Synchronic : critique toxicosmique

Antoine Desrues | 9 mars 2021 - MAJ : 09/03/2021 19:39
Antoine Desrues | 9 mars 2021 - MAJ : 09/03/2021 19:39

Depuis le succès amplement mérité de The Endless (mais aussi de Resolution et Spring), les réalisateurs Aaron Moorhead et Justin Benson s'imposent comme une nouvelle valeur sûre du cinéma fantastique indépendant. Avec peu de moyens, mais beaucoup d’envies, le duo sait façonner un regard passionnant et savant sur le genre, en partie inspiré par l’horreur cosmique lovecraftienne (pourtant si dure à retranscrire à l’écran). Alors forcément, quand ils s’offrent Anthony Mackie et Jamie Dornan pour Synchronic, leur nouveau délire à base de drogues et de voyages dans le temps, on ne peut que foncer tête baissée.

Love The Craft

Du blockbuster au micro-budget fauché, le plan-séquence devient de plus en plus une performance forcée, effet m’as-tu-vu et souvent raté qui finit par totalement se déconnecter du reste de l’œuvre. À vrai dire, la réussite (ou l’échec) de ce tour de force est régulièrement révélatrice de la qualité globale d’un film, comme c’est le cas pour Synchronic.

Conscients de leurs limites budgétaires sans jamais qu’elles ne se perçoivent à l’écran, Aaron Moorhead et Justin Benson ont la bonne idée d’utiliser leur one-shot comme note d’intention, mais surtout comme introduction à l’efficacité redoutable. Si la caméra commence par suivre Steve (Anthony Mackie) et Dennis (Jamie Dornan), deux ambulanciers de La Nouvelle-Orléans, la peinture de leur amitié laisse très vite place à leur dynamique professionnelle, alors que l'objectif navigue entre les corps de junkies qu’ils essaient de sauver dans une maison décrépie.

 

photo, Jamie Dornan, Anthony MackieCinquante nuances de Faucon

 

Maline et virtuose sans souffrir de la frime habituelle du plan-séquence, cette entrée en matière a pour elle l’épure et le souci économe de cinéastes exigeants, scannant les divers détails de leur étrange scène de crime. Mais plus encore, Moorhead et Benson déploient une rythmique anxiogène, autant dans leurs dialogues que dans leur suite d’actions chaotiques. L'air de rien, ils pointent déjà du doigt certaines thématiques de leur long-métrage, à l'instar d’un racisme larvé lorsque Steve est temporairement pris pour un criminel par les forces de l’ordre.

Autrement dit, Synchronic démarre sous les meilleurs auspices, et prouve une nouvelle fois le savoir-faire de deux petits génies biberonnés à la série B et au “do it yourself”. Avec intelligence, le film pose simplement son duo de protagonistes, aux vies forcément opposées (l’un est marié et père, l’autre est un loup solitaire atteint d'un cancer). Néanmoins, la réalisation désaturée des réalisateurs les relie dans un mal-être existentiel, dans une peur du néant qui les ronge de l’intérieur.

 

photo, Jamie Dornan, Anthony MackieLa joie de vivre

 

Toujours passionnés par les écrits de Lovecraft et son rapport à l’indifférence du cosmos, Moorhead et Benson ont l’idée inspirée de ne plus la tacler de front, mais au travers d’un drame intime et social vrillant progressivement vers le fantastique, lorsque leurs héros découvrent une drogue synthétique aux étranges propriétés...

Pour autant, les cinéastes ne se contentent pas de simples gros plans sur des visages concernés par leur tristesse, mais jouent au contraire avec brio sur de géniales transitions, des raccords francs ou même des jeux de miroirs pour dépeindre des êtres à la dérive, perdus et explosés dans un espace-temps oppressant. Un parti-pris ludique qui permet au film de prendre corps lorsque son élément surnaturel (à base de voyages temporels donc, mais on n’en dira pas plus) éclot.

 

photoCeci n'est pas inclus dans le Blu-Ray

 

Un petit budget implique de grandes responsabilités

S'il perd un peu l'effet de surprise de The Endless, Synchronic parvient néanmoins à approfondir certaines réflexions de ses auteurs. Comme son prédécesseur, il en vient par son concept à théoriser le pouvoir du montage, et la connexion entre des dimensions a priori immiscibles. Mais ici, Moorhead et Benson ont l’occasion de pousser les potards encore plus loin, grâce à des effets spéciaux numériques étonnamment habiles pour ce type de budgets. Sans tomber dans le grand guignol, le duo manipule quelques belles images surréalistes, mais surtout des superpositions de mondes assez fascinantes.

Ce n’est cependant pas tant cette idée qui assoit la réussite de Synchronic que le choix malin de son contexte. En imposant le paysage d’une Nouvelle-Orléans ravagée par la pauvreté (et mise en contraste par un horizon bardé de buildings modernes), le film retrace fatalement les origines de l’Amérique comme réceptacle perpétuel de la violence et de la peur de l’autre.

 

photo, Anthony MackieÇa change des voyages dans le temps d'Avengers : Endgame...

 

Malheureusement, Synchronic finit par flancher sous le poids de toutes ces idées, alors que le déroulé limpide du récit se voit déséquilibré par un deuxième acte contraint d’explorer les règles de son concept. L’ossature de la narration s’en retrouve fragilisée, au point de frustrer lors d’un climax précipité, où l’émotion aurait pourtant dû tout emporter sur son passage. Cette note finale est d’autant plus décevante au vu de la tenue globale d’un projet casse-gueule, dont le postulat aurait pu franchement vriller vers la série Z en un claquement de doigts.

En réalité, la générosité évidente d’Aaron Moorhead et de Justin Benson aide sans nul doute à défendre leur nouveau bébé plus que de raison. Leur gourmandise s’accorde avec une foi salvatrice dans le premier degré, soutenue d’ailleurs par le jeu concerné de Mackie et Dornan. Les stars de Marvel et de Cinquante nuances de Grey embrassent ici avec joie des rôles assez différents de leurs succès hollywoodiens. Ils soulignent d’ailleurs le talent de cinéastes portés par un amour de la prise de risques, et par l'envie de délivrer des univers foisonnants, viscéraux, et joyeusement improbables.

Synchronic est disponible en DVD, Blu-Ray et VOD en France depuis le 3 mars 2021.

 

affiche

Résumé

Si Synchronic pêche parfois par excès de zèle, le nouveau film d’Aaron Moorhead et de Justin Benson exploite intelligemment son concept fantastique, et développe avec malice une mise en scène aussi économe que virtuose. Foncez, c’est de la bonne !

Autre avis Geoffrey Crété
Aaron Moorhead et Justin Benson confirment leur appétit d'anormal, de récits ténébreux et d'images sensationnelles. Dommage que le film semble rapidement trop petit pour accueillir un univers si ambitieux, et que le troisième acte confirme cette ultime frontière.
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Lecteurs

(1.7)

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commentaires
Gregdevil
14/03/2021 à 11:11

Si le concept est sympa le tout est mal exécuté.
Je vais spoil.

Le père qui joue au golf et qui déconne avec son pote alors que sa fille a disparue... okay...
Le créateur de la drogue qui tombe sur le héros comme de par hasard et qui a miraculeusement tt détruit sauf les siennes.
Personne ne semble se rendre compte à par le heros que la drogue te fais carrément disparaître.
Le gars il tombe tjs sur un taré qui veux le flinguer. En 7 minutes chrono. Paye ton duel Luke.

Un bon gros tas de facilité scenaristique, filmé comme une série TV, à la photo bc trop clean pour le présent, car dans les scènes du passé je trouve ça assez classe.

Bref, un DTV qui se laisse voir mais qui ne marquera pas.


C'est dommage car les perso sont pas trop mal travaillé


14/03/2021 à 09:34

J’avais adoré The Endless mais celui ci est un beau navet. Enjeux dramatiques inexistants, théories medico-métaphysique bancale, personnages clichés, extrêmement mal joué/dirigé.

jonibigood
09/03/2021 à 23:41

ZZZzzzzzz...

rientintinchti
09/03/2021 à 17:19

Film qui ne m'inspirait pas. Puis j'ai vu que c'était fait par l'équipe de endless. Vais mater ça.

alulu
09/03/2021 à 16:49

Pareil dans ma liste, j'avais bien aimé Endless.

Flash
09/03/2021 à 16:11

J'adore tout ce qui traite de voyage temporel, ce film rejoint ma liste .

Fifou9000
09/03/2021 à 12:37

Avec Mackie c'est plutôt Xanaxchronic.

Madolic
09/03/2021 à 12:04

Anthony Mackie et Jamie Dornan ... Et bah, ça doit être un festival d'expression faciale ! (Sarcasme ^^)

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