L'Appel de la forêt : critique montagnarde

Simon Riaux | 19 février 2020 - MAJ : 19/02/2020 15:46
Simon Riaux | 19 février 2020 - MAJ : 19/02/2020 15:46

Comptant parmi les grands classiques de Jack London, L'Appel de la forêt a été maintes fois adapté. La version de Chris Sanders avec Harrison Ford qui nous parvient sous l’égide de Disney (quoiqu’initiée par la Fox avant son rachat) entend doper ce récit matriciel à coup de technologie numérique et de casting hollywoodien.

L'INCROYABLE FOIRAGE

Récit d’aventures classique, pour ne pas dire à l’ancienne, L'Appel de la forêt est-il un projet que l’industrie du divertissement peut saisir à bras le corps, quand les tendances actuelles favorisent la production de giga-blockbusters mettant en scènes moult super-héros et destructions planétaires ? En découvrant la narration bizarroïde du film, on est en droit de se poser la question. En effet, le film de Chris Sanders ne sait pas sur quelle patte danser. Si son récit est vu à travers les yeux du chien Buck, c’est la voix off d’Harrison Ford, comme hors sujet, qui vient scander cette épopée.

Comme si personne n’assumait vraiment de laisser les rênes au véritable personnage principal, le récit a beaucoup de mal à trouver un point d’équilibre entre ses protagonistes humains et animaux. Il faut dire que dès sa genèse, L'Appel de la forêt a paru incertain. Réalisateur de Lilo & Stitch ou encore de Dragons, Sanders souhaitait mettre en scène un long-métrage d’animation, et cela se sent. Mais prises de vues réelles et création numérique ne générant pas les mêmes possibilités, le film est le plus souvent le croupion entre deux canoës.

 

photo, Harrison FordHarry sonne fort

 

On alterne ainsi entre fonds verts parfois immondes, envolées proches du cartoon (et peut-être de l’intention de base de l’auteur) et dialogues empesés, avant d’avoir enfin droit à quelques très belles séquences en extérieur, quand le scénario nous emmène enfin dans les grands espaces du Yukon. De même, on se désole souvent du choix – rationnel, mais plastiquement désastreux – d’user quasi exclusivement d’animaux numériques. Une orientation teintée d’anthropomorphisme qui aboutit à nous flanquer d’un clébard cauchemardesque, évoquant une sorte de Roland Magdane à poil dru issu d’un fantasme inavouable de développeur déviant.

 

photo, Omar SyOmar Sy

 

HARRISON FORT

Mal raconté, incapable d’appréhender l’âpreté de l’œuvre de Jack London et d’une copieuse laideur durant toute sa première heure, L'Appel de la forêt surprend néanmoins lors de son dernier mouvement.

Quand intervient finalement le personnage de Thornton, vieux vadrouilleur en quête d’isolement, on se surprend à retrouver foi en Harrison Ford. Et pour peu qu’on fasse abstraction de la quantité de subterfuges scénographiques dont use le film pour maintenir le personnage en position assise, couchée, ou avachie, on se réjouit de retrouver le comédien au meilleur de sa forme.

 

photo, Harrison FordAlain Chabat et Roland Magadane préparant leur nouveau spectacle

 

À des encablures du non-jeu d’un Blade Runner 2049, ou de ses apparitions fantomatiques dans les derniers Star Wars, Ford semble prendre un grand plaisir à prêter ses traits à un homme fatigué, revenu de tout, à peu près aussi bourru que l’artiste a la réputation de l’être, qui va retrouver un peu d’humanité et de chaleur au contact d’un animal qui en a peut-être plus bavé que lui.

Quand pointe cette émotion, c'est pour mieux se marier aux rares extérieurs du film, qui viennent souligner combien le numérique est encore incapable d'émuler une vraie illusion épique. Le résultat ne sauve pas L'Appel de la forêt, mais il lui permet de rattraper in extremis le spectateur. C’est peu, mais pour qui a parcouru les arcanes de la cinéphilie avec le souvenir d’un certain aventurier bougon, retrouver cette flamme dans le regard d’Harrison Ford a quelque chose de précieux.

 

Affiche fr

Résumé

Harrison Ford et une poignée de beaux paysages permettent à cette adaptation bancale de Jack London de survivre à ses effets numériques douteux et à une écriture boîteuse.

commentaires

JB31800
23/02/2020 à 17:27

Jack London dénaturé, aucun rêve dans ce film ou le chien "Buck" n'a même pas d’attributs mâles. Un film qui fera peu être rêver les enfants mais pas au delà de 3/4 ans !!! Toute la mentalité Disney puritano-Américaine, le ridicule en somme !!!

Geoffrey Crété - Rédaction
23/02/2020 à 12:36

@Zoupi

Pas conviés à le voir en projection, pas eu le temps de le rattraper en salles car nous sommes une petite équipe et nous ne pouvons pas tout voir et traiter...
Et ce n'est pas non plus le film typique Ecran Large.

Zoupi
22/02/2020 à 19:06

SVP..pourquoi n'avez vous pas réalisé de critique pour le prince oublié , alors que ce film est pile dans les standards des films critiqués ici (globalement film populaire tout publique). Pas encore vu?

chéché
21/02/2020 à 00:33

malgré les autres commentaires j'ai trouvé le film très émouvant même si les images de synthèse ont faussé quelque peu la réalité. Je pense que ce film veut refléter surtout et seulement l'amour d'un chien pour son maitre, et comment un animal est prêt à tout donner sans partage pour celui qu'il aime, mais l'homme est calculateur, tricheur , mauvais , il ne pense qu' au profit et à sacrifier son compagnon.Les acteurs sont bons surtout Omar Sy, les paysages sont magnifiques . j'ai pris beaucoup de plaisir à regarder ce film

sylvinception
20/02/2020 à 13:10

"À des encablures du non-jeu d’un Blade Runner 2049,"

L'occasion de rappeler votre désamour pour BR 2049 était trop belle....
(vous êtes vraiment lourd, parfois.)

mollux
20/02/2020 à 12:20

c'est juste la 5 ou 6ème fois qu'il est adapté donc ...
j'ai lu le livre plusieurs fois, et je vais rester dessus, ce n'est pas une adaptation ou alors ils n'ont pas lu le livre ...

OLDSKOOL
20/02/2020 à 11:30

Moi je me désole juste qu'on s'acharne tout le temps sur les films. C'est un film pour la famille, On emmène ses gosses. Enfants qui vont s'émouvoir devant les péripéties d'un animal et de son vieux maître dans de jolis décors. Ils vont éprouver des sentiments, sucette ou pop corn à la bouche...et puis au sortir du cinéma, on en parle, on a passé un agréable moment avec des dialogues à leur portés, de grands espaces... des truchements scénaristique, implants, charnières dramatiques et autres numéro d'acteur savamment calibré. Point barre. Aucun enfant ne viendra dire : Maman, papa c'est du numérique en 3D le chien ou du Phil Tippett... On peut juste pour aller plus loin leur expliquer que Monsieur Ford est un grand acteur, leur parler du Canada, de ce qu'étais la ruée vers l'or... Etc... J'ai mal à mon cinéma d'enfant... même si d'aucun m'expliqueront que la Fox et Disney veulent ratisser large et pas que les mioches... En attendant nos mioches ont passés un agréable instant. Point barre.

Simon Riaux - Rédaction
20/02/2020 à 11:02

@lol

Ce sont deux films fabriqués à des époques très différentes et très différents justement.
Et n'ayant pas revu Croc-Blanc depuis au moins 20 ans, je me vois mal écrire dessus avec pertinence.

Mais pour le coup, on consacre très bientôt un dossier à Jack London et ses liens avec le cinéma.

lol
20/02/2020 à 10:58

Alors oui c'est vraiment honteux de leur part ! on bon dresseur , un bon chien un peu de persevérence et le tour est joué, je m'étonne d'ailleurs que dans votre critique vous ne faites pas le parallèle avec croc blanc tant il ya de similitude entre les 2 projet. De plus sauf erreur vous n'avez aucune critique de Croc Blanc sur le site. je pense que c'est le moment ^^

Simon Riaux - Rédaction
20/02/2020 à 10:22

@lol

C'est une facilité de production.

Des animaux numériques, c'est un temps de tournage grandement raccourci et surtout des animaux qui font exactement ce que souhaitent réalisateur et/ou producteurs.

Enfin ce sont des animaux qu'on peut transformer ou retoucher jusqu'au dernier moment.

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