Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith : critique du meilleur épisode de la prélogie

Lino Cassinat | 16 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Lino Cassinat | 16 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith repasse ce soir sur TMC à 21h15

Après un Star Wars : Episode I - La Menace fantôme ayant douché de nombreux espoirs enthousiastes à l'eau polaire et un Star Wars : Episode II - L'Attaque des clones vécu comme une véritable ascension du Golgotha, descendit sur le fébrile public Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith. Si ce n'est évidemment pas le Messie, cette conclusion du nouvel évangile selon Saint George Lucas n'est pas la crucifixion tant redoutée. C'est même un film plutôt sympa, empêché par quelques mauvais restes.

GEORGE WILL BE GEORGE

Et ces mauvais restes, on les connaît par coeur, ils ont déjà été identifiés depuis deux films, et s'ils vont ici en s'arrangeant quelque peu, ils restent contraignants. George Lucas est toujours aussi à l'aise avec l'exploration nuancée de l'intime, d'émotions contradictoires et des tourments amoureux comme une poule l'est avec un couteau, et il lui est toujours impossible de dépêtrer ses personnages des archétypes dans lesquels ils sont lourdement empêtrés.

Pas un problème quand on écrit un récit d'aventures ou une épopée, genres auxquels se référait beaucoup plus la trilogie originelle, mais c'est beaucoup plus fâcheux dans le cadre d'un récit qui voulait muter vers une intrigue politique, avec des complots et des manipulations émotionnelles. Même Batman Begins, sorti la même année et pourtant pas un summum de densité de caractères non plus, le met à l'amende.

 

Photo Ewan McGregorAu moins Obi-Wan a une coupe de cheveux correcte maintenant

 

Star Wars a, à moitié, tenté cette mutation et l'a totalement échouée, jusqu'à abîmer l'icône Dark Vador à un point de non-retour pour de nombreux fans, incapables de projeter sur les visages de Jake Lloyd et de Hayden Christensen et leurs atermoiements l'ombre d'une machine de guerre froide et génocidaire. C'est probablement parce que Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith est l'opus énervé, celui de la confrontation et plus de la tergiversation - ou du débat à la mords moi le zob' sur le potentiel urticant du sable quand ça s'infiltre dans le slip - qu'il est assez indéniablement le meilleur de la prélogie.

Bien sûr, le moindre bout de dialogue entre Hayden Christensen et Natalie Portman donne envie de tronçonner des bisounours. Évidemment, le retournement d'Anakin Skywalker, fruit d'une évolution psychologique aberrante, est plus fade qu'un jour sans pain et plus incohérente qu'un tweet de Donald Trump par un dimanche d'impeachment. Tout le monde voit bien que le Sénat Galactique devrait être composé de lamantins mous du bulbe (ou de Jar Jar en série) pour que le plan de Palpatine fonctionne sans opposition politique ou sans que personne ne crie au loup et au despote inique.

 

Photo Hayden ChristensenMais c'est qu'il est vénère cet Anakin

 

ET C'EST AINSI QU'UNE SAGA MEURT : SANS APPLAUDISSEMENT (MAIS AVEC UN BON POINT)

Mais tout cela est renvoyé à une toile lointaine, très lointaine. Si lointaine même que Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith semble en faire l'aveu d'un préalable (prétexte ?) pour clore un drame dans un tonnerre de lave, pour livrer du combat et du spectacle. La logique d'action semble reprendre ses droits, et avec son retour, c'est le coeur de Star Wars tout entier qui semble battre à nouveau, après la foudroyante double crise cardiaque des deux épisodes précédents.

 

photoSi l'histoire reste élémentaire, au moins vous aurez de l'action

 

Malgré les vilaines séquelles de cet incident myocardique - dialogues benêts, direction d'acteurs lourdingue, photographie et effets spéciaux en demi-teinte -, on se surprend donc à sentir le corps filmique vibrer à nouveau lors du plan-séquence d'introduction dans le ciel de Coruscant. Une belle péripétie qui se conclut mollement par une éjection un brin malpropre du comte Dooku, mais qui en annonce d'autres. Aussi simplette que soit l'écriture de George Lucas, sa mise en scène retrouve un peu d'ampleur, et avec l'aide du talentueux Ian McDiarmid et de son exquis numéro de perfidie, elle parvient à mettre un peu du poids de la défaite totale des Jedi sur les épaules du spectateur lors de scènes clés.

C'est en regardant de plus près son personnage et son interprétation que l'on est bien obligé de constater que si Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith rate l'essentiel à cause de ses aînés et son duel final au découpage plat et à la chorégraphie alternant entre Dragon Ball Z et Tarzan, il parvient à nouveau à capter et impliquer son spectateur dans son universIan McDiarmid en fait des caisses, mais il vient apporter un peu d'électricité (ha ha) et d'horreur dans une histoire devenue bien trop sage et en manque d'antagoniste prenant depuis Dark Maul.

 

photoNe vous méprenez pas, ce fond est bien vert

 

Grâce à lui L'Empereur est tout-puissant et la déroute quasi-totale. Le sentiment de perte à l'issue de l'ordre 66 ne vaut peut être pas Alderaan, mais il surpasse tous les bombardements de Starkiller, et le duel entre Sidious et Yoda (peut-être le meilleur de la prélogie après... bah Dark Maul, justement) et son résultat, aussi symbolique que haletant, se vivent comme une cassure profonde et ce malgré un petit bonhomme vert aux allures de nougat numérique collant.

Bien sûr, il ne suffit pas à lui tout seul à raviver les braises de Star Wars, et il faut inclure dans son sillage les scènes sur Kashyyyk et Utapau, qui ont le double mérite de rappeler la tradition de tourisme spatial propre à la saga et de détourner l'attention des roucoulades d'Hayden Christensen et Natalie Portman.

 

photoUn duel qui retrouve un peu d'intensité

 

KASHYYYK QUE DANS LES PRÉS

Mais toutes ses qualités ne suffisent pas, et même le charme d'Ewan McGregor en sus ne rattrape pas deux films manqués et une caractérisation de personnages niveau bac à sable. On en revient toujours au même point : George Lucas. S'il est indéniable que c'est un excellent créateur d'univers, convenons également que ce n'est pas un très bon metteur en scène et pas un très bon scénariste non plus.

On peut chercher toutes les qualités que l'on veut à Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith, que faire de ce duel final profondément ennuyeux ? Que faire de cette chaussette trouée d'Anakin ? Que faire de ce point d'orgue hyper-gênant et de ce hurlement terminal, violemment dissonant ?

 

photoOn lui raccourcit la tête ?

 

Le mieux serait peut-être d'admettre enfin qu'ils ne sont que les symptômes innocents d'un problème un peu plus profond : Star Wars est un reliquat du passé aux prises des sables mouvants du temps. Plus on le fait bouger, plus on l'enfonce, plus on le tripote, et plus il apparaît vieilli. La preuve ? Personne n'oserait dire que Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith est un film plus moderne et abouti techniquement que Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi, une mandale colossale sortie deux ans avant ce numéro de pyrotechnie laser tout juste correct, et dont les effets ont déjà pris un sacré coup de vieux.

 

Affiche

Résumé

Cette prélogie bien trop bancale se termine sur un Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith qui lui sort un peu la tête de l'eau et lui permet de laisser son public un peu moins fâché. Maintenue en respiration artificielle après une mort clinique bien visible, Star Wars a besoin de ses fans pour continuer à (sur)vivre. Pas sûr que les fans, eux, avaient alors ou aient encore besoin de plus de Star Wars dans leurs vies.

Autre avis Alexandre Janowiak
Incontestablement, La Revanche des Sith est le Star Wars le plus solide de la prélogie. George Lucas y déploie la psychologie de ses personnages dans un récit d'une extrême noirceur tout en reliant admirablement le film à la trilogie originale. Le moyen d'offrir une ampleur dramatique puissante et de mettre en relief toute la grandeur de l'univers.
Autre avis Simon Riaux
Les évènements que ce dernier épisode est obligé d'aborder font un peu illusion et fournissent à la prélogie ses premiers enjeux. Mais passée la satisfaction de voir les personnages s'affronter, force est de constater que l'écriture, la direction artistique, l'intrigue politique et la psychologie des personnages sont proches de l'indigence.
Autre avis Mathieu Jaborska
Certes, l'ensemble souffre du jeu bancal de Hayden Christensen et surtout de l'écriture schizophrène de son personnage, mais ça n'en demeure pas moins un spectacle de tous les instants. Certaines séquences sont désormais aussi cultes que les moments les plus forts de L'Empire contre-attaque, et ça, c'est une sacrée performance.
Autre avis Geoffrey Crété
La prélogie n'existait sûrement que pour ce moment tant attendu, et George Lucas ne détourne pas les yeux. Sans véritablement vaincre ses démons, il s'applique à rendre justice à la mythologie et orchestre une Revanche des Sith noire, épique, bien plus maîtrisée et solide que les deux précédents films.
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Lecteurs

(3.8)

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commentaires
Super saucisse
19/02/2021 à 17:53

Ne comparer surtout pas star wars 3 au seigneur des anneaux 3 Sachant que ce n'est pas le meme genre de film. Il y a aussi plein de conneries dans la critique mais j'ai la flemme de les citer mais vous pouvez me demander de les enumerer si vous voulez

Et dire
18/11/2020 à 15:52

Prelogie moyenne mais nettement revue à la hausse après le naufrage total des épisodes 789

Jet
18/11/2020 à 14:00

Au contraire j'ai adoré... Je trouve que ça donnait beaucoup plus d'épique à cet univers... Ce sont quand même des magiciens qui se battent avec des armes laser!
D'où ma cruelle déception sur les derniers films, qui n'ont pas du tout été pensés comme je l'espérais.

Caracalla
18/11/2020 à 11:55

Je ne sais pas si je suis le seul à ressentir ça mais les combats de la Trilogie d'Origine me faisait plus penser à du Chambara (Film de sabre Japonais). Et je pense pas que ce soit un hasard étant donné que la structure du Film serait inspirée de celle d'un Kurosawa et d'autres éléments notamment comme le rôle de Dark Vador qui a été envisagé pour un Acteur Japonais.

Du coups quand les combats de la Prélogie sont passés en mode Wu Xia Pian (Films de Sabre Chinois. Et non Jean-Michel Racismordinaire ça fait une énorme différence de traitement visuel, chorégraphique et de ton). Bah moi j'ai ressenti comme une contradiction dans le Lore et les fondations même de la saga.

Et on pourrait aussi estimer que l'aspect Western de l'Univers a tendu à disparaître aussi.

Voilà je n'ai pas envie de débattre sur le qualité du film mais je me demandais si quelqu'un d'autre avait ressenti ça comme ça. Et si ça avait déstabilisé son retour dans cet univers.

Jet
18/11/2020 à 11:27

@sylvinception : t'as du être tellement en joie quand Rey a découvert son Auberge Espagnole toi...

Merci Sébastien!

Tuk
17/11/2020 à 15:37

@ sylvinception

Quand on se fait couper les jambes, et que l'on subi une grave opération, il y a toujours un moment de ré-éducation...
A l'inverse, si Vador serais sortie de la salle d'opération à coup de saut périlleux, tout le monde aurait crié "au scandal" !

Nyl
17/11/2020 à 14:58

Mon star wars coup de cœur. Perso, je le considère comme le meilleur star wars, à ce jour.
Oui, mieux que l´empire contre attaque que la majorité adule ( à tort ou à raison, alors que ce dernier n'est pas sans défaut. Loin de là !)

sylvinception
17/11/2020 à 14:19

Embarras éternel devant le Dark Vador à moitié bourré qui a bien du mal de se lever à la fin de cette énième purge en CGI estampillée Lucas...

Gaidon
17/11/2020 à 13:47

Ma c impossible !

Elvis 4
17/11/2020 à 13:07

En fait je suis d'accord, les acteurs ne jouent pas toujours juste. Mais le film est tellement travaillé ainsi que l histoire , que même mal joue, ça reste hyper fort en émotion. Et les musiques...incroyables .
Il faut admettre que depuis l attaque des clones et ls revanche des siths ( si on excepte le seigneur des anneaux ) , on ne m a rien proposé d equivalent de près ou de loin .harry potter ? Trop limité !! Transformers ? Trop brouillon..pirates des Caraïbes....aucune cohérence et on peut continuer comme ça longtemps. Le MCU ?? BOF J ai du mal faudra voir avec le temps ....du coup bravo et metciva Georges lucas pour avoir créé les jedis , les Siths , les madalorians , les sabres laser , la vitesse lumière, etc ....

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