The Tax Collector : critique qui va voir Ayer

Mathieu Jaborska | 15 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Mathieu Jaborska | 15 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

La théorie des auteurs ne se vérifie pas toujours. Le réalisateur David Ayer en est la preuve vivante. Après un End of Watch sous forme de pavé dans la marre, il a déçu avec Sabotage avant de se remettre la critique dans la poche avec Fury, assurément son meilleur essai. Un dernier coup d'éclat avant une descente aux enfers sous le regard dédaigneux des studios hollywoodiens. Suicide Squad et Bright ont suffi à jeter sur lui l'opprobre populaire. En attendant un improbable director's cut de Suicide Squad, son grand retour au film criminel parviendra-t-il à le sauver de l'enfer Twitterrien ? Pas sûr.

Gang de requins

D’emblée, le cinéaste semble vouloir faire bénéficier son film de son expérience dans la surenchère hollywoodienne. Tenez-vous bien, dans The Tax Collector, il ne sera pas question de guerres de gangs dans les rues de Los Angeles, mais de sur-gangs, sortes d’entités super-balèzes prélevant des impôts mafieux aux malfrats locaux.

Un postulat amusant, faisant passer les enjeux meurtriers des criminels de la ville pour des minauderies et le job du personnage principal joué par Bobby Soto (et celui de son partenaire joué par Shia LaBeouf, toujours là où on ne l’attend pas) pour le dernier cran de la criminalité américaine.

 

photo, Bobby Soto, Shia LaBeoufTo live and die in L.A.

 

Tout le monde a peur du bonhomme, élevé en anti-héros ultime par Ayer. La première moitié du film se consacre quasi-intégralement à détailler à quel point le duo règne sur la ville, au point de pencher vers le risible, surtout quand les chefs de gang du coin se muent en pauvres victimes, que notre protagoniste surjoue le caïd au grand cœur et au dégradé impeccable ou que tout ceci est invalidé par un twist final aussi gnangnan qu’improbable. La violence, la famille, la famille, la violence : un doux refrain qui plane pendant 45 minutes, comme une comptine mafieuse apprise par cœur.

On est donc, comme la tradition le veut, plongés dans le monde de pourritures et de leurs règles, dans lequel Ayer tente de classer les brutes, tuant par amour (les gentils) ou par soif de pouvoir (les méchants). À grands coups de dialogues grossiers déclamés dans une voiture noire, le scénariste tente désespérément d’amener un peu de subtilité dans une machine incapable de nuancer quoi que ce soit dès lors qu’elle s’évertue à mettre en scène une super-criminalité bien loin de l’univers développé par John Wick. Pas très cohérent, son univers de prédateurs alpha se décrédibilise de plus en plus au fur et à mesure de sa caractérisation.

 

photo, Bobby Soto"Être ou ne pas être méchant... telle est la question..."

 

Grande bouche, petits bras

D’ailleurs, la prétendue complexité de notre héros s’évapore carrément à mi-parcours pour laisser place à un manichéisme délirant. D'un côté, un bad guy sacrifiant poulets et humains (d’habitude il faut choisir) avant de se bastonner. De l'autre, un beau-gosse avec le mot « Familia » tatoué sur ses pectoraux musculeux. Habile. Et quand tout ce beau monde se met à recharger ses flingues, recruter des personnages secondaires sacrifiables et marcher au ralenti sur du hip-hop énervé, on se dit que le roulement de mécanique perpétuel qu’on a subi jusque là va au moins déboucher sur un affrontement super bourrin.

Que nenni. Incapable de se conformer aux codes de la série B crade dans lesquels il aurait mieux fait de se vautrer dès le début, Ayer empêtre ses scènes d’action dans des archétypes gênants, flashbacks émotionnels étincelants et préparations au paiement improbables compris. Et même si quelques séquences ont pour elles leur violence décomplexée, tout fait quand même un sacré plouf.

 

photoInvasion Los Angeles

 

Et dire que Shia LaBeouf, dans une de ses crises artistiques existentielles post-modernes, s’est mis en tête de se tatouer l’intégralité du torse pour le film… Un sacré investissement pour un second rôle pas inspiré et un simple « tout ça pour ça » final.

Le metteur en scène n’a rien fait d’autre que de bourrer de testostérone le corps de son œuvre pour finalement ne jamais exploiter son potentiel fun. Difficile de faire plus décevant qu’un film qui menace tout le monde avant de se ratatiner dans son maigre climax. Où rien, de la baston mal découpée aux enjeux émotionnels ronflants, n’implique le spectateur. Finalement, les personnages auront échangé plus de « fuck » que de balles. Ce n’est jamais bon signe.

 

Affiche

Résumé

Aussi bêtement ambitieux que désespérement simpliste, ce Tax Collector est finalement un objet bien inoffensif.

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Lecteurs

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commentaires
max 2
17/11/2020 à 06:34

Merci pour cette critique qui m'a fait rire aux éclats, ça fait du bien.

Soso63
16/11/2020 à 03:14

Pas d'accord avec toi du tout !! J'ai trouvé ce film vraiment excellent !!!

Ayronnorya
15/11/2020 à 20:43

Bon moment pour moi devant ce film, même si bourré d'incohérences, et de grosses ficelles.

Numberz
15/11/2020 à 15:33

Un film avec les enfants de Thomas Soto et Frank leboeuf, faut pas s'étonner quoi...

Alex styles 77
15/11/2020 à 15:08

Perso j'ai apprécié, un film qui sent bon les années 80, 90. Entre désigné pour mourir et training day. Un actionner bien burné à l'ancienne, en somme.

Tuk
15/11/2020 à 14:06

Perso, j'ai beaucoup aimé ce film, des défaults certe, mais ca va !
Apres, généralement je n'aime pas trop quand l'on n'aime pas un film pour cause de manicheisme. Un concept pour moi, beaucoup trop vieux et abstrait qui ne tiens souvent pas la route dés qu'on creuse un peu. Trop simple et paradoxale. Exemple Un homme tue 20 méchant, c'est donc un tueur trés gentil.
Je m'explique peut-etre mal, maiq j'ai passé un bon moment devant ce film....

Sans chaise
15/11/2020 à 12:54

La vérité est Ayer

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