Sans aucun remords : critique qui fait un collier avec tes dents sur Amazon

Simon Riaux | 30 avril 2021 - MAJ : 03/05/2021 20:03
Simon Riaux | 30 avril 2021 - MAJ : 03/05/2021 20:03

Dix ans après la mort de Tom Clancy, l’œuvre de l’écrivain demeure une des plus solides ambassadrices du récit commando-biscottos. Si on ne compte plus les jeux vidéo et blockbusters accompagnés de son nom, Sans aucun remords n’avait encore jamais eu les honneurs du cinéma, malgré de nombreuses tentatives, ayant successivement intéressé John Milius et Christopher McQuarrie. C'est sous la houlette de Stefano Sollima que nous parvient le film, un temps destiné au cinéma par Paramount, avant que le studio ne le cède à Amazon suite à l’actuelle crise sanitaire. 

SON MYTHE ET SON COUTEAU

Le scénario de Will Staples, réécrit par Taylor Sheridan, n’entretient que de vagues liens avec l’intrigue originelle imaginée par Clancy, se contentant de reprendre les grandes lignes de la destinée de John Kelly, soldat d’élite un peu soupe au lait, sitôt que des malandrins s’évertuent à transformer les membres de sa famille en pinata pour kalachnikov. Au programme, un récit de vengeance balisé, où les arcanes de Washington et les forces spéciales russes ont remplacé les dealers de Baltimore et le viet-cong. 

Rien d’original ni de surprenant donc. Il en va de même pour la caractérisation des personnages, peu nombreux et bien campés, mais excessivement programmatiques. Après une dizaine de minutes, chacun aura bien compris qui fait figure de traitre, d’agent trouble pas si méchant, de fidèle guerrier ou de vilain traitre visqueux.

Difficile donc de s’immerger totalement dans cette trame, qui ne feint même pas de chercher à surprendre. Néanmoins, on sent la patte de Sheridan, également scénariste de SicarioComancheria ou encore la série Yellowstone, tant il ramène toujours chaque situation à son point de tension, éclaircit les enjeux, et dégraisse la narration pour en préserver l’impact, un minimum syndical au vu de la résolution de l’ensemble, bien trop sage et convenue. 

 

photo, Michael B. JordanUn tout nouveau caisson à UV, tendance et intense

 

DU HARD ET DU COCHON

Et l’impact, c’est justement la spécialité de Stefano Sollima, qui s’évertue à nous infliger de réguliers coups de boule avec sa caméra. Réalisateur de A.C.A.B (All Cops are bastards)Suburra, ou encore la série ZeroZeroZero, il a prouvé avec Sicario : La Guerre des cartels qu’il était suffisamment maître de son art pour transcender un récit imaginé par un enfant en pleine overdose de carambars.

Et il se livre à un nouveau sauvetage de haut vol, tant son découpage et son art consommé de la dramatisation propulsent les nombreuses séquences d’action dans la stratosphère. Mais aussi les séquences faussement anodines, telles cette confrontation silencieuse entre deux maîtres d'armes, s'observant alors qu'entre eux, une lampe torche abandonnée transforme un instant suspendu en inexorable montée d'adrénaline.

 

photo, Michael B. Jordan, Jamie BellQuand Michael s'agace, Jamie bêle

 

Pourtant, sur le papier, le film s’inscrivant dans la traînée de John Wick et sa recette du Droopy-ne-rate-jamais-sa-cible, il prenait le risque de perdre en retentissement, le spectacle d’une machine à tuer inoxydable en guise de héros n’étant pas toujours synonyme d’identification, de suspense, ou d’investissement du spectateur quand vient l’heure de transformer les hordes du FSB en confettis à la viande.

C’est sans compter sur le sens de l’espace de Sollima, ou le soin maniaque qu’il met dans l’accompagnement de chaque geste ou la chorégraphie du moindre shrapnel propulsé par une détonation, qui transforme un amerrissage en leçon de claustrophobie, et une fusillade mouchetée en orgie de cordite suffocante. 

Parce qu’il ne tourne jamais autour du pot et passe en surmultipliée, y compris lors des dialogues secs qui parsèment le récit, il renforce l’illusion d’une narration presque exclusivement constituée de morceaux de bravoure à la brutalité grisante, aux ravages étourdissants, quoique chirurgicaux. C’est bien à sa mise en scène aussi animale que racée que les comédiens doivent d’habiter leur rôle avec tant d’évidence, à l’image de Michael B. Jordan, jamais meilleur que quand il imite le silex furibard.

Sans aucun remords est disponible sur Amazon Prime Video depuis le 30 avril 2021 en France

 

Affiche US

Résumé

Qu'importe la banalité du scénario, le réalisateur Stefano Sollima n'a pas son pareil pour transformer un récit convenu en épreuve de force aussi intense que spectaculaire.

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commentaires
Simon Riaux - Rédaction
05/05/2021 à 11:23

@Zinzinzone1

Nope, les critiques ne sont jamais "à vendre sur EL", et tous les papiers qui font l'objet d'un partenariat sont indiqués comme tels.

Pour le coup, la comparaison avec Wick est assez intéressante, à plusieurs niveaux, tant il y a de passerelles entre les films. Scénarios archi-classiques, reposant sur des stéréotypes antédiluviens, progression linéaire. En gros, du pur réchauffé, mais plutôt bien exécuté.

L'écriture de l'action, est très, très similaire également. Sollima a une approche plus sèche et funèbre, mais les deux personnages sont des machines à tuer imperturbables, caractérisés d'abord par leur professionnalisme froid. C'est une tendance, qu'on a aussi retrouvée dans Atomic Blonde, Tayler Rake, et tout prochainement Nobody. Et pour le coup, Sans aucun remord me paraît très, mais alors très au-dessus de la plupart des exemples récents du genre. De la tête et des épaules.

Reste la mythologie, inexistante ici, qui forcément, rend le film moins "accrocheur" pour beaucoup qu'un John Wick. Et encore, le 2e Wick est fabuleux, mais le 1er et le 3e, c'est quand même pas dingo dingo hein.

Du reste, je pense qu'une bonne part de la réception négative de Sans Aucun remord vient d'une part de fans hardcore de Tom Clancy, en quête de fidélité à ses textes (chacun son vice), et de l'autre de la perception des gens qui y voient un "film Amazon" - ce qu'il n'est pas, la plateforme ayant racheté les droits d'une prod ciné fauchée par la crise sanitaire.

Zinzinzone1
05/05/2021 à 10:49

Une purge. Un navet... alors oui et de loin, de très loin, à cinq galaxies et sans remords, on peut préférer la vista d'un John Wick moqué dans ce papier. Parce que là, même un épisode de Droopy est plus palpitant que ce... produit Amazon Prime. Vous avez été payés ou quoi ?

colwyn
04/05/2021 à 13:23

Comme beaucoup ici j'attendais pas mal de ce nouveau "Clancy" en espérant retrouver l'efficacité des films des années 80/90 malheureusement on en est loin. Surtout à cause des facilités/raccourcis scénaristiques et aux énormes incohérences/impossibilités hyper nombreuses... J'ai vite décroché à cause de ça dommage car les acteurs sont presque tous bons et la réalisation est correcte.

Ecla79
04/05/2021 à 10:09

Chez EL Vous savez manier la plume. La preuve : votre critique m'a donné envie de voir le film. Non pour son scénario réchauffé mais plus pour le talent du réalisateur "le sens de l'espace de Sollima..." Et ce passage "cette confrontation silencieuse entre deux maîtres d'armes, s'observant alors qu'entre eux, une lampe torche abandonnée transforme un instant suspendu en inexorable montée d'adrénaline." me rappelant les meilleurs western d'antan. Bref je suis conquis et impatient de découvrir cette série série B notée 3,5/5.

Je lance le film. Après un début quelconque, je découvre la scène de la "lampe torche abandonnée" illuminant tour à tour les "deux maîtres d'armes". Sur papier, surtout écrit par vos soins, ça donne une impression grandiose qu'un John Woo n'aurait pas renié. Mais dans ce film, cette scène m'a juste suscité une indifférence totale tant la mise en scène est quelconque. À l'image de tout le reste, le seul mot qui me vient en tête est "quelconque". Techniquement laid, avec sa lumière en sous ex, direction d'acteur inexistante, et je n'ai décelé aucun sens de l'espace chez Sollima tant son choix de découpage est mou du genou. Ce même projet sous la houlette d'un penkinpah ou Woo n'aurait pas eu la même saveur. Décevant à tous les étages.

And1
03/05/2021 à 20:46

Je l'ai trouvé comme il doit être,
Nous voulons quoi en regardant de genre de film , des personnes oscarisées ,
Soyons honnête nous nous posons dans notre canapé et nous suivons le film point.
Concernant le film 1h45 d'action filmé très juste , Mickaël B Jordan à le rôle parfait ,ce n'est pas CREED ou blackpanther ,mais c'est mieux que les 4 fantastiques
Donc quand vous regardez des films d'action pensez bien que c'est un FILM d'action et pour les fans de TOM CLANCY ( dont je fais parti ) pensez aussi que votre imagination sera toujours mieux que les films
Cordialement

Garamante
02/05/2021 à 19:29

Pas bon le film. Je suis plutôt en phase ave Rotten Tomatoes avec ses 45% d'avis favorables et les 5.8 d'IMDB. Des notes vraiment mauvaises pour un film de ce gabarit. Contrairement à vous et a je trouve que les scènes d'actions

beyond
02/05/2021 à 18:22

Michael B. Jordan ne cesse de régresser dans son jeu d'acteur depuis Fruitvale Station qui l'avait révélé. La faute à des choix motivés uniquement par l'aspect financier. MBJ cachetonne et ironiquement le titre du film pourrait évoquer ce qu'est devenu sa carrière.
Ps Spoil : La scène où il découvre sa femme enceinte assassinée. Sérieusement, j'ai pleuré plus que ça la fois où j'ai perdu 5 euros.

Blason
02/05/2021 à 15:31

C'est vrai j'ai trouvé american assassin, au pitch identique bien meilleur que ce sans remords, et je ne pas eu l'impression de voir le temps passé, contrairement à ce film.

Matrix R
02/05/2021 à 13:50

La bande annonce dit tout. Le film n'est ni une révolution scénaristique, ni visuelle encore moins artistique

Flash
02/05/2021 à 11:39

Un scénario qui tient sur un ticket de métro, une intrigue assez facile, mais globalement le film est agréable à suivre.
Quand à Michael B. Jordan quel monstre de charisme, il est parfait dans ce type de rôle.

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