La Belle et le Clochard : critique qui donne sa langue au chien

Déborah Lechner | 24 novembre 2019 - MAJ : 24/11/2019 12:37
Déborah Lechner | 24 novembre 2019 - MAJ : 24/11/2019 12:37

En réadaptant La Belle et le Clochard de 1955, la compagnie aux grandes oreilles signe son quatrième remake en prises de vues réelles, mais aussi le premier à sortir directement sur la plateforme de streaming Disney+ (qui arrivera le 31 mars 2020 en France). Et si l'ambition commerciale derrière La Belle et la BêteAladdin ou Le Roi Lion a de quoi énerver, on fait plus facilement preuve d'indulgence pour le film de Charlie Bean.

REFRESH

Un des paris réussis de La Belle et le Clochard a été de donner à certains de ses personnages du relief et une fraîcheur qu'on ne leur connaissait pas forcément dans le classique d'animation. Le cas le plus frappant est celui de Darling et Jim Chéri, interprétés par Thomas Mann et Kiersey Clemons. Le film de 1955 ne s'est jamais attardé sur leur vie et encore moins sur leur visage, préférant la plupart du temps montrer seulement leurs mains ou leurs jambes pour garder le point de vue de Lady.

Si le remake ne va pas jusqu'à leur donner un nom, on leur découvre une personnalité drôle et tendre qui apporte énormément de douceur et de légèreté au film. Les nombreuses scènes ajoutées qui leur sont consacrées, comme la fête prénatale de Darling, ne manquent pas non plus de nous décocher quelques sourires. 

 

photo, Thomas Mann, Kiersey ClemonsThomas Mann et Kiersey Clemons

 

Le personnage de Lady joué par Rose, et à qui Tessa Thompson a prêté une voix douce et apaisante est également plus pétillant et moins docile dans cette réadaptation. La chienne ne manque pas de caractère, comme quand elle menace Clochard d'aboyer s'il s'approche d'elle, et les nouveaux dialogues nous la montre aussi plus insolente, gâtée et énergique. Tout ça rend son personnage bien plus authentique que la précieuse et craintive Lady de 1955.

Dans sa volonté de représenter au mieux la diversité de son public, Disney a opté pour un jeune couple mixte avec une Darling afro-américaine et par conséquent une belle-famille noire, dont une Tante Sarah (Yvette Nicole Brown) rajeunie d'une vingtaine d'années dans le remake. Pour réparer les erreurs d'antan, les deux siamois, Si et Am, ont disparu au profit de deux chats tigrés tout aussi malsains. La chanson aux sonorités asiatiques et aux relents racistes, "The Samiese Cat Song", a été remplacée par le morceau "What a Shame" de Roman GianArthur et Nate Wonder. Pour parfaire le mea-culpa, un personnage asiatique, le docteur de famille joué par l'Américain Ken Jeong, passe même quelques instants devant la caméra. 

 

photoQuand elle te regarde comme ça, t'as tout gagné 

 

PUPPY POWER

Si on avait vraiment du mal à comprendre l'utilité de recréer des lions en images de synthèse dans le "live-action" de Jon Favreau, on comprend dès les premières minutes de La Belle et le Clochard l'intérêt d'avoir recours à de vrais chiens. Déjà parce que l'exercice est plus facile qu'avec de vrais fauves, mais surtout parce que nous sommes habitués à choyer nos fidèles compagnons qui nous font forcément plus craquer en chair et en os qu'en peinture. On est donc tout aussi attendri que Darling lorsque le chiot cocker sort de sa boîte, bien plus que dans le classique d'animation. 

Si certaines scènes comme l'emblématique dîner aux chandelles n'ont pas conservé leur charme, d'autres au contraire fonctionnent beaucoup mieux avec de vrais animaux, notamment quand leurs émotions ne sont pas propres aux humains et qu'ils redeviennent de simples chiens. Lorsqu'on voit comment Clochard a été abandonné par ses maîtres, Monte, de son vrai nom, est dépouillé de CGI, ce qui rend la scène très réaliste et forcément plus poignante, sans pour autant avoir l'air d'un spot de sensibilisation de la SPA. 

 

photo"T'as un regard un peu trop insistant là"

 

Le moment où le chien errant se retrouve mal en point après un grave accident est également plus dramatique et nous apitoie davantage que dans le film d'animation. Encore plus quand Clochard se relève en boîtant et en gémissant sous l'indifférence d'Elliot (Adrian Martinez), l'employé de la fourrière qui l'a traqué sans relâche. À l'inverse, d'autres scènes sont plus adorables, comme quand Lady se tient au milieu du salon avec une laisse dans la bouche en attendant que quelqu'un daigne s'occuper d'elle. 

Au final, lorsque les animaux ne sont pas trop bavards, le film rappelle par moment les après-midi devant BeethovenAir Bud ou Les 101 Dalmatiens de 1997 à l'approche de Noël. Avec en plus la belle histoire qui se cache derrière le film, à savoir l'adoption de Monte, Rose et d'autres toutous du casting, La Belle et le Clochard avait pratiquement tout pour nous séduire. Mais malheureusement, les chiens ouvrent un peu trop souvent leur gueule. 

 

photoCésar, doublé par Sam Elliott et Jock, doublé par Ashley Jensen

 

OUPS... I DID IT AGAIN

La Belle et le Clochard, qui ne fait pas partie des Disney les plus populaires, n'a pas l'ambition d'en mettre plein les yeux avec de gros enjeux techniques et un budget colossal. Le film de Charlie Bean se rapproche du gentil téléfilm de Noël et même si on ne passe pas un moment désagréable en le regardant, on peut lui faire le même reproche qu'aux autres remakes sortis au cinéma, il ne révolutionne rien.

Même si le happy end avec la portée de chiots sous le sapin a été supprimé, le film suit à quelques détails près le déroulé exact du classique, jusqu'à reproduire le même générique avec ses dessins en noir et blanc de la ville et son long travelling avant vers la maison des Dear. Même avec une demi-heure en plus, le scénario prend très peu de risques et préfère même remplacer des scènes trop ambitieuses par des moments de légèreté et d'humour, comme lorsque Lady essaie d'échapper au cabot qui la poursuit et que Clochard lui vient en aide. Jock, le terrier écossais a également été transformé en femelle du nom de Jacqueline, mais les raisons nous échappent encore puisque le personnage n'a quasiment pas été utilisé durant le film. 

 

Photo Belle et le ClochardIls vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, sauf si Clochard se fait castrer avant

 

Le studio a également voulu être plus inclusif dans son film avec des personnages noirs évoluant dans un cadre idéaliste sans aucune nuance et où tout le monde vit sans préjugés raciaux, alors qu'on est quand même dans la Nouvelle-Angleterre de 1910. On regrette également l'animation CGI des chiens, qui ne rend jamais bien quand la caméra s'attarde sur leur tête.

Pour rendre les personnages à quatre pattes plus expressifs, l'équipe technique leur agrandit par moment les yeux, leur abaisse le front ou écarte leur bouche quitte à leur donner des airs du Chat de Cheshire d'Alice au Pays des merveilles. Tous ces procédés sont principalement utilisés lors des discussions entre chiens, dont la plupart sont indispensables à l'histoire, mais contrastent trop brutalement avec les scènes qui s'appuient essentiellement sur leur "langage corporel" naturel. Parce qu'après tout, les chiens n'ont jamais eu besoin de parler pour qu'on s'entende bien. 

Disney l'a bien compris avec sa flopée de remakes, notre nostalgie vaut de l'or. Mais avec La Belle et le Clochard de Charlie Bean sorti sur Disney+ le 12 novembre, les ambitions ne sont pas les mêmes qu'avec Le Roi Lion ou Aladdin. Le  film est à la hauteur de ses moyens, c'est-à-dire un téléfilm familial qui ne laissera pas un souvenir intarissable, mais qui a le mérite de nous faire passer un joyeux moment de douceur et de légèreté qui devrait faire l'unanimité auprès des enfants et contenter les plus grands. 

 

Affiche US

Résumé

Malgré ses défauts flagrants, le remake La Belle et le Clochard n'est pas totalement dénué d'intérêt, comme a pu l'être Le Roi Lion. Même s'il n'enrichit en rien l'histoire de 1955, il rafraîchit certains personnages et saura forcément nous attendrir au détour d'un aboiement, ce qui fait qu'on ne peut pas détester le film.

Lecteurs

(3.4)

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commentaires

Florco
27/06/2020 à 23:12

L'une des premières fois que je ne regarde pas un film dans son intégralité. Il s'agit pourtant de mon disney préféré ! Je me faisais une joie de découvrir cette nouvelle version et je n'ai été que de déception en déception.
La magie du dessin animée est inexistante, les scènes mythiques sont bafouées ; un vrai déchirement pour les fans du dessin animé.
Je suis tout à fait pour les version proposant des modifications / améliorations sur certaines scènes car cela donne plus d'intérêt au remake.
Mais là, c'est à peine si on reconnait le dessin animé que nous avons tant aimé lorsque nous étions enfants.
Très déçue également des images de synthèses utilisées pour les chiens car je les trouve très mal réalisées, en particulier pour Lady.
Enfin, je suis la première à défendre les droits des animaux mais je trouve que le film est beaucoup trop porté là-dessus quitte à le rendre trop sombre alors qu'il est normalement destiné aux enfants ou en tout cas à un public souhaitant s'émerveiller le temps d'un instant. Je pense qu'il y a d'autres occasions pour traiter ce sujet... Si le but était de faire passer ce genre de message, il fallait directement refaire un film qui n'avait rien à voir avec le dessin animé que nous avons connus.
Bref... Énorme déception.

le20sur20
03/12/2019 à 06:00

Je suis du genre sévère, j'ai été extremment décu par le roi lion ou la belle et la bete
MAIS LA! QUELLE CLAQUE ! enfin un remake qui a un réel interet, qui modernise sans dénaturer. Disney prouve qu'il est capable de faire des films , sans niaiserie ni sans rester dans l'ancien temps ! chapeau !

Alex
25/11/2019 à 20:00

La meilleure note pour ce film est celle des enfants et celle ci est très bonne. Faut voir ce film avec des yeux d'enfant et non pas d'adultes ou d'ado

Zaggy
25/11/2019 à 06:59

Les points faibles du film son sa longueur ne convenant pas a un enfant(même moi, adulte, le trouvais trop long) ainsi que l'utilisation malsaine des images de synthèse pour les animaux et ce, du début à la fin. Aucun animal n'est vrai dans ce film.

Harcher76
25/11/2019 à 03:09

Pour ceux qui ce plaignent de ne plus voir de vrais animaux dans les films. Je comprends, que ça peut les décevoir..
Mais, ce ne sont pas des jouets, ce sont des êtres vivants qui ressentes des sentiments...

Mixta peaux sensibles
24/11/2019 à 23:18

Au moins la boucle est bouclée, avec deux races pour chaque couples.

Sharko
24/11/2019 à 19:17

Quelle horreur, ces films avec des animaux en 3D !
Nous ne verrons plus de vrais animaux dans les films à cause des animalistes ?

Mickey
24/11/2019 à 17:51

Le blackwashing n'existe pas

Sébastien
24/11/2019 à 17:26

La Belle et le clochard avec des "vrais" chiens. Mais quelle laideur!
Disney détruit tous les rêves d'enfants.

The Riddler
24/11/2019 à 16:27

Ce film m'a mis mal à l'aise. On essaye de l'ancrer dans une époque bien définie mais on affiche des valeurs très actuelles. Il y a pour moi une forme d'anachronisme qui me fait totalement sortir du métrage.

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