Nobody : critique Better call Wick

Simon Riaux | 2 juin 2021 - MAJ : 02/06/2021 11:48
Simon Riaux | 2 juin 2021 - MAJ : 02/06/2021 11:48

Un quidam banal à la vie bien trop rangée se retrouve propulsé dans une spirale meurtrière, après qu’un évènement perturbateur ait réactivé son appétit pour l’ultra-violence. Impossible de ne pas penser à la franchise à succès John Wick en découvrant le synopsis de Nobody. Et pour cause, on retrouve en coulisses plusieurs artisans de la saga.

KILLER INSTINCT 

Succès surprise de 2014 qui marqua instantanément la rétine des spectateurs en rompant avec l’esthétique heurtée post-Jason Bourne pour proposer une captation de l’action inspirée des grandes heures du cinéma hongkongais et centrée sur des plans amples et des cascades lisibles, John Wick n’a pas tardé à avoir une énorme influence sur le cinéma. Si on ne retrouve aucun de ses deux metteurs en scène derrière la caméra de NobodyDavid Leitch y tient le rôle de producteur, tandis que le scénariste historique de la licence, Derek Kolstad, est aux commandes de la narration. 

 

 

Contre toute attente, c’est peut-être de ce duo que proviennent les quelques limites de ce divertissant film d’action. Si le scénario ne peut jamais être pris en défaut de patinage, tant il s’efforce de tenir un récit condensé, dénué de gras et mené tambour battant (à peine 90 minutes au compteur), la tonalité de l’ensemble s’avère un peu flottante. À ne pas choisir entre éloge de l’auto-défense viriliste et auto-critique teintée de folie douce, le film paraît plus d’une fois se contredire et chercher son rythme. Hutch est-il un faible qui mérite sa vie sexuelle de bulot arthritique, ou le seul de cette galerie de tarés à la gâchette facile qui est conscient de l’absurdité du massacre à venir ? 

 

photo, Bob Odenkirk"Bonjour c'est le poinçonneur des lilas"

 

À ne jamais choisir, le film se retrouve le fondement entre deux chaises, tout comme il lance quantité de pistes stimulantes, qu’il n’exploite jamais tout à fait. Le concept de la famille étendue de Hutch (Michael Ironside, RZA, Connie Nielsen et Christopher Lloyd, rien que ça !), aussi bienveillante et protectrice que pleine d’allant quand il s’agit de transformer un hostile en purée de cartilage, est plaisant, mais finalement utilisé de manière un peu superficielle.

De même, on regrette que l’action, pour bien chorégraphiée, brutale et euphorisante qu’elle puisse être, ne trouve jamais un écrin à sa hauteur. Entrepôt, zone industrielle générique, banlieue pavillonnaire... on peine à trouver une arène, un lieu ou même un concept qui inscrive ces fusillades énervées dans un décorum de cinéma. 

 

photoLa flinguette des rois

 

NOW BODIES 

Sans doute orchestré un peu trop vite pour trouver pleinement sa voie, ou se démarquer de son modèle, dont le patron et les coutures sont encore visibles à chaque articulation dramaturgique, Nobody n’en demeure pas moins un plaisant carnage. Le crédit en revient d’abord à Bob Odenkirk, qui, loin de son personnage d’avocat roublard dans Better Call Saul, se permet ici un jeu de pure outrance, parfois proche du pantomime, encore renforcé par un investissement physique de chaque instant. 

Aux antipodes du Droopy psychotique incarné avec prestance par Keanu Reeves, Odenkirk compose un petit homme revanchard, voire colérique. Tantôt pathétique, tantôt hilarant, il a le mérite de nous taper dans l’œil, mais surtout de faire idéalement écho à son antagoniste. Mafieux russe manifestement désintéressé par la gestion d’une dynastie criminelle, il aspire comme son adversaire à réenchanter un quotidien singulièrement foireux, et confère à l’atmosphère générale une pincée de surréalisme désenchanté.

 

photoOn a connu des sélections de l'Eurovision plus souriantes

 

Une modulation bienvenue, renforcée par le travail à la mise en scène d’Ilya Naishuller, dont on n’avait plus beaucoup de nouvelles depuis le frappadingue Hardcore Henry. Il n’en retrouve jamais les turbulences cosmiques, mais veille continuellement à inclure dans ses joutes millimétrées un décalage et un sens de l’immodération trop rares par les temps qui courent.

Un dosage d'autant plus délicat qu'il ne bascule jamais dans le pastiche ou la parodie, mais préfère tirer le meilleur parti de l'anatomie particulière de son acteur principal, tout en décuplant, à coups de plans malins ou d'effets de montage rusés, la portée des coups qu'il distribue, mais aussi de ceux qu'il reçoit. Soit l’ajout idéal de fantaisie à une équation de rigolade à la viande techniquement très solide. 

 

Affiche officielle

Résumé

La tonalité de l'ensemble manque parfois un peu d'assurance, et la recette de John Wick demeure par endroits trop voyante, mais le réalisateur de Hardcore Henry emballe de très plaisantes bastons, et Bob Odenkirk compose une adorable machine à tuer râleuse.

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Lecteurs

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commentaires
bodynobodynobody
05/06/2021 à 01:13

Seul avec un coup de main du papy cela aurait été suffisant,mais encore une fois (sûrement pour une affaire de quota)on a un méchant black homme de main russe (ça sent le woke car a un moment le boss prend sa défense en disant a un autre type qu'il est black mais aussi russe que lui )et bien sûr pour contrebalancer le tout on a un black gentil présent vraiment pour un quota homme blanc et homme noir....On sent que ce film sympa d'avant l'été a été obligé d'ajouter cette fameuse dose de woke a la fin du film.

michael
04/06/2021 à 19:43

Et Michael ironside a doublé de volume

Sascha
03/06/2021 à 22:36

J'ai passé un bon moment. Alors oui, c'est du John Wick (en moins bien du coup car l'effet de surprise n'est plus) et limite cela pourrait se passer dans le même univers que cela ne serait pas déconnant.

Après, le film est sans temps mort, Bob Odenkirk tient la route. Revoir Christopher Lloyd en mode "Papy fait de la résistance et il va surtout te/tout cramer" est un régal.

Et je ne pensais pas qu'un jour je trouverais Saul Goodman si sexy.

Barnabé Scherelle
03/06/2021 à 21:53

"après qu’un évènement perturbateur A réactivé" car après "après que", on emploie l'indicatif et non pas le subjonctif ;-)

Marc
03/06/2021 à 17:05

Si les coup dans la gueule ,les mafieux russe , les poursuite de bagnoles et le finale à la John Wick foncer voir NOBODY.
L'histoire est un copié collé à John Wick le premier. Un plaisir immense de retrouver Christopher LIyod le doc de Retour vers e Futur .

Arsh
03/06/2021 à 09:00

Pareil que Kyle Reese, un bon petit film d'action avec un Bob Odenkirk dans un rôle où on ne l'attend pas mais parvient quand même à convaincre.
Par contre j'ai failli ne pas reconnaitre Mickaël Ironside.

Kyle Reese
03/06/2021 à 00:41

Sympa, une petite sucrerie de série b à l'action brutasse bien mené qui ne se prend pas la tête.
Techniquement rien à redire, très carré et bien filmé. Bob Odenkirk est étonnant, je ne l'attendais pas sur ce terrain là. C'est bien fichu, plaisant de part ses 2 personnages principaux, le "gentil" et le mafieux, assez originaux mais l'histoire atteint effectivement ses limites à la fin. Le ton du film entre 2 eaux surprend. Pas un film qui restera longtemps en mémoire mais ce n'était pas trop le but recherché. Juste un plaisir immédiat.

Niveau d'ennui généré:
02/06/2021 à 20:55

[x][x][x][x][ ][ ]

thierry A
02/06/2021 à 18:31

Comment je peux m'identifier, ou avoir de la compassion, pour une personne qui n'est pas fichu, une seule fois, de sortir ses poubelles au bon moment ?

Giro
02/06/2021 à 18:30

Ça tient méchamment la route jusqu'au 2 tiers du film et puis ça part en vrille a la fin a cause de l'ajout des sidecicks inutile, le ton du film change. Bref cela reste une réussite et ce jeune réal Russe a un bel avenir si un producteur l'encadre sérieusement avec un scripte solide

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