Films

De Gaulle : critique qui parle, Charles

Par Simon Riaux
10 novembre 2020
MAJ : 9 mai 2022
17 commentaires

Figure tutélaire du XXe siècle français, héros national, De Gaulle est une figure mythique étonnamment absente du cinéma hexagonal, qui a toujours préféré esquiver sa représentation. Et à voir comme le De Gaulle de Gabriel Le Bomin porté par Lambert Wilson s’y fracasse les dents, on se demanderait presque si le personnage n’est pas trop grand pour une industrie trop frileuse.

photo, Lambert Wilson

LIFE GAULLE

Le réalisateur Gabriel Le Bomin s’était fait connaître pour ses beaux Fragments d’Antonin, après lesquels il s’était tourné vers une carrière de documentariste consacrée à la politique et ses acteurs, mais interrompue le temps de filmer Nos patriotes, long-métrage consacré à la résistance française sous l’occupation. Il effectue aujourd’hui un pas de côté en se focalisant non plus sur les oubliés de l’Histoire, mais bien sur celui qui en sera devenu un des emblèmes, à savoir le général De Gaulle.

Hélas, dès ses premiers instants, le film accumule entraves et faiblesses. Sa facture se voudrait luxueuse, elle paraît immédiatement empesée, comme si la parenthèse télévisuelle du metteur en scène l’avait soudain converti à la grammaire confite des téléfilms prestiges qui plombent les grilles d’été. Alors que le récit fait le choix, pas inintéressant, de se resserrer sur les conséquences de la drôle de guerre et l’entrée en résistance de son protagoniste, la gangue mollassonne où il s’ébat lui interdit de traduire une quelconque tension ou l’urgence du moment.

Il faut dire que le film oscille entre truculence involontaire, fadeur cadavérique, et rigueur digne d’un musée de cire. Visant pour point d’orgue l’appel radiophonique de juin 40, le récit ne peut esquiver le parallèle avec Les Heures sombres de Joe Wright, qui suit des thématiques et une construction similaire. Et le fossé qui sépare les deux œuvres est abyssal tant l’une transcendait l’académisme de son sujet pour devenir un pur objet scénographique, quand celui qui nous intéresse évoque un empaillement raté.

 

photoLambert will sonne

 

CHRISTOPHE LAMBERT WILSON

Mais ce qui permet à De Gaulle de s’élever au-delà des rivages du médiocre, pour naviguer parmi les hauts-fonds du nanar, c’est l’écriture de ses personnages, et leur interprétation. On sent bien que Lambert Wilson lance toutes ses forces dans la bataille, mais ce maquillage qui fait de lui un crapoteux cosplay du Ratigan de Basil, détective privé ruine tous ses efforts. Engoncé dans un scénario trop mécanique et démonstratif, il erre dans le cadre avec la grâce d’un orang-outang s’échinant à placer une fatalité à Mortal Kombat.

Ridicule dès qu’il apparaît, son général est aussi une aberration historique, qui s’efforce d’aplanir le personnage à l’extrême. Quasiment rien ici de son parcours politique compliqué et passionnant (l’homme ne fut pas toujours un républicain et encore moins un démocrate), aucune place à l’ambiguïté, le scénario ménageant un héroïsme de pacotille et une romance totalement anachronique dans son écriture aussi palpitante qu’un plat de flageolets trop cuits. Enfin, jamais le métrage ne prend en compte les paradoxes qui fondent le personnage et lui confèrent une tessiture propre. Mélange d’envolées et d’ascèse, de lyrisme et d’humilité, De Gaulle paraissait toujours échapper aux définitions, comme aux caricatures. À courir après une ombre grandiose, De Gaulle se vautre dans le noir.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Faiblard sur la forme, De Gaulle devient franchement embarrassant quand il traite de Gaulle à la manière d'une poupée de chiffon désincarnée. Entre poussière et ridicule, le biopic perd son combat.

Tout savoir sur De Gaulle
Suivez-nous sur google news
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
Trier par:
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
icon arrow down
Pictogramme commentaire 17 commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Flo

On comprend que le film ait pu décevoir à l’époque sur le grand écran tant il semblait être une promesse assez « épique » pour le cinéma français… ce qui n’est pas du tout le cas : on n’y apprend rien de nouveau sur le parcours célèbre de l’homme, les acteurs lancent leurs répliques sur une reconstitution d’époque polissée selon des standards télévisuels (auxquels on ne peut qu’associer la figure de De Gaulle) propre à n’attirer qu’un public tout sauf jeune…
Et il n’y a aucun combat de la Guerre de 40 là dedans, relégués simplement à du hors-champ. Pas très grandiose effectivement.
Car justement, le portrait du Général s’y fait finalement hyper intime, plus en tant que mari et père de famille plutôt qu’en insoumise forte tête (complètement connue de tous, de toute façon).

Surtout, en se concentrant plusieurs fois sur sa femme et sa fille trisomique (laquelle fait indirectement avancer l’intrigue à divers moments), s’y dégage un prisme assez inédit d’un homme amoureux Et se battant ainsi très inconsciemment pour la défense des plus faibles et des personnes stigmatisées et inaudibles. Lesquelles sont abandonnées et déconsidérées par des bureaucrates et politiques plus occupés par des questions de rentabilités et de fiertés mal placées. On l’a bien compris, la lâche suffisance des uns, justifiée par leur propres préjugés, mène à la défaite aussi bien le pays que son humanité dans la protection de ceux qui n’ont pas assez les moyens de se défendre.

Combat qui hélas, sur ce dernier point, n’aura pas changé des décennies plus tard : des guerres meurtrières existent encore aux noms d’idéologies fumeuses et soifs de pouvoir… Mais les batailles pour aider des personnes aux handicaps lourds devraient être une des priorités, car elles sont trop souvent vouées à l’échec faute de suffisamment d’institutions spécialisées accessibles – la jeune interprète Clémence Hittin en sait quelque chose.

Partir de la figure iconique autoritaire du Général, censée représenter un Grand Idéal Français, pour bifurquer vers une question sociale plus grave digne d’un bon téléfilm… Il fallait oser.
Et tant mieux en fin de compte, ça semble bien plus important que toutes ces sacralisations gaullistes, à tort et à travers.

Wahed

Excellent !
« Il erre dans le cadre avec la grâce d’un orang-outang s’échinant à placer une fatalité à Mortal Kombat » : rien que pour cette description définitive du jeu et de la carrière de Lambert Wilson, il fallait la lire.
Concernant De Gaulle, voyez « Le grand Charles »; téléfilm (certes) en deux épisodes avec Bernad Farcy (mais si !); c’est vraiment bon sur le plan historique et bien plus juste dans l’interprétation.

Orwell

@的时候水电费水电费水电费水电费是的 afereffect33 ton allusion à Tel Aviv est délirante :à ce propos l’une des grandes erreurs de de Gaulle président a été de rompre la bonne entente avec Israël, qui aurait pu être notre meilleur allié aujourd’hui face aux nouvelles formes de totalitarisme et de fascisme qui nous menacent. Ceux qui croient aux complots sionistes me font penser aux adeptes de la théorie de la terre plate…En revanche de Gaulle a eu raison de se méfier à mort des USA : sur ce point il n’a malheureusement pas été suivi.
Sinon le film est nul et même Lambert Wilson, que j’aime bien, offre une prestation assez médiocre.

Bakounine

Un cinéma hexagonal contemporain ultra-subventionné et de plus en plus médiocre (sauf quand le grand Polanski est aux commandes) ne pouvait correspondre à un personnage aussi gigantesque que de Gaulle. A peu près tous les avos sont unanimes : le film est quasiment uje daube.

Starfox

N’est pas Oliver Stone qui veut…