OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire - critique qui Bond mou

Alexandre Janowiak | 4 août 2021 - MAJ : 04/08/2021 11:07
Alexandre Janowiak | 4 août 2021 - MAJ : 04/08/2021 11:07

Douze ans après son dernier périple au Brésil dans OSS 117 : Rio ne répond plusl'espion français le plus sexiste de nos écrans est de retour dans une nouvelle aventure. Si Jean Dujardin est de retour tout comme le scénariste Jean-François Halin, le cinéaste Michel Hazanavicius a laissé les commandes à Nicolas Bedos. Un changement aussi prometteur qu'inquiétant, dont le verdict a sonné durant la cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2021. Alors ça vaut quoi ?

bons baisers d'afrique

Dès les premiers instants de son film, Nicolas Bedos marque les bases avec une scène d'action d'ouverture pleinement bondienne où OSS 117 parvient à s'échapper du joug de ses tortionnaires à coups de poing, de course effrénée et de saut en hélicoptère. L'intention semble donc claire, non pas de faire un James Bond spectaculaire comme les récents films de Daniel Craig, mais bien d'embrasser avec un certain amour et une certaine idée du pastiche les aventures de l'espion 007 dans les années 80, donc son sexisme et racisme également.

En résulte le générique qui suit la scène en question, hommage parodique à la marque de fabrique des films de l'agent britannique qui viendra à la fois rire de son modèle, l'admirer et placer quelques indices ludiques sur le récit attendant le spectateur. Un changement de ton plutôt prometteur après les références plus hitchcockiennes de OSS 117 : Le Caire, nid d'espions et OSS 117 : Rio ne répond plus (très belmondiennes pour celui-ci par ailleurs) qui semblait donc la porte d'entrée à un nouveau type d'OSS.

 

 

Et forcément, c'est rapidement le cas. En se déroulant en 1981, à l'aune de l'arrivée de François Mitterrand à la tête de la présidence française, le désormais Giscardien Hubert Bonisseur de la Bath est un peu en bout de course. Et après une entrée d'un sexisme caractéristique du personnage (claquant le cul de trois de ses collaboratrices sans leur consentement avant de lâcher un petit "Me Too", comme un clin d'oeil anachronique) dans les bureaux de la SDECE, OSS 117 se fait finalement recadrer au fur et à mesure de l'avancée du récit.

D'abord rétrograder chez les geeks de la SDECE, car remplacé par plus jeune et fringant que lui, l'emblème misogyne, raciste et homophobe de ses dernières années est présenté comme un has-been. Un choix audacieux de la part de Bedos et Jean-François Halin (déjà scénariste des deux opus précédents) pour mieux remettre le style OSS au coeur des débats actuels.

 

Photo Jean DujardinUne posture qu'on ne connaît que trop bien

 

UN HOMME PLUS À La hauteur

Ainsi, durant sa première heure, Hubert Bonisseur de la Bath, devenu ici Emile Cousin pour sa nouvelle couverture, est en perdition : sa virilité est mise à l'épreuve (il est incapable de bander), sa forme physique se dissipe (il a pris un sacré coup de vieux et n'est plus aussi athlétique qu'avant) et surtout sa manière d'agir avec les femmes, les noirs... est totalement remise en question. Même s'il tente tant bien que mal de changer (à l'image de son arrivée à l'hôtel africain et ses remarques racistes malgré elles sur le bagagiste), il en est incapable et se fait surtout voler la vedette par son acolyte OSS 1001.

Incarné par Pierre Niney, OSS 1001 est l'opposé même de OSS 117 : moderne, bien sous tout rapport, vif, attirant et respectueux avec les femmes. Bref, il coche toutes les cases du monde "politiquement correct" de 2021 (tel que l'imagine Bedos), largement contesté par la figure polémique de Hubert Bonisseur de la Bath. On croit même, à un moment, que le personnage de Niney prendra la relève dans de possibles futurs opus. Sauf que c'est évidemment le grand questionnement de Bedos à travers ce OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire : le monde veut-il vraiment voir OSS 117 devenir un OSS 1001 ?

 

Photo Pierre NineyLa relève qui ringardise Hubert

 

Et sa réponse sera claire, nette et précise : il en est hors de question. Par conséquent, s'il présente d'abord au grand jour la beauferie et la ringardise de OSS 117 pour mieux ancrer son histoire dans la bien-pensance dite de ce monde refusant l'esprit séditieux et provocateur du personnage, Nicolas Bedos va finalement tout envoyer balader. Dans un geste assez drôle (même si peu surprenant) et après une grosse moitié, OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire rebascule donc dans ce qui faisait l'identité du personnage.

Sans détour, Nicolas Bedos assène aux spectateurs que, même par les temps qui courent, le politiquement incorrect a toute sa place au cinéma et pour encore longtemps. Quoi que chacun pense, le cinéaste n'en a rien à faire et laissera donc son personnage continuer ses frasques réactionnaires sans le juger à travers d'autres personnages. Et l'idée était bonne ! C'était un moyen malin de relancer la machine du politiquement incorrect en faisant un pied de nez à ceux qui s'en offusquent, tout en restant clairvoyant sur la situation. Malheureusement, c'est un échec gênant.

 

Photo Jean DujardinOSS 117 en pleine discussion diplomatique

 

AAAAH LA BELLE ÉPOQUE

Car il y a un véritable problème dans ce troisième opus de OSS 117 : la gestion de ce politiquement incorrect. Si les films de Michel Hazanavicius l'étaient pleinement, ils ne glorifiaient jamais le personnage de Hubert Bonisseur de la Bath pour autant. Au contraire, dans sa manière de dépeindre les vannes racistes et sexistes de l'espion français, on sentait que le réalisateur de The Artist avait totalement conscience de l'absurdité du personnage même. De fait, il portait un regard lucide sur OSS 117 et ne l'admirait jamais vraiment.

C'est tout l'opposé de Nicolas Bedos qui finit par donner raison, in fine, à son protagoniste (ce que ne faisaient jamais les deux précédents opus, qui le ridiculisaient). Ici, le politiquement incorrect existe donc dans un seul but : provoquer. L'humour du métrage en est forcément victime.

Exception faite de quelques idées drôles (un Tintin au Congo, un marteau et une faucille, un réveil improbable en charmeur de cobra, une joute en allemand face à un lion, un dialogue Micheline-Emile...), l'ensemble est passablement pénible, rarement amusant et souvent gênant : la grande majorité des blagues voulues irrévérencieuses parvenant à peine à esquisser un sourire.

 

Photo Jean DujardinVoyez le niveau

 

Quelle tristesse par ailleurs de voir Nicolas Bedos proposer aussi peu de choses visuellement. Après le joli Monsieur & Madame Adelman et surtout le romanesque et bluffant La Belle Epoquele jeune cinéaste semble éteint. Sans doute aveuglé par sa détermination à clouer le bec des chantres de la bienséance, il n'offre aucun souffle épique à son aventure. Une aventure en elle-même d'une faiblesse ahurissante.

Au-delà même du projet raté de Bedos sur l'idée du politiquement (in)correct, OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire souffre surtout de son très mauvais scénario. C'est bien simple, la mission en Afrique de OSS 117 est un amoncellement de vide. Jamais Nicolas Bedos ne semble s'y intéresser et forcément, le spectateur ne rentre jamais dedans.

 

Photo Jean Dujardin"Oui, autorisation d'écraser EL avec ma R12 Gordini demandée"

 

Les enjeux sont inexistants (pauvre Fatou N'Diaye), la construction du récit remémore trop le spectre des anciennes aventures (encore une piscine, des espions à ses trousses, une discussion avec un chef d'État qui tourne mal...) et le tout est inévitablement parasité par les vraies raisons de l'existence du film (on en parlait plus haut). Et les rares bonnes idées du récit, comme l'homosexualité refoulée d'OSS (déjà évoquée en filigrane dans Le Caire nid d'espions), n'ont jamais le droit à un traitement digne de ce nom.

Le grand final étonnera sûrement plus d'un spectateur tant il est rushé à la vitesse de la lumière alors même que la mission semblait tout juste commencer à l'écran. Reste à savoir si les suites teasées dans les derniers instants sauront corriger le tir. On ne va pas se mentir, ça n'est pas gagné.

 

Affiche

 

Résumé

Moins vif, moins drôle, moins inventif... OSS 117 : Alerte rouge en Afrique est inférieur en tout point aux précédents opus, les surpassant dans un seul domaine : le malaise ; Nicolas Bedos ne réussissant jamais à gérer le politiquement incorrect de l'espion avec malice et lucidité.

Autre avis Simon Riaux
Visuellement splendide et tout à la gloire de l'abattage spectaculaire de Dujardin, Natacha Lindinger et Pierre Niney, le film divertit, malgré un récit trop mécanique et un humour parfois trop écrit, voire timoré.
Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.0)

Votre note ?

commentaires
Onc'Dan
18/08/2021 à 09:44

Très déçu par ce nouvel épisode, d'autant plus que les deux premiers furent de véritables réussites.
Je n'ai pas souri une seule fois en près de deux heures, et la dernière demi-heure où il a fallu supporter les leçons de morale de Nicolas Bedos fut particulièrement pénible.
Tout est mauvais, y compris les prises de vue et même la musique, voire le casting. Jean Dujardin est un grand acteur, mais quand il est mal dirigé, il devient ordinaire.
Nicolas Bedos est moins que médiocre, mais c'est le fils de...

Alexxv
13/08/2021 à 23:18

Que c’est raté ... Bedos part dans ses délires, souvent sans finesse. Il manque presque tout ce qui a fait le charme des précédents opus. La real, l’humour bien dosé ... on voit Bedos derrière chaque vanne, il va même jusqu’à s’autoriser un cameo dans son propre film.

Blofed
13/08/2021 à 12:48

C est tres simmle...il manque un bon realisateur aux commandes...
Hazanavicius!
Bedos n est pour ce film, ni subtil ni class
La mise en scène : cadrages, construction des plans, est plate , peu inventive et n exploite pas le talent des acteur, presque tout tombe a plat. ( Malgré le budget et les décors )
Le generique pastiche des generiques 007 (de maurice Binder ) en est un bon exemple : c est plat, pas inventif, il manque le délire.
Allez on Oublie vite et on prie que le 4eme soit réalisé par Hazavanicius
Avec Niney en ennemi juré d' OSS117 en chef d un spectre franchouillard :))

Ali
09/08/2021 à 14:59

OSS117 passe son temps à fumer !!!
Il donne même des cigarettes à des jeunes enfants noirs !!!

Baca
07/08/2021 à 20:49

Votre critique est juste, je trouve. Je n'ai ri que pour quelques scenes trop rares. Pour le reste,c est d une vacuité affligeante. Le public au cinéma qui etait d'ailleurs plein a eu la meme reaction que moins et je suis une fois de plus choqué entre les critiques élogieuses que j ai pu lire et le ressenti que j ai eu du public. Seul le visuel était reussi. Gardez votre argent et regardez le à la télé (et encore), vous ne ratez rien...

Miglou
07/08/2021 à 20:48

J’ai vu OSS qui n’en mérite pas tant que votre critique
C’est un film pas très différent des précédents avec un excellent Pierre Niney et un Dujardin tel que lui même dans un OSS classique
La formule s’use un peu peut être

Chris11
07/08/2021 à 13:18

OSS était assumé dans les deux premiers, il n'avait aucun doute sur ses idées. Ici il n'assume pas car il sait que tout ce qu'il dit peut être mal pris et ça le gêne et ça nous gêne. La peur du racisme de ce film tombe à l'eau, les deux premiers l'étaient 100 fois plus (et donc 100 fois plus drôles).
J'ai adoré quelques passages et clins d'oeil (cette référence à Wall-E, merci!), mais au final le film est trop faible, et seuls les passages avec Pierre Niney en contrepied de Dujardin étaient sympas.

Marc
07/08/2021 à 10:48

Un trés bon OSS 117 et Dujardin en trés grande forme il incarne un Jame Bond à la française à la perfection.

josh
07/08/2021 à 10:00

Ennuyeux du début à la fin. Belle constance!!

patman
06/08/2021 à 21:40

S'ils font un 4ème film, je plains celui qui jouera le rôle d'Armand. 3 acteurs différents, 3 décès...

Sinon on a vu le film hier en famille (14 personnes) . Verdict : 1 c'était pas si mal, 2 : c'était bien, les autres : quelle atrocité...

Pour ma part, quelques sourires décrochés (Me too, Tintin au Congo, l'hippo offert à Ledentu), pour le reste... j'ai très envie de revoir les 2 premiers films qui étaient franchement meilleurs

Plus
votre commentaire