Charlie's Angels : critique des enfers

Geoffrey Crété | 25 décembre 2019
Geoffrey Crété | 25 décembre 2019

Après une série Drôles de dames qui a duré 5 saisons dans les années 70-80, deux films Charlie et ses drôles de dames avec Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu, et une série Charlie's Angels annulée très vite, les increvables anges reviennent au cinéma dans un film réalisé par Elizabeth Banks. Menée par Kristen StewartElla Balinska et Naomi Scott, cette suite et soft-reboot est l'un des ultimes flops de 2019, qui a engendré l'inévitable lot de débats houleux. Pas sûr qu'il mérite pourtant toute cette attention et haine.

WOMEN IN BLACK : INTERNATIONAL

Charlie's Angels est-il un bon film ? Non. Est-il pire que la moyenne des blockbusters pilotés sans grande idée ou vision, et qui se contentent d'appliquer des recettes faciles ? Non plus. Il est même moins pire que quantité d'exemples récents. Par exemple Men in Black : International qui, avec la même idée de réanimer une marque en ouvrant les frontières, et un budget double, était dix fois plus fade et oubliable. Ou Hellboy, qui se vautrait dans la mare post-Deadpool pour devenir un parfait exemple d'échec.

Si ce nouveau Charlie's Angels affiche bien la continuité avec les précédents (la série et les deux films, avec l'étrange choix de gommer les précédents interprètes de Bosley pour réécrire l'histoire), c'est pour néanmoins emprunter un chemin sensiblement différent. Les Drôles de dames 2019 sont notamment très loin de celles incarnées par Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu. Le cartoon absurde, extrême et 100% kung-fu cablé des années 2000 laisse place à un spectacle un peu plus sérieux, où l'intrigue est mise au premier plan tandis que l'action plus terre-à-terre ne rejette plus les armes à feu. Il y a le même goût pour le gag de situation, les bastons décalées et la légèreté des anges, mais Elizabeth Banks essaye de rééquilibrer les forces, pour lorgner vers une comédie d'action tendance thriller d'espionnage.

Le résultat n'a absolument rien de fameux, recycle tout l'arsenal du genre (plusieurs scènes rappellent même bien les films de McG), n'a peur d'aucun stétéotype et avec son budget limité (dans les 50 millions), difficile d'aller très loin dans le spectacle. Mais le résultat est plus innocent et ordinaire que médiocre et exaspérant, donnant plus l'envie de poliment bâiller que hurler à l'écran.

 

photo, Ella Balinska, Naomi Scott, Kristen StewartSi ça fait fake, c'est parce que c'est même pas dans le film

 

CHARLIE ET SES BOF DE DAMES  

Bien sûr, inutile d'attendre la moindre finesse dans ce film estampillé féministe. Dès le premier plan, Kristen Stewart et sa perruque fixent la caméra, pour déclarer que les femmes peuvent tout faire. Il y aura plusieurs mises en scène du sexisme ordinaire, plusieurs moments dédiés à la force et l'intelligence des héroïnes, et à la bêtise et la méchanceté de quelques hommes. Mais inutile de crier au scandale : tous les mâles ne sont pas des ennemis, les héroïnes sont loin d'être parfaites, et la non-finesse de ce Charlie's Angels n'est rien de plus qu'une autre facette de l'intelligence superficielle et paresse profonde des produits hollywoodiens. Ni plus, ni moins.

Le film est un symptôme, et le traiter autrement serait pure diversion. Ce n'est pas le premier à reprendre la formule du film d'espionnage, avec ses habituels petits twists et tromperies et apparences trompeuses. Ce n'est pas le premier à sortir l'argument d'une technologie fantastique qui pourrait devenir une arme dans de mauvaises mains (oui, comme dans Charlie et ses drôles de dames). Ce n'est pas le premier à multiplier les voyages pour masquer le manque d'action et d'ambition. Ce n'est pas le premier à ressembler à un verre d'eau un peu trop cher et étincellant.

Réalisatrice, co-scénariste et actrice, Elizabeth Banks déroule le programme sans génie ni audace, mais s'applique. Et une fois accepté que ce Charlie's Angels n'a pas un millième de la personnalité des films de McG, et a été conçu dans une entreprise de lissage extrême à tous les niveaux, il se consomme comme n'importe quel produit de studio.

 

photo, Patrick Stewart, Elizabeth BanksUn Bosley peut en cacher un autre

 

GIRL POWDER

Il y a même une étonnante sensation proche d'une bonne surprise à ne pas être exaspéré à outrance. L'idée de ne pas avoir d'emblée le trio d'anges formé et établi, puisque la troisième est une novice à protéger, permet de créer un peu d'énergie dans la bande. L'humour est nul mais pas étalé, ce qui évite une gêne omniprésente. Et si Elizabeth Banks manie l'action sans vision, avec les défauts habituels (un surdécoupage des bastons, et des chorégraphiques pas bien folles, qui n'utilisent pas réellement la rapidité et la personnalité des héroïnes), elle s'amuse avec une grosse mitraillette sortie du bolide d'un bad guy, un homme de main qui finit dans un hachoir à pierre, ou un autre qui finit empalé.

Un peu comme les films de McG, la réalisatrice a conscience de la connerie profonde de cette histoire. La dose de sérieux est ainsi limitée, afin de simplement tenir une intrigue et des personnages, et sans tirer le spectacle vers un premier degré qui aurait été tragique.

Les héroïnes avancent donc pour sauver le monde comme sur un podium, avec des tenues qui défient le bon sens voire le bon goût, mais rappellent constamment que tout ça n'est qu'une farce. Que deux anges s'arrêtent en pleine mission pour rejoindre une chorégraphie, qui rappelle le bon temps ridicule des Elle est trop bien, en dit long à ce niveau.

 

photo, Ella Balinska, Kristen StewartCampagne Gucci 2020 ou navet de 2019 ?

 

Tout ça reste malheureusement très, très en marge, et le film manque terriblement d'esprit, d'humour, d'énergie, de folie. Ni assez bête pour être charmant, ni assez sérieux pour être palpitant, ni assez spectaculaire pour être entraînant, ni assez malin pour avoir quelque chose à raconter, Charlie's Angels reste sur la ligne de départ, sans aucun carburant pour aller quelque part. Il n'y a même pas de fausse note réelle, puisqu'il n'y a aucune mélodie à jouer.

Si aucune n'a le charisme dévastateur de Drew Barrymore, Cameron Diaz ou Lucy Liu, qui déployaient un formidable sens de la comédie grâce à des dialogues et situations absurdes à l'extrême, le trio 2019 se défend pas trop mal. Kristen Stewart a le rôle le plus loufoque, et s'en tire bien même si le scénario ne lui donne rien à faire. Naomi Scott (vue dans Power Rangers avec Elizabeth Banks, ou plus récemment Aladdin) est la plus efficace, et a la meilleure énergie dans une partition plus évidente. Et l'inconnue Ella Balinska est solide en espionne qui veut tabasser.

Ces trois actrices et personnages représentent bien la non horreur et vraie inutilité douce de ce film. Elles ne donnent envie de rien, ni de les aimer, ni de les détester, ni de les suivre. Ainsi, ce Charlie's Angels disparaît dans le silence adapté à ce vide hollywoodien, qui préfère penser à une grille de business pur qu'à une raison d'être.

 

Affiche française

Résumé

Charlie's Angels n'est pas un bon film, mais ne mérite ni haine ni passion, surtout face à quantité de blockbusters bien plus vides et débiles. Simple symptôme d'une industrie paresseuse, cette fade et scolaire comédie d'action se suit d'un œil semi-distrait et rappelle simplement que les films avec Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu restent des modèles du genre.

commentaires

Missmayinoctober
10/04/2020 à 19:02

Moi je dis haters, vous vous prenez tous pour des cinéphiles alors qu’en réalité vous n’y connaissez rien. Vous critiquerez quand on entendra parler de vous a savoir jamais. Moi j’ai adoré, j’etais dedans du debut a la fin et je ne trouve pas qu’il y ait un problème d’acting de la part de Kristen Stewart, elle sait se mettre dans ces personnages, que vous ne l’aimiez pas c’est un fait mais que vous critiquez alors que vous n’etes rien que des anvieux derriere un ordi ca craint. Les realisateurs savent qui ils engagent, ils sont mieux placés que vous pour juger, donc quand hollywood aura besoin d’un avis amateur on vous le fera savoir !

Pat Rick
04/03/2020 à 13:03

Pas un ratage total mais tout de même très moyen et faible.

Bigpoppa
29/02/2020 à 02:49

Je suis dégoûter, les anciens films Charlie's Angele's étais bien réaliser avec des bonnes actrices qui maîtrisé leurs rôles mais celui ci n'a même pas le niveau pour être un "blockbuster", je suis désoler mais Kristen Stewart après Twilight c'était terminer clairement elle n'arrive pas a trouver un rôle qui lui vas vraiment bien et qui ne fait pas d'elle l'office d'image homosexuel, j'ai pas encore regarder underwater mais j'ai déjà peur, ensuite l'actrice britannique Ella Balinska est dans le cliché de la "femme forte" à vouloir se battre avec tout le monde avec un tempérament dure donc pour un 1er rôle dans un "gros film" c'est dommage et ridicule (Lucie Liu dans les anciens était petite et pas sportif mais elle faisait mal à tout les méchants) car elle a un sérieux potentiel vue le bagage qu'elle a et l'autre je ne préfère même pas en parler. Je suis également déçue pour Djimon Ounssou car c'est un bon acteur et la il fait presque de la figuration c'est abusé de faire ça.
Enfin voilà j'arrête la car c'est déjà trop mais je suis extrêmement déçu si je devais objectivement donner une note sur 20 ce serait 7.

Bigpoppa
29/02/2020 à 02:48

Donc déjà, comme par hazard Charlie est une femme qui change de voix pour se faire passer pour un homme... C'est totalement ridicule mettais donc une affiche marqué vive le féminisme tant qu'on y est.
Je ne comprend pas, il y a des années de cela il y avait des séries comme Charlie's angels, Charmed, Wonder Woman etc.. Qui n'avait pas besoins de mettre un point d'honneur au féminisme et à l'aspect féminin "femme forte", car les scénarios était réellements bien écrits et surtout la mise en scène était elle qu'on comprenait juste en regardant que c'était des femmes fortes, aujourd'hui, les productions américaines ou autres d'ailleurs sont obliger d'appuyer sur ce phénomène juste pour bien que les gens comprennes et leurs dire "OWH C'EST UN FILM OU LES FEMMES SONT FORTES C'EST ELLES QUI DIRIGE ET ELLES PRENNENT DES COUPS DE POINTS DANS LA FIGURE PAR LES MECS SANS TOMBER"...... pfffffff... Je soupire tellement ça m'énerve de voir ça, l'important c'est pas de mettre les femmes à l'honneur et de forcé la chose mais de faire un bon film avec de la consistance et si ce sont des actrices, qu'elles puissent avoir un bon jeu d'acteur et se faire connaître en tant que bonnes actrices qui touchent les gens et pas de les faire passer comme porté paroles, il y a tellement de magnifiques actrices qui joues superbement bien, qui sont professionnels, qui transmette des choses aux spectateurs et ce sont juste des actrices qui jouent et qui incarnent parfaitement leurs rôles. Ensuite, il faut arrêter de mettre de l'humour quand c'est pas marrant et que ça ne sert à rien, au même titre que des scènes sans intérêts au scénario.

Bigpoppa
29/02/2020 à 02:28

Sincèrement, je veisn de finir à l'instant ce "film" et j'ai réellement étais déçu du contenu mais c'est quoi ce délire... Comment peut on réaliser cela et se dire "oui ça vas marché", il n'y a aucun sens dans le scénario, la mise en scène est totalement mais totalement bâcler de AàZ, les performances d'acting sont complètement raté, l'espèce d'image donner aux féminisme, aux girl power et limite débile et en plus de ça, le surplus de technologie et d'électronique sont tellement grotesque. Je ne descend jamais des films pour le plaisir, car je respect toujours le travaille accomplie malgré qu'il y en qui sont ratés mais la c'est trop.

Madolic
30/12/2019 à 11:49

@Mascu 2000
ftg

Geoffrey Crété - Rédaction
25/12/2019 à 19:25

@Miami81

Ce n'est pas vraiment ce qu'elle a dit, dans le contexte.
Mais oui, on en parlait dans ce dossier.
Notons toutefois que le film était déjà la cible de pas mal de gens énervés, bien avant cette déclaration...

https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1149239-charlies-angels-sos-fantomes-le-feminisme-hollywoodien-poison-du-box-office

Miami81
25/12/2019 à 19:18

Ce qui a ete critiqué est moins le film lui même ou son côté girl power que les déclarations de sa realisatrice sur l echec commercial du film qui serait dû à un quelconque machisme ambiant.

Gh0st
25/12/2019 à 14:44

Je pense que même gratuitement, je ne regarderai pas ce film

Geoffrey Crété - Rédaction
25/12/2019 à 11:07

@Glimmer Man

D'ailleurs on a récemment ressorti notre dossier sur le premier, qu'on adore et défend depuis des années
https://www.ecranlarge.com/films/dossier/959015-le-mal-aime-charlie-et-ses-droles-de-dames-gros-plaisir-avec-cameron-diaz-drew-barrymore-et-lucy-liu

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