Ultras : critique garantie sans football

Marion Barlet | 26 mars 2020
Marion Barlet | 26 mars 2020

Ultras romance le vécu des supporters de foot napolitains et parle de la fureur collective plus que de l'amour du ballon. Le film réalisé par Francesco Lettieri et produit par Netflix est diponible sur la plateforme depuis le 20 mars.

UN FILM SUR LA FOI MAIS PAS SUR LE FOOT

Les passionnés de football risque de l'avoir en travers de la gorge s'ils espéraient voir quelques scènes de passes, dribles ou buts. Toute la réalisation se concentre sur l'effervescence d'avant-match pour préparer les fumigènes, la casse et surtout, les banderoles. Soutien narratif de l'intrigue, ces dernières sont au coeur du système : on réfléchit les slogans, on médite les coloris, on s'active à l'atelier peinture et attention à celui qui déborde ! Point pivot du sentimentalisme bourrin, la banderole est aussi précieuse que la Vierge Marie, saluée au passage.

Son importance révèle les tensions symboliques et collectives à l'oeuvre : croire au football, ce n'est pas aimer le football. Ultras est une histoire d'identité et de territoire qui déborde largement la question sportive. Comme on mourrait au XIXe siècle pour unir la patrie italienne, on meurt dans ce film pour prouver que Naples est plus vaillante que Rome, auxquels les Azzuri veulent faire la peau. "Brûlons la Capitale" revient en credo funeste et le spectateur assiste impuissant à l'enterrement final, alors que c'est un enterrement qui avait ouvert les festivités. La boucle est bouclée, il cerchio si è chiuso.

 

photoLes supporters de Naples en plein hommage

 

LA RÉVOLTE ENTRE DEUX ÂGES

Le film prend pour appui à sa fiction deux personnages principaux, qu'il construit en écho l'un à l'autre. Le premier est Sandro, interprété par Aniello Arena, un Apache, c'est-à-dire un vieux de la vieille en ce qui concerne le sbeul. Interdit de stade pendant le championnat, il est une figure charismatique et tutélaire pour les jeunes, qui admirent les frasques qu'il a commises en son temps. A cinquante ans, il a gagné en modération et tente de sauver son protégé, un garçon déboussolé par la mort de son frère, poignardé pour avoir défendu l'équipe de Napoli.

 

photoL'acteur Ciro Nacca (dans le Range Fellon)

 

Angelo (Ciro Nacca) mène une vie de jeune napolitain : les pétards, les filles, les potes surtout. Bien que vert dans la bataille, il décide de rallier la cause dissidente aux Anciens et rejoint le groupe virulent des têtes-brûlées. Symbole de son passage radical, il coupe ses cheveux d'anges, s'achète un regard plein de noirceur et se promet à un avenir aussi mortel que celui de son mentor. Cet aspect fait la force de ce film : ça finit mal et ça promet de ne jamais s'arrêter.

Le reste est tout à fait désolant. Les vieux pensent et agissent comme des vieux et les jeunes ne pensent pas et agissent sans réfléchir. La passation ou prise de pouvoir d'un parti de supporters est pavée de coups de téléphones. Rien ne surprend dans les luttes internes, où chaque protagoniste est poussé au maximum de son cliché.

 

photo, Aniello ArenaAniello Arena, acteur principal

 

LES POTES AVANT LES P***

Le brave Sandro doit non seulement gérer le jeune Angelo et son vieux pote loubard, mais il doit en plus gérer sa vie amoureuse. Italien dans toute caricature, il drague et bafoue son élégance quand il n'est pas le mâle dominant. L'intrigue amoureuse dirige l'histoire dans un moule ennuyeux parce qu'il coche les cases au lieu de les fracasser, comme il se devrait d'un Ultra.

À jouer la normativité, le scénario en oubli l'essence du sujet. Scènes après scènes, on contemple le déroulé standard d'un film où l'imagination est piétinée par le calibrage. Le résultat de ces amours éparses empêche le spectateur de plonger dans l'anarchie et la violence propres aux héros, dont on ne peut comprendre la perdition que sous l'angle de la stupidité. On ne ressent rien de la ferveur intime des Ultras, sinon un attachement bécasse au devenir mouton, monochrome et arriéré d'individus perdus dans le groupe.

 

photoQui sera la pire tête-brûlée ?

 

Même la dimension collective n'est soutenue par rien de brûlant et le seul sentiment qui explique leur rage destructrice est la fierté mal placée. C'est insuffisant pour s'engouffrer dans les âmes extrêmes, dont on aurait aimé saisir l'origine et la passion. La morale fascinante de ces loustiques sans avenir a tourné au vinaigre ; à force d'être laissés en dehors du film, le constat qu'on tire est désagréable, surtout pour nous : il ne s'agit qu'une bande d'abrutis.

Ultras est disponible sur Netflix depuis le 20 mars 2020

 

Affiche officielle

Résumé

Film calibré pour la standardisation, Ultras passe à côté de son sujet et laisse en dehors un spectateur qui ne peut qu'admettre la débilité collective, sans jamais comprendre la passion de la violence.

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