Framing Britney Spears : que vaut le documentaire événement sur Amazon ?

Déborah Lechner | 6 avril 2021
Déborah Lechner | 6 avril 2021

Tout le monde ou presque connaît Britney Spears et peut-être autant pour ses mauvaises passes relayées par la presse people que ses performances artistiques. Framing Britney Spears, produit par le New York Times et réalisé par Samantha Stark, a donc pour but de réhabiliter l'image écornée de l'artiste et de rétablir une certaine vérité concernant son lynchage médiatique dans les années 2000. Après avoir fait beaucoup de bruit aux États-Unis, ce nouveau documentaire arrivé en France sur Amazon Prime Video vaut-il son énorme buzz ? 

Don't you know that you're toxic ?

Contrairement aux précédents reportages et documentaires qui se sont davantage attardés sur la carrière de Britney Spears, Framing Britney Spears se veut beaucoup plus intimiste et engagé. À travers sa mise en scène simpliste et son récit chronologique, le documentaire met ainsi en lumière la maltraitance médiatique dont la jeune chanteuse a été victime dès ses débuts sur scène et remet en cause son placement sous tutelle en 2008, qui a donné à son père et ses avocats un plein contrôle sur sa vie privée et professionnelle, en plus d'une mainmise sur ses finances. Il retrace donc dans les grandes lignes son ascension jusqu'à sa chute, jetant un nouveau regard, bien plus empathique envers elle et critique envers ses détracteurs, sur les événements qui ont fait les choux gras de la presse people dans les années 2000. 

Cette recontextualisation bienvenue s'articule principalement autour de la misogynie et du sexisme de la sphère médiatique, notamment le slut-shaming (le fait de culpabiliser les femmes sur leur sexualité), avec des interviews tristement célèbres qui ont aujourd'hui valeur d'électrochocs. Ce nouveau documentaire consacré à l'artiste a donc une approche féministe novatrice, alors qu'il se contente de resservir les mêmes images d'archives, vues et revues des dizaines de fois, lui donnant donc un intérêt certain de ce point de vue. 

 

photo, Britney SpearsLe complexe de la Madone et la Putain

 

En plus du comportement irrespectueux et intrusif des médias, qui se sont permis de commenter, juger et questionner sa sexualité, son corps et même sa maternité, le film se penche également sur l'omniprésence des paparazzi dans son quotidien, ainsi que l'image fabriquée qu'ils renvoyaient d'elle à travers des clichés volés peu flatteurs. Les justifications branlantes et le déni du photographe Daniel Ramos sont sûrement le meilleur aveu de cet acharnement qu'on qualifie enfin de harcèlement, même si c'est bien la seule fois où le manque de confrontation joue en faveur du documentaire.

Si le propos charge clairement les médias et qu'il est difficile d'être dans la confrontation pure et dure quand les principaux intéressés ne veulent pas participer au projet, il est quand même dommage que le voyeurisme et l'insensibilité du public ne soient pas un objet d'analyse à part entière et soient à peine abordés. Le documentaire réalisé par Samantha Stark préfère esquiver cette problématique en mettant en avant des fans compatissants et aimants pour faire peser cette responsabilité collective sur quelques personnes, notamment son père, Jamie Spears, en pleine bataille juridique contre sa fille.

 

photo"All eyes on me in the center of the ring just like a circus"

 

You want a piece of me

Même s'il est fait avec bienveillance et veut dénoncer une injustice liberticide, le sujet du documentaire est forcément racoleur et prend inévitablement une dimension people en s’immisçant toujours plus dans sa vie privée, à nouveau disséquée à coups d’images d’archives. Il est cependant clair que l'oeuvre a une valeur instructive, ne serait-ce que pour sa mise sous tutelle et ses enjeux juridiques, le cas de Britney Spears étant a priori unique en son genre, ce qui soulève plusieurs questions sur les libertés et droits individuels aux États-Unis. 

Le film se repose cependant trop sur la parole de ses intervenants, sans trop la remettre en question, surtout quand il s'agit du mouvement #FreeBritney, qui est à l'origine du documentaire. Vouloir libérer la parole d’une personne en la prenant à sa place est un exercice contradictoire, qui peut néanmoins être fertile à partir du moment où il n’occulte pas ce paradoxe, en tire des conclusions ou dégage des pistes de réflexion. Mais le documentaire appuie peu le fait que les réseaux sociaux, bien qu'ils permettent à Britney de se réapproprier son image, puissent aussi être une nouvelle source d’emballement médiatique néfaste pour elle. 

 

photoLibération ou intrusion ? 

 

Le fait que deux intervenantes s’enthousiasment d’avoir scruté et interprété le contenu Instagram de l’artiste au point d'en faire un podcast intitulé Britney's Grams, sans que les journalistes le considèrent comme une nouvelle forme de traque et d'oppression est une perte de recul et d'analyse regrettable. À la place, le documentaire se contente de souligner le fait que les médias l'ont descendu en flèche pour la soutenir massivement quelques années plus tard, sans jamais s'interroger sur l'attention massive et même les théories dont elle fait à nouveau l'objet, toujours contre son gré. 

Quelques semaines après la diffusion de Framing Britney Spears sur Hulu aux États-Unis, la star s'est exprimée sur Instagram, avouant avoir été embarrassée d'être à nouveau sous la lumière des projecteurs : “J’ai pleuré pendant deux semaines, j'en pleure encore parfois [...] J’ai toujours été jugée, insultée et embarrassée par les médias. Je le suis toujours d'ailleurs". S'il a des allures de feuilleton judiciaire et people qui fascine un large public adepte de sensationnalisme, le documentaire a tout de même l'honnêteté de conclure sur le fait que Britney Spears reste une personne insondable pour ceux qui observent sa vie à la loupe et qu'elle est la seule qui pourra légitimement raconter son histoire.

Framing Britney Spears est disponible sur Amazon Prime Video depuis le 5 avril 2021 en France

 

affiche

Résumé

Framing Britney Spears recontextualise efficacement la descente aux enfers de Britney Spears, dénonçant le sexisme et l'acharnement des médias dont elle a été victime. Le documentaire, qui vire au feuilleton people, prend cependant trop peu de recul sur sa propre démarche et ceux des défenseurs de la chanteuse, refusant la confrontation pour gagner en profondeur.  

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Lecteurs

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commentaires
Nez de Britney
08/04/2021 à 15:42

Leave Britney alone :'(

Tom’s
07/04/2021 à 09:07

Pas fan du tout de la chanteuse à part le morceau “ Piece of Me” sur l’instru de Timbaland c’était bien vu à l’époque, bon de ce qu’ôn sait aujourd’hui le père n’est pas le meilleur conseil qu’elle puissent avoir. On entend pas sa mère depuis ... c’est comme les Culkin’s dont la fortune généré par son fils est dilapidé jusqu’à ce qu’il reprennent la main. Elle devrait prendre un avocat et demander sa révocation simple. La pression généré et l’attention permanente ferait Peter un plomb à n’importe qui # Free Britney . Lollll

Benasi
07/04/2021 à 08:42

J'ai trouvé les "fans" de Britney Spears insupportables dès les premières minutes.

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