Old : critique anti-Vacs

Simon Riaux | 21 juillet 2021 - MAJ : 25/07/2021 14:23
Simon Riaux | 21 juillet 2021 - MAJ : 25/07/2021 14:23

Des vacances de rêves, une plage enclavée et réservée aux plus curieux. Ce serait le paradis, si ce n'était un film de M. Night Shyamalan, dont les personnages réalisent soudain que le temps s'est détraqué, et qu'ils vieillissent désormais trop vite pour espérer rejoindre leur hôtel. Old est-il déjà vieux, ou la fontaine de jouvence d'un réalisateur pour le moins inégal ?

RÂTEAU DE SABLE 

En 2011, la bande-dessinée Château de Sable, imaginée par Pierre-Oscar Levy et Frederik Peeters, déferlait sur les Utopiales de Nantes, raflant le prix du meilleur album. Les deux auteurs y narraient un conte surréaliste et dépressif où deux familles se retrouvaient balayées par un piège surnaturel, existentiel, d’une cruauté toute poétique. Sur le papier, ce récit glaçant avait tout pour séduire M. Night Shyamalan. 

Et pour cause, il met en scène un dérèglement du monde affectant un petit groupe de personnages, autour du concept de temporalité (et donc de finitude, voire de corruption, du vivant). Autant de motifs qu’on a retrouvés plusieurs fois dans la carrière du cinéaste, et sous diverses formes. L’illusion du Village, l’hostilité ontologique de la nature dans Phénomènes, l'interrogation temporelle dans After Earth, et bien sûr la peur panique de la décrépitude dans The Visit. Bref, celui qui connut la gloire avec Sixième Sens puis Incassable tourne autour d’idées voisines depuis un bon bout de temps. 

 

photo, Rufus SewellLa carrière de Rufus Sewell

 

Malheureusement, M. Night Shyamalan tourne aussi autour du pot à confiture de la paresse filmique, où il s’est abandonné plus d’une fois, quitte à achever sa digestion visuelle sur le trône du navet purulent. Et le colombin que voici est un de ses plus remarquablement faisandés. En l’état, on n’a peut-être jamais vu le réalisateur se désintéresser aussi manifestement à ce qu’il raconte, le filmant à peine, comme s’il préférait saborder son matériau de base plutôt que raconter une authentique fable horrifique. 

 

photo, Gael García Bernal"Appelez-moi le maquilleur !"

 

LA CROISIENNE ÉCLUSE  

C’est bien simple, jamais sa caméra ne paraît se soucier véritablement de comment filmer ce quasi-huis-clos. Les rares plans sortant du tout-venant sont de vagues resucées des précédents efforts de Shyamalan, agités ici par un montage pataud. On le devine motivé par la nécessité de garder le spectateur éveillé, jamais de traduire un quelconque malaise ou de tenir la narration. Entre de longs plans verbeux et quelques effets de décadrages attendus (ou jouant les cache-misères dès que surgit une pointe de violence), la pauvreté de l’ensemble saute aux yeux. 

La photo fait preuve d’une similaire médiocrité, le travail de Mike Gioulakis, pourtant à l’œuvre sur It FollowsUnder the Silver Lake ou encore Us, paraît curieusement timoré, pour ne pas dire atone. Jamais un plan ne vient égayer ou stimuler le regard du spectateur, qui ne peut plus dès lors que subir son reflet dans les yeux torves de Gael García Bernal, Vicky Krieps ou encore Rufus Sewell, tous aussi investis qu'un animateur de Club Med un lendemain d'insolation. On ne pourra néanmoins leur en tenir rigueur, le scénario et les dialogues leur donnant bien peu à jouer. 

Nos protagonistes font donc face pour les uns à la flétrissure de la vieillesse, et pour les autres à la phénoménale montée de sève de l’adolescence puis de l’âge adulte. Autant de pulsions qui se contredisent, maximisent violence et conflits au sein du groupe... à condition d’oser franchement les traiter. Or, les conséquences de corps pourrissant sur pied, comme d’hormones déferlant sauvagement entre des individus encore enfants quelques minutes plus tôt sont drastiquement incompatibles avec un film de studio classifié PG-13. 

 

Photo Vicky Krieps, Thomasin McKenzie, Gael García Bernal"Vu la vitesse où on vieillit, ce sera bientôt fini"

 

PAS SOUS LE SOLEIL DE SATAN 

Entre une grossesse accélérée, un paquet d’hémorragies surprises, des pathologies osseuses au développement plus rapide qu’une saillie de cycliste chargé comme un mulet, l’intrigue regorge d’abominations, perversions et autres potentielles saynètes anxiogènes. Mais Shyamalan ne les affronte jamais frontalement, et réserve ses horreurs au hors-champ, quand il ne les mène pas si rapidement vers leur conclusion qu’il interdit à l’angoisse de naître. Ses rares incartades du côté de l'horreur graphique, ou de ce qui s'en approche, sont si effroyablement timides qu'elles provoquent l'agacement.

 

photo, Alex WolffPris en otages parle film

 

Se désintéressant franchement de l’ensemble, il nous étouffe de poncifs émoussés. Du bourgeois paranoïde au couple au bord de la rupture que l’adversité rapprochera jusqu’à la bimbo névrotique, rien ne nous est épargné. Un constat d’autant plus désolant que le temps d’une longue séquence nocturne, le cinéaste paraît soudain retrouver (un peu) ses esprits, à la faveur d’un montage alterné qui tire enfin parti de l’horreur de la situation, pour peu qu’on fasse abstraction de maquillages embarrassants. Les membres se tordent, les sens s'émoussent, le temps est soudain incarné, et avec lui une obsolescence déchirante. C'est bien trop peu, beaucoup trop tard.

Un peu de monstruosité rehaussée d’une pointe d’émotion ne suffit pas à faire oublier le climax du film, qui justifie tous les mystères que l’œuvre originelle laissait planer. Et la parabole empoisonnée de muter vers la charge anti-big-pharma, une orientation pas moins pertinente qu’une autre, mais greffée beaucoup trop tard sur le récit, exécutée en dépit du bon sens, au détour d’un monologue explicatif qui ferait passer Plus Belle la Vie pour une fresque shakespearienne. 

 

Affiche française

Résumé

Plaisant comme un coup de soleil, divertissant comme un grain de sable sous un ongle, aussi goûteux qu'un beignet à l'iode, Old esquive les innombrables possibilités offertes par son concept, et préfère troquer l'horreur existentielle de l'oeuvre originelle pour une résolution inepte. 

Autre avis Geoffrey Crété
Immense et cruelle déception que ce Old, qui était un parfait film de Shyamalan en théorie. Mais le réalisateur et scénariste semble aligner les choix douteux en termes de narration, mise en scène et direction d'acteur, à tel point qu'on se demande (encore) où est passé l'orfèvre de Signes et Sixième sens.
Autre avis Alexandre Janowiak
Difficile de comprendre comment M. Night Shyamalan a pu encore rater le coche avec le pitch en or de Old. Loin d'être un navet, le film est juste incapable de se mettre en valeur à tous les niveaux, provoquant beaucoup de frustration et surtout la sensation d'un énième échec pour Shyamalan.
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Lecteurs

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commentaires
Rosebud
27/07/2021 à 19:43

Rectif : The Missouri breaks ...

rosebud
27/07/2021 à 19:38

Le film en question est Missoury breaks

Brando
26/07/2021 à 20:43

Critique 100% pertinente, rarement on a senti Shyalaman aussi frileux et désintéressé du sujet du film. On ne s'ennuie pas une seconde, mais le film est d'un lisse et d'un ennui tout de même. Même pour ses films les moins réussis comme la jeune fille et l'eau on éprouve toujours un certain plaisir à revoir un film de shyalaman pour voir l'effet du temps sur la mise en scène, l''histoire, la révélation, les thématiques. Pour OLD c'est tout vu il est déjà assuré que ce film n' aura aucun intérêt à la revoyure, là où un film comme the village gagne des galons avec le temps.
Le film avec Brando et Nicholson, quelqu'un a compris de quoi il retourne ?

Jérôme A.
25/07/2021 à 14:14

Autant Incassable et Split sont des chefs-d'œuvre indépassables, autant le nouveau Shyamalan est très médiocre. Et pour une fois je suis d'accord avec Simon Rioux.

Nemaki
24/07/2021 à 11:58

Merci à Simon Riaux pour sa pertinente analyse ! La filmographie de Night Shyamalan est très inégale, mais là il se fout vraiment du spectateur ! Je me suis demandé durant la projection s'il avait parié avec un ami de faire le nanar le plus nul jamais tourné, il y parvient indiscutablement !

La Classe Américaine
22/07/2021 à 17:37

Pauvre M. Night Shyamalan. Totalement a la derive depuis qu'il espère un jour retrouver son modjo d'Incassable. Ou comment celui qui aurait pu devenir l'héritier de Spielberg fait des films Asylum.

Pulsion73
22/07/2021 à 09:30

Un beignet à l'iode, encore jamais goûté. ^^

Cooper
22/07/2021 à 07:01

@Hank ulé, tu porte bien ton nom toi, c est toi le naze j avais pas forcément capté que c était spoilé moi et je dois pas être le seul

Morcar
22/07/2021 à 01:09

Ah zut ! Pour le coup, j'ai vraiment cru que Shyamalan avait retrouvé la fibre de ses premiers films. Je pense que je le tenterai quand même, pour me faire mon propre avis, mais au moins je vais y aller d'avantage préparé à la possibilité d'être déçu...

pere colateur
21/07/2021 à 20:04

@ simon Riaux
De rien.

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