De Gaulle : critique qui parle, Charles

Simon Riaux | 5 mars 2020
Simon Riaux | 5 mars 2020

Figure tutélaire du XXe siècle français, héros national, De Gaulle est une figure mythique étonnamment absente du cinéma hexagonal, qui a toujours préféré esquiver sa représentation. Et à voir comme le De Gaulle de Gabriel Le Bomin porté par Lambert Wilson s’y fracasse les dents, on se demanderait presque si le personnage n’est pas trop grand pour une industrie trop frileuse.

LIFE GAULLE

Le réalisateur Gabriel Le Bomin s’était fait connaître pour ses beaux Fragments d'Antonin, après lesquels il s’était tourné vers une carrière de documentariste consacrée à la politique et ses acteurs, mais interrompue le temps de filmer Nos patriotes, long-métrage consacré à la résistance française sous l’occupation. Il effectue aujourd’hui un pas de côté en se focalisant non plus sur les oubliés de l’Histoire, mais bien sur celui qui en sera devenu un des emblèmes, à savoir le général De Gaulle.

Hélas, dès ses premiers instants, le film accumule entraves et faiblesses. Sa facture se voudrait luxueuse, elle paraît immédiatement empesée, comme si la parenthèse télévisuelle du metteur en scène l’avait soudain converti à la grammaire confite des téléfilms prestiges qui plombent les grilles d’été. Alors que le récit fait le choix, pas inintéressant, de se resserrer sur les conséquences de la drôle de guerre et l’entrée en résistance de son protagoniste, la gangue mollassonne où il s’ébat lui interdit de traduire une quelconque tension ou l’urgence du moment.

Il faut dire que le film oscille entre truculence involontaire, fadeur cadavérique, et rigueur digne d’un musée de cire. Visant pour point d’orgue l’appel radiophonique de juin 40, le récit ne peut esquiver le parallèle avec Les Heures sombres de Joe Wright, qui suit des thématiques et une construction similaire. Et le fossé qui sépare les deux œuvres est abyssal tant l’une transcendait l’académisme de son sujet pour devenir un pur objet scénographique, quand celui qui nous intéresse évoque un empaillement raté.

 

photoLambert will sonne

 

CHRISTOPHE LAMBERT WILSON

Mais ce qui permet à De Gaulle de s’élever au-delà des rivages du médiocre, pour naviguer parmi les hauts-fonds du nanar, c’est l’écriture de ses personnages, et leur interprétation. On sent bien que Lambert Wilson lance toutes ses forces dans la bataille, mais ce maquillage qui fait de lui un crapoteux cosplay du Ratigan de Basil, détective privé ruine tous ses efforts. Engoncé dans un scénario trop mécanique et démonstratif, il erre dans le cadre avec la grâce d’un orang-outang s’échinant à placer une fatalité à Mortal Kombat.

Ridicule dès qu’il apparaît, son général est aussi une aberration historique, qui s’efforce d’aplanir le personnage à l’extrême. Quasiment rien ici de son parcours politique compliqué et passionnant (l’homme ne fut pas toujours un républicain et encore moins un démocrate), aucune place à l’ambiguïté, le scénario ménageant un héroïsme de pacotille et une romance totalement anachronique dans son écriture aussi palpitante qu’un plat de flageolets trop cuits. Enfin, jamais le métrage ne prend en compte les paradoxes qui fondent le personnage et lui confèrent une tessiture propre. Mélange d’envolées et d’ascèse, de lyrisme et d’humilité, De Gaulle paraissait toujours échapper aux définitions, comme aux caricatures. À courir après une ombre grandiose, De Gaulle se vautre dans le noir.

 

Affiche

Résumé

Faiblard sur la forme, De Gaulle devient franchement embarrassant quand il traite de Gaulle à la manière d'une poupée de chiffon désincarnée. Entre poussière et ridicule, le biopic perd son combat.

Lecteurs

(3.2)

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commentaires

Wahed
06/06/2020 à 12:27

Excellent !
"Il erre dans le cadre avec la grâce d’un orang-outang s’échinant à placer une fatalité à Mortal Kombat" : rien que pour cette description définitive du jeu et de la carrière de Lambert Wilson, il fallait la lire.
Concernant De Gaulle, voyez "Le grand Charles"; téléfilm (certes) en deux épisodes avec Bernad Farcy (mais si !); c'est vraiment bon sur le plan historique et bien plus juste dans l'interprétation.

Orwell
08/03/2020 à 22:24

@ afereffect33 ton allusion à Tel Aviv est délirante :à ce propos l'une des grandes erreurs de de Gaulle président a été de rompre la bonne entente avec Israël, qui aurait pu être notre meilleur allié aujourd'hui face aux nouvelles formes de totalitarisme et de fascisme qui nous menacent. Ceux qui croient aux complots sionistes me font penser aux adeptes de la théorie de la terre plate...En revanche de Gaulle a eu raison de se méfier à mort des USA : sur ce point il n'a malheureusement pas été suivi.
Sinon le film est nul et même Lambert Wilson, que j'aime bien, offre une prestation assez médiocre.

Bakounine
08/03/2020 à 12:35

Un cinéma hexagonal contemporain ultra-subventionné et de plus en plus médiocre (sauf quand le grand Polanski est aux commandes) ne pouvait correspondre à un personnage aussi gigantesque que de Gaulle. A peu près tous les avos sont unanimes : le film est quasiment uje daube.

Starfox
06/03/2020 à 09:36

N'est pas Oliver Stone qui veut...

Flash
06/03/2020 à 07:30

@afer effec 33, je crois que tu t'es trompé de site, pour ce genre de commentaires va plutôt sur Facebook ou you tube, tu trouveras un public.

Freddy50
05/03/2020 à 21:46

Le réalisateur n'a vraiment pas compris qui était vraiment de Gaulle ! Il n'a pas compris l'ampleur du personnage, avec ses répliques acerbes et sa gouaille inébranlable, ainsi que son sens de l'humour légendaire.

Pascal
05/03/2020 à 21:44

C sûrement un très bon film à voir sur le général de Gaulle et d autre. l'histoire hâte de le regardé un très grand général respect

Afer Effect 33
05/03/2020 à 18:12

le Mythe de Gaulle , la France victorieuse, la Resistance, les horribles Pétaino, Coll abo lol,(90% de socialo Coco)
ba en fait non, la France est défaite et il y a l'Entente Gaullo-Communiste apres 45,,
le systeme Macron est est est l'ultime conséquence, avant le Crash final, la France et l'Europe juste une annexe des USA,
avec des gouvernements europeens dont français qui sont des gouvernments d'occ-upation lol, qui ne semblent pas bosser ni pour l'interet de la France, ni des Etats europeens, on se demande bien pour qui bossent nos gouvernants ( un indice: direction la City, Wall Street et Tel Haviv)

Kouak
05/03/2020 à 12:35

Bonjour,
De Gaulle...
Ok, ok...
Un moment j'me suis dit ; " Tient ! Déjà un biopic sur Griveaux ?"
Bref...

Amnnorian
05/03/2020 à 12:09

@sniper
Concrètement, considérant que la CNC à dut aider dans le financement du film, qu'elle est subventionné par les chaines de télés dont France Television, elle même subventionné par une taxe de nos impôts, on peut considérer, que si, c'est financé en partie par nos impôts.....

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