du film et dans la saga, Lancelot est tout simplement inexistant et reste amorphe en toute circonstance, y compris quand son château se fait ravager, contrairement à Guenièvre (Anne Girouard), qui peut pleinement s'épanouir une fois qu'elle est libérée de sa tour. Après un combat décevant, le film conclut l'affaire en deux temps-trois mouvements et prépare ce que sera la suite. L'émotion est bien présente, mais l'exécution laisse à désirer.

Plutôt que l'aboutissement de ce que Kaamelott pouvait amener au cinéma, ce premier volet donne surtout la sensation d'avoir seulement assisté au préambule de la vaste histoire qu'Alexandre Astier a imaginée. En dépit du moment de liesse et de communion qu'il représente pour n'importe quel fan de Kaamelott, il n'empêche que le long-métrage reste frustrant à plusieurs niveaux. Il ne s'agit cependant que d'un premier opus qui en appelle d'autres comme l'indiquent son sous-titre et la scène post-générique. En espérant qu'ils nous montreront bien cette fresque épique tant attendue (et sans nous faire languir pendant des années cette fois).

 

Affiche officielle

Résumé

Malgré le plaisir de retrouver l'univers de Kaamelott, Kaamelott : Premier Volet est plutôt un ambitieux prolongement de ce qu'était la série. L'écriture d'Alexandre d'Astier est toujours aussi efficace, mais ne parvient pas à masquer ses maladresses en terme de narration ou de réalisation.

Autre avis Alexandre Janowiak
Interminable introduction à la trilogie tant espérée par les fans, Kaamelott : Premier volet manque de souffle, de rythme et globalement de cinéma, plombé par sa narration lorgnant les plates-bandes de Star Wars : Un nouvel espoir sans jamais parvenir à retrouver son ampleur et sa précision.
Autre avis Simon Riaux
Quelques excellents comédiens et une paire de dialogues ciselés ne peuvent rattraper ce désolant naufrage, où mise en scène, montage et narration s'écroulent un peu plus à chaque scène.
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Lecteurs

(3.1)

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commentaires
Vava
28/03/2022 à 16:36

Mon Dieu que de vulgarité entre les connasses ....et absence de droleries mieux vaut rester dans les mini series

Barnabé Cherèle
28/03/2022 à 14:57

Savent rendent ?! "la photographie de Jean-Marie Dreujou savent rendent grâce"

Lance à l'eau
26/03/2022 à 20:31

J'ai rien compris.
C'est mal joué.

oldskool
26/03/2022 à 14:17

Pour qui a déjà pris un crayon ou un clavier d'ordinateur dans la main pour écrire quelque chose avec un semblant de cohérence... On se rend vite compte pourquoi KAAMELOT est culte… Après effectivement DOUZE ANS POUR FAIRE CA... J'ai parfois été gêné pour ce génie d'Alexandre Astier d'une telle contre performance. Notamment lors du jeu avec la dame du lac... Pathétique;

MIL
26/03/2022 à 11:49

Le culte autour de cette série est le 2eme plus grand mystère de l'univers, juste après le big bang ^^

Pulsion73
26/03/2022 à 09:46

Je suis désolé mais karadoc et perceval sont loin d'être aussi amusants, surtout dans un contexte pareil. Le film manque de rythme, un comble, c'est assez plat même si de bonnes choses tout de même.
Quand on y pense, il est loin le Roi Arthur à la De Funès justement, énervé, plein d'énergie, prêt à dégainer une réplique qui tue. Mais bon par certains aspect la série avait gardé pas mal de qualités et la saison 6 était très bien.

Flash
26/03/2022 à 09:36

Un beau ratage, comme quoi le format court de la série était plus adapté que ce film sans intérêt.

fuck
26/03/2022 à 09:16

Le film le plus NUL que j'ai vu en 2021... et de loin. 3 étoiles pour ce nanar quelle HONTE !

A ne surtout pas voir
26/03/2022 à 03:12

Douze ans pour faire ça ?!

Miju
25/03/2022 à 23:23

Purée, ça taille sec ici. Astier fait un film quasi tout seul ou en famille, pendant le confinement qui plus est. Il va au bout de son idée, il fait ce qu'il veut et il mène son histoire où il veut. Franchement, dans le contexte actuel, c'est suffisamment rare pour le souligner. J'ai retrouvé sa façon de raconter une histoire, ses dialogues acérés et une belle photographie: moi, ça m'a plu et je me laisserai porté par les deux prochains volets parce que je veux savoir comment il terminera son cycle arthurien.

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